Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

MESSE des ARTISTES

 

La Messe des artistes  

Eglise Sainte-Croix de Bordeaux, les premiers dimanches du mois à 18h30

"Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance ; la beauté comme la vérité, c’est ce qui met la joie au cœur des hommes, le fruit précieux qui résiste à l’usure du temps, qui unit les générations et les fait communier dans l’admiration" (Concile Vatican II, Message aux artistes, 1965). 

Eglise Sainte-Croix de Bordeaux / 18h30

   Ecouter la "Messe des Artistes" diffusée sur France Culture : Messe à quatre voix « Ad majorem Dei gloriam » d’André Campra, Ensemble Sagittarius / Direction : Michel Laplénie. Au grand orgue Dom Bedos, Paul Goussot, titulaire. Premier dimanche de l'Avent, 29.11.2015

 

Prochaines célébrations :

7 février : Primo carmine / Direction : Sylvie de Lestrange

Missa Sine nomine de Ludovico Grossi da Viadana, Ave Verum (Byrd) & Salve Regina (Lotti)

 

6 mars : Primo carmine / Direction : Sylvie de Lestrange

Musique vocale de la Renaissance

 

3 avril : chœur des filles de la maîtrise de la cathédrale / Direction : Alexis Duffaure

Polyphonie française du XVIIe siècle

 

1er mai : GROUPE VOCAL ARPEGE / Direction : Jacques Charpentier

Messe en Fa Op. 117 de Gabriel Josef Rheinberger 

 

5 juin : ENSEMBLE Résonances / Direction : Lionel Gaudin-Villard

Œuvres du XXe siècle a cappella

 

 Contact & information : aumoneriedesartistes.bx@gmail.com


 

Quelques textes

                

Le bonheur d’être catholique, c’était d’abord pour moi celui de communier avec l’univers, d’être solide avec ces choses premières et fondamentales qui sont la mer, la terre, le ciel et la parole de Dieu ! et ensuite, possesseur d’une tête, d’un cœur, de deux mains et de deux jambes, d’insulter glorieusement à la face de tout mon temps, de tout l’art, de toute la science, de toute la littérature de mon temps ; de toute cette civilisation laïque, mécanique, matérialiste et mérétrice : et moi-même cet ennemi pire que tous les autres, d’en être venu à bout en grinçant des dents ! Tout ce qui pouvait m’arrêter, je l’ai traversé ! et c’est avec contentement, c’est avec un contentement et un repaissement de tout mon être que je considère ce chemin au travers de toutes les routes banales qui n’est pas autrement fait que de mes propres pas !

Paul Claudel,
L’œil écoute (1937)


                   La culture, c'est le pouvoir d'habiter le monde, c'est rendre le monde habitable [...]. Mais ce n'est pas la culture cependant, c'est le culte qui fait du monde le lieu où les hommes peuvent habiter, et la culture n'est qu'une déclinaison, et sans doute un affaiblissement du culte. Car ce sont les dieux qui ont plaisir à habiter un lieu - colere - et ils en deviennent protecteurs naturels. En retour, les humains qui ont ressenti cette présence divine rendront un culte au dieu qui habite le lieu qu'eux-mêmes ensemencent, qu'ils cultivent, avant de se cultiver eux-mêmes.

Jean Clair, "Grandeur et décadence dans l'art d'aujourd'hui", dans Commentaire, n°128/ Hiver 2009-2010, p. 911


                        Le temple où se répète chaque jour le sacrifice rédempteur du Christ a besoin de renouer avec sa propre bibliothèque théologique, avec sa propre mémoire liturgique, avec le sens intransigeant de la grandeur et de l'amour de Dieu. Il ne doit pas craindre de se dresser à rebours de la tendance générale à l'enfer climatisé, afin de redevenir l'aimant qui attire à lui tous ceux et toutes celles qui aspirent à s'éveiller du puissant sommeil chloroformé, inventé par l'homme moderne pour éteindre en lui l'étincelle de vie étrenelle. Le grand art de l'Eglise, elle ne l'emprunte pas au monde, ce sont ses propres sacrements, c'est le savoir et le goût qu'ils lui inspirent, pierres angulaires de toute vraie beauté.

                                                                                                     Marc Fumaroli, "L'art sacré et la liturgie", dans Arts Sacrés n° 1, sept.-octobre 2009, p. 91

               

                     

 L'art nous conduit à Dieu

 Catéchèse du pape Benoît XVI, le mercredi 31 août 2011 (Castel Gandolfo).

Chers frères et sœurs,

Ces derniers temps, j’ai rappelé à plusieurs reprises la nécessité pour chaque chrétien de trouver du temps pour Dieu, pour la prière, parmi les nombreuses préoccupations qui remplissent nos journées. Le Seigneur lui-même nous offre de nombreuses occasions pour que nous nous souvenions de Lui. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter brièvement sur l’une des voies qui peuvent nous conduire à Dieu et nous aider également à le rencontrer : c’est la voie des expressions artistiques, qui font partie de la via pulchritudinis — « voie de la beauté » — dont j’ai parlé à plusieurs reprises et dont l’homme d’aujourd’hui devrait retrouver la signification la plus profonde.

Il vous est sans doute parfois arrivé, devant une sculpture ou un tableau, des vers d’une poésie ou en écoutant un morceau de musique, d’éprouver une émotion intime, un sentiment de joie, c’est-à-dire de ressentir clairement qu’en face de vous, il n’y avait pas seulement une matière, un morceau de marbre ou de bronze, une toile peinte, un ensemble de lettres ou un ensemble de sons, mais quelque chose de plus grand, quelque chose qui «parle», capable de toucher le cœur, de communiquer un message, d’élever l’âme. Une œuvre d’art est le fruit de la capacité créative de l’être humain, qui s’interroge devant la réalité visible, s’efforce d’en découvrir le sens profond et de le communiquer à travers le langage des formes, des couleurs, des sons. L’art est capable d’exprimer et de rendre visible le besoin de l’homme d’aller au-delà de ce qui se voit, il manifeste la soif et la recherche de l’infini. Bien plus, il est comme une porte ouverte vers l’infini, vers une beauté et une vérité qui vont au-delà du quotidien. Et une œuvre d’art peut ouvrir les yeux de l’esprit et du cœur, en nous élevant vers le haut.

Mais il existe des expressions artistiques qui sont de véritables chemins vers Dieu, la Beauté suprême, et qui aident même à croître dans notre relation avec Lui, dans la prière. Il s’agit des œuvres qui naissent de la foi et qui expriment la foi. Nous pouvons en voir un exemple lorsque nous visitons une cathédrale gothique : nous sommes saisis par les lignes verticales qui s’élèvent vers le ciel et qui attirent notre regard et notre esprit vers le haut, tandis que, dans le même temps, nous nous sentons petits, et pourtant avides de plénitude... Ou lorsque nous entrons dans une église romane : nous sommes invités de façon spontanée au recueillement et à la prière. Nous percevons que dans ces splendides édifices, est comme contenue la foi de générations entières. Ou encore, lorsque nous écoutons un morceau de musique sacrée qui fait vibrer les cordes de notre cœur, notre âme est comme dilatée et s’adresse plus facilement à Dieu. Il me revient à l’esprit un concert de musiques de Jean Sébastien Bach, à Munich, dirigé par Leonard Berstein. Au terme du dernier morceau, l’une des Cantate, je ressentis, non pas de façon raisonnée, mais au plus profond de mon cœur, que ce que j’avais écouté m’avait transmis la vérité, la vérité du suprême compositeur, et me poussait à rendre grâce à Dieu. A côté de moi se tenait l’évêque luthérien de Munich et, spontanément, je lui dis : « En écoutant cela, on comprend que c’est vrai ; une foi aussi forte est vraie, de même que la beauté qui exprime de façon irrésistible la présence de la vérité de Dieu ».

Mais combien de fois des tableaux ou des fresques, fruit de la foi de l’artiste, dans leurs formes, dans leurs couleurs, dans leur lumière, nous poussent à tourner notre pensée vers Dieu et font croître en nous le désir de puiser à la source de toute beauté. Ce qu’a écrit un grand artiste, Marc Chagall, demeure profondément vrai, à savoir que pendant des siècles, les peintres ont trempé leur pinceau dans l’alphabet coloré qu’est la Bible. Combien de fois, alors, les expressions artistiques peuvent être des occasions de nous rappeler de Dieu, pour aider notre prière ou encore la conversion du cœur! Paul Claudel, célèbre poète, dramaturge et diplomate français, ressentit la présence de Dieu dans la Basilique Notre-Dame de Paris, en 1886, précisément en écoutant le chant du Magnificat lors de la Messe de Noël. Il n’était pas entré dans l’église poussé par la foi, il y était entré précisément pour chercher des arguments contre les chrétiens, et au lieu de cela, la grâce de Dieu agit dans son cœur.

Chers amis, je vous invite à redécouvrir l’importance de cette voie également pour la prière, pour notre relation vivante avec Dieu. Les villes et les pays dans le monde entier abritent des trésors d’art qui expriment la foi et nous rappellent notre relation avec Dieu. Que la visite aux lieux d’art ne soit alors pas uniquement une occasion d’enrichissement culturel — elle l’est aussi — mais qu’elle puisse devenir surtout un moment de grâce, d’encouragement pour renforcer notre lien et notre dialogue avec le Seigneur, pour nous arrêter et contempler — dans le passage de la simple réalité extérieure à la réalité plus profonde qu’elle exprime — le rayon de beauté qui nous touche, qui nous «blesse» presque au plus profond de notre être et nous invite à nous élever vers Dieu. Je finis par une prière d’un Psaume, le psaume 27: «Une chose qu'au Seigneur je demande, la chose que je cherche, c'est d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, de savourer la douceur du Seigneur, de rechercher son palais» (v. 4). Espérons que le Seigneur nous aide à contempler sa beauté, que ce soit dans la nature ou dans les œuvres d’art, de façon à être touchés par la lumière de son visage, afin que nous aussi, nous puissions être lumières pour notre prochain. Merci.

© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana

 

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DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

 RENCONTRE AVEC LES ARTISTES

Chapelle Sixtine
Samedi 21 novembre 2009

Messieurs les cardinaux, Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce, Mesdames et Messieurs

C'est avec une grande joie que je vous accueille dans ce lieu solennel et riche d'art et de mémoire. J'adresse à tous et à chacun mon salut cordial et je vous remercie pour avoir accueilli mon invitation. Avec cette rencontre, je désire exprimer et renouveler l'amitié de l'Eglise avec le monde de l'art, une amitié consolidée dans le temps, car le christianisme, dès ses origines, a bien compris la valeur des arts et en a utilisé avec sagesse les langages multiformes pour communiquer son message immuable de salut. Cette amitié doit sans cesse être promue et soutenue, afin qu'elle soit authentique et féconde, adaptée aux temps et tienne compte des situations et des changements sociaux et culturels. Voilà le motif de notre rendez-vous. Je remercie de tout cœur Mgr Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture et de la Commission pontificale pour les biens culturels de l'Eglise, pour l'avoir promu et préparé, avec ses collaborateurs, ainsi que pour les paroles qu'il vient de m'adresser. Je salue les cardinaux, les évêques, les prêtres et les éminentes personnalités présentes. Je remercie également la Chapelle musicale pontificale sixtine qui accompagne ce moment significatif. C'est vous qui êtes les acteurs de cette rencontre, chers et illustres artistes, appartenant à des pays, des cultures et des religions différentes, peut-être même éloignés d'expériences religieuses, mais désireux de maintenir vivante une communication avec l'Eglise catholique et de ne pas restreindre les horizons de l'existence au pur aspect matériel, à une vision réductrice et banalisante. Vous représentez le monde varié des arts et, précisément pour cela, à travers vous je voudrais faire parvenir à tous les artistes mon invitation à l'amitié, au dialogue, à la collaboration.

Plusieurs circonstances significatives enrichissent ce moment. Rappelons le dixième anniversaire de la Lettre aux Artistes de mon vénéré prédécesseur, le serviteur de Dieu Jean-Paul II. Pour la première fois, à la veille du grand Jubilé de l'An 2000, ce Pape, lui aussi artiste, écrivit directement aux artistes avec la solennité d'un document pontifical et le ton amical d'une conversation entre "ceux qui - comme le dit l'adresse -, avec un dévouement passionné, cherchent de nouvelles "épiphanies" de la beauté". Ce même Pape, il y a vingt-cinq ans, avait proclamé Beato Angelico patron des artistes, indiquant en lui un modèle de parfaite harmonie entre foi et art. Ma pensée va ensuite au 7 mai 1964, il y a quarante-cinq ans, lorsque, en ce même lieu, se déroula un événement historique, fortement voulu par le Pape Paul VI pour réaffirmer l'amitié entre l'Eglise et les arts. Les paroles qu'il prononça en cette circonstance retentissent encore aujourd'hui sous la voûte de cette Chapelle sixtine, touchant le cœur et l'esprit. "Nous avons besoin de vous - dit-il -. Notre ministère a besoin de votre collaboration. Car, comme vous le savez, Notre ministère est celui de prêcher et de rendre accessible et compréhensible, et même émouvant, le monde de l'esprit, de l'invisible, de l'ineffable, de Dieu. Et dans cette opération... vous êtes des maîtres. C'est votre métier, votre mission; et votre art est celui de saisir du ciel de l'esprit ses trésors et de les revêtir de mots, de couleurs, de formes, d'accessibilité" (Insegnamenti II, [1964], 313). L'estime de Paul vi pour les artistes était si forte qu'elle le poussa à formuler des expressions vraiment hardies:  "Et si votre aide Nous manquait - poursuivait-il -, le ministère deviendrait balbutiant et incertain et aurait besoin de faire un effort, dirions-nous, de devenir lui-même artistique, ou mieux de devenir prophétique. Pour s'élever à la force d'expression lyrique de la beauté intuitive, il aurait besoin de faire coïncider le sacerdoce avec l'art" (ibid., 314). En cette occasion, Paul vi prit l'engagement de "rétablir l'amitié entre l'Eglise et les artistes", et il leur demanda de faire leur et de partager cet engagement, en analysant avec sérieux et objectivité les motifs qui avaient troublé cette relation et en assumant chacun avec courage et passion la responsabilité d'un itinéraire renouvelé et approfondi de connaissance et de dialogue, en vue d'une authentique "renaissance" de l'art, dans le contexte d'un nouvel humanisme.

Cette rencontre historique, comme je le disais, eut lieu ici, dans ce sanctuaire de foi et de créativité humaine. Ce n'est donc pas un hasard si nous nous retrouvons précisément en ce lieu, précieux en raison de son architecture et de ses dimensions symboliques, mais encore davantage de ses fresques qui le rendent unique, à commencer par les chefs-d'œuvre du Pérugin et de Botticelli, de Ghirlandaio et de Cosimo Rosselli, de Luca Signorelli et d'autres, pour arriver aux Histoires de la Genèse et au Jugement dernier, œuvres éminentes de Michel-Ange Buonarrotti, qui a laissé ici l'une de ses créations les plus extraordinaires de toute l'histoire de l'art. Ici a également souvent retenti le langage universel de la musique, grâce au génie des grands musiciens, qui ont mis leur art au service de la liturgie, en aidant l'âme à s'élever vers Dieu. Dans le même temps, la Chapelle sixtine est un écrin particulier de souvenirs, car elle constitue le décor, solennel et austère, d'événements qui marquent l'histoire de l'Eglise et de l'humanité. Ici, comme vous le savez, le Collège des cardinaux élit le Pape; ici j'ai vécu moi aussi, avec impatience et une confiance absolue dans le Seigneur, le moment inoubliable de mon élection comme Successeur de l'apôtre Pierre.

Chers amis, laissons ces fresques nous parler aujourd'hui, en nous attirant vers le but ultime de l'histoire humaine. Le Jugement dernier, qui trône derrière moi, rappelle que l'histoire de l'humanité est mouvement et ascension, est une tension inépuisable vers la plénitude, vers le bonheur ultime, vers un horizon qui dépasse toujours le présent alors qu'il le traverse. Cependant, dans son caractère dramatique, cette fresque place également devant nos yeux le danger de la chute définitive de l'homme, une menace qui pèse sur l'humanité lorsqu'elle se laisse séduire par les forces du mal. La fresque lance cependant un cri prophétique puissant contre le mal; contre toute forme d'injustice. Mais pour les croyants le Christ ressuscité est le Chemin, la Vérité et la Vie. Pour celui qui le suit fidèlement, il est la Porte qui introduit à ce "face à face", à cette vision de Dieu dont naît sans aucune limite le bonheur plein et définitif. Michel-Ange offre ainsi à notre vision l'Alpha et l'Omega, le Principe et la Fin de l'histoire, et il nous invite à parcourir avec joie, courage et espérance l'itinéraire de la vie. La beauté dramatique de la peinture de Michel-Ange, avec ses couleurs et ses formes, se fait donc annonce d'espérance, invitation puissante à élever le regard vers l'horizon ultime. Le lien profond entre beauté et espérance constituait également le noyau essentiel du suggestif Message que Paul vi adressa aux artistes, lors de la clôture du Concile œcuménique Vatican ii, le 8 décembre 1965:  "A vous tous, proclama-t-il solennellement - l'Eglise du Concile dit à travers Notre voix:  si vous êtes les amis de l'art véritable, vous êtes Nos amis!" (Enchiridion Vaticanum, 1, p. 305). Et il ajouta:  "Ce monde dans lequel Nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans le désespoir. La beauté, comme la vérité, est ce qui apporte la joie au cœur des hommes, elle est ce fruit précieux qui résiste à l'usure du temps, qui unit les générati


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