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L'église Saint-Paul Saint-François-Xavier

église actuelle du couvent dominicain de Bordeaux

De grandes dimensions (45 m de long par 19 m de large), cette église dérive de l’église mère du Gesù à Rome, mais aussi de celle de la maison professe de Paris faite par le Père Martellange. D’une grande unité, elle est voûtée d’arêtes à doubleaux avec une coupole à la croisée d’un transept sans saillie et dispose de chapelles latérales communicantes aussi larges que peu profondes. Conformément aux recommandations du concile de Trente, elle est bien éclairée et concentre sa décoration sur les autels, la tribune d’orgue et la chaire. Le maître autel est réalisé par le grand sculpteur Guillaume Coustou, entre 1741 et 1748, à son retour de l’académie de France à Rome.

A travers ces œuvres, l’art jésuite peut être caractérisé par sa sensibilité à l’avant-garde de son temps, avec une alliance entre des Frères architectes et sculpteurs très cultivés et des jeunes artistes de renom. C’est ainsi que l’église Saint-Paul Saint François-Xavier peut être considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture classique pour la France comme pour Bordeaux.

« C’est ainsi que Bordeaux eut le premier sanctuaire du monde consacré à saint François-Xavier » – Raymond Darricau, 1973

La nouvelle église, placée sous le vocable de saint François Xavier, apôtre missionnaire des Indes, du Japon, mort en Chine en 1552, est consacrée le 22 mai 1676 par l’archevêque Henri de Béthune qui en fait la dédicace le lendemain. L’église, faute de subsides, est inachevée. La totalité du décor extérieur et le projet de coupole à la croisée du transept ne sont pas réalisés. La mise en place de son décor intérieur est longue et s’achève au milieu du XVIIIe siècle avec l’installation du programme décoratif du chœur.

En 1762, après l’expulsion de la Compagnie de Jésus, les biens bordelais des jésuites sont mis sous séquestre. La maison professe mise en vente en août 1663 est achetée par la municipalité en même temps que le Noviciat.

Pendant la Révolution, l’église devient paroissiale, sous le patronage de saint Paul. Elle est fermée en 1794 et transformée en dépôt général des cordes « servant aux sonneries des cloches descendues ». Rendue au culte constitutionnel en avril 1796, elle reprend son rang d’église six années plus tard. Le 25 janvier 1842, le cardinal Ferdinand Donnet consacre l’église et lui reconnaît comme patron principal saint Paul et patron secondaire saint François Xavier.

Une campagne générale de restauration est menée en 1840 et 1841.

Les boiseries de l’église, le banc d’œuvre, l’abat-voix de la chaire et les boiseries du chœur sont remplacés ou réparés à cette occasion. Entre 1853 et 1855, l’architecte Charles Burguet érige un clocher à l’angle sud- est de l’édifice. Des travaux de restauration et d’entretien de l’édifice et de son mobilier se poursuivent tout au long du XXe siècle. En 1992, les frères dominicains, présents à Bordeaux depuis 1221, s’installent rue des Ayres et Saint-Paul devient leur église. La même année, l’église est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques puis est classée en septembre 1997.

Un exemple d’architecture jésuite

Avec sa longueur de 45 mètres et sa largeur de près de 19 mètres, l’église est l’un des plus grands édifices construits en France par les jésuites.

Sa conception et son style se rattachent au courant architectural baroque.

Son plan reprend celui de la maison professe de Paris, œuvre du père Ange Etienne Martellange (1569-1641). Extérieurement, L’édifice est orienté nord/sud suivant la règle des églises jésuites. Sa façade ouverte, au nord sur la rue des Ayres, s’élève sur deux niveaux de largeur inégale reliés par des ailerons et des consoles renversées. Au-dessus de l’unique porte, bien qu’il ait été martelé en 1763 après la suppression de l’ordre, se devine encore aisément un cartouche décoré du cœur enflammé de Jésus et l’emblème de la Compagnie I.H.S (les trois premières lettres du mot grec signifiant Jésus, initiales qui seront ultérieurement interprétées comme étant celles en latin de Iesus Homini Salvador). Dans les écoinçons, deux anges affrontés tiennent une couronne au-dessus d’une niche vide qui abritait un buste de saint François Xavier brisé en 1793.

Un véritable écrin pour un chef-d’œuvre de l’art baroque

L’intérieur impressionne par ses proportions harmonieuses, sa sobriété architecturale et sa richesse décorative. Une tribune agrémentée d’une balustrade et ornée de bas-reliefs maniéristes attribués au sculpteur Robert Charpentier, surmonte la première travée de la nef. Le chœur est le réceptacle d’un maître-autel, d’un retable et d’un groupe placé en arrière du tabernacle représentant l’Apothéose de Saint François-Xavier. Cet ensemble décoratif, chef-d’œuvre de l’art baroque français, n’est pas contemporain de l’église.

La réalisation en a été décidée par jésuites vers 1740. La première pierre du retable est posée le 8 février 1741 par le premier président au parlement de Bordeaux André-François-Benoît Le Berthon. Après la réalisation du maître-autel achevé vers 1743, les jésuites demandent au sculpteur Pierre Vemet de créer le baldaquin du retable. Pour la statue en marbre blanc représentant saint François Xavier en extase et le tabernacle de marbre vert, les jésuites s’adressent au jeune Guillaume Coustou (1716-1777). Premier prix de Rome et académicien considéré, il appartient à une fameuse dynastie d’artistes. Son père, Guillaume I Coustou (1677-1746), l’auteur des Chevaux de Marly et son onde, Nicolas (1658-1733), ont été sculpteurs du Roi et ont travaillé à Versailles. L’œuvre est réalisée dans l’atelier parisien de Guillaume II qui vient en personne à Bordeaux, pendant la Toussaint de 1748, procéder à la mise en place de son œuvre.