Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

                                 La Charité de l’Espérance
                                     Solennité de l’Ascension du Seigneur
 

Couvent de la Vierge du Rosaire – Bordeaux, juin 2011
 
 
Solennité de l’Ascension du Seigneur, 2 juin 2011
 
Avez-vous un jour cherché votre chemin ? Non pas cherché comme on cherche une route la nuit, ni comme on
peut rechercher une adresse amie alors que le soir tombe sur un lieu méconnu. Je parle d’un chemin plus grand,
d’un chemin de vie, de celui qu’il faut tracer pour vivre quand visiblement prend congé celui que l’on aime, ou celle
à qui nous inspirait.
Il est des heures où chercher son chemin revient à poser la question « comment vais-je vivre ? ». Ainsi, mon
époux, mon enfant, ma sœur ou mes parents, des proches, des familiers, partent ou ne sont plus, alors comment
vais-je vivre ? Ou pourquoi le devrais-je encore ? Ai-je eu raison de durer, d’endurer ? Ai-je eu raison de me rendre
vulnérable à la tendresse, de ne pas m’endurcir, de choisir d’aimer encore ? Oui, avez-vous un jour recherché de
cette manière-là votre chemin, alors que descendait la nuit dans vos jours ?
 
Quand dans l’action de grâce nous nous réjouissons de l’Ascension du Seigneur, il est bon de faire ainsi le lien avec
notre existence. Car ce n’est pas tant un chemin que nous avons à découvrir que le compagnon qui nous aide sur ce
chemin. Un proverbe arabe rappelle : « Choisis ton compagnon de route avant de choisir ta route ». Aujourd’hui, les deux ne
font qu’un.
Ce compagnon est d’abord Jésus-Christ ressuscité, celui dont la Promesse nous fait vivre, celui qui
reviendra vers nous à la fin des temps ; et le Christ est aussi la route à parcourir pour rejoindre le Père.
 
Galilée, Judée, Béthanie, sont des lieux significatifs, que mentionne cette célébration, ceux de l’incarnation de la
visite de Dieu, du séjour concret du Fils Unique parmi nous.
Mais quand il s’éleva au plus haut des cieux, en s’éloignant à nos yeux, et en demeurant avec nous par
sa grâce, il nous révéla la manière d’espérer, l’espace où l’espérance allait se déployer pour fortifier notre vie. Et
comme nous en avons besoin !
Le mal de notre époque n’est-il pas le désespoir, la sourde langueur qui ronge l’âme, ternit les regards,
entache de son ombre les relations humaines, grippe la confiance ? Pour nos contemporains, pour nous-mêmes
peut-être, désespérer n’est-ce pas aussi songer à la mort, ou se tourner vers elle, désabusés ?
 
Certes, que l’homme puisse espérer peut souvent sembler étrange ou impossible : les circonstances peuvent plaider
contre l’espoir ; si l’on n’est ni doté d’une heureuse nature, ni d’une force d’âme stoïcienne, entendre parler d’espoir
peut paraître scandaleux, naïf ou inconscient. Est-il réaliste d’accorder foi au futur ? Le quotidien ne nous engloutit-
il pas ?
L’espérance chrétienne vient ici nous rattacher à une source de vie plus grande. Après avoir fêté la
Pâque du Christ Ressuscité, après avoir loué sa lumière gagnant sur les ténèbres, ayant redécouvert la vocation
immortelle de l’homme, ayant perçu que corps et âme chacun est appelé à vivre là où Jésus nous a préparé une
place, apprenons de Jésus l’espérance qu’il nous offre, et vivons-en. Il se sépare de ses disciples, pour leur montrer
où est leur vraie patrie, celle dont ils recevront la grâce de filiation, celle dont nous sommes déjà les citoyens -ou
pouvons le devenir- en demeurant en ce monde. L’absence apparente de Jésus n’est pas un motif de démobilisation
ni de tristesse.
La montée de Jésus est une invitation divine faite à l’homme, une prédication « grandeur nature ». Quand
le Seigneur s’élève au plus haut des Cieux, il devient comme la tête du Corps qui est l’Eglise, celle dont les baptisés
seront les membres visibles.
 
Jadis, quand le prophète Elie fut élevé aux cieux, son esprit ne vint-il pas reposer sur son disciple Elisée, devenant
pleinement prophète ? De même, l’espérance ne fait pas du disciple un simple réservoir de la grâce reçue ; mais un
transmetteur, un apôtre. Ayant découvert sa dignité et le lieu de son repos, sachant attendre le retour du Seigneur,
comment ne deviendrait-il pas « un pèlerin sur la terre » !
Tout en gardant mémoire des actes de son Sauveur, le disciple du Christ ne vit pas le nez en l’air, mais les
yeux à hauteur du prochain le plus proche. Si son cœur bat au rythme de Dieu, ses mains savent se porter vers les
hommes pour les fortifier à leur tour grâce à Dieu.
 
Jésus nous a offert l’espérance en gagnant le Royaume, pour que nous parcourions nos jours. « Je suis avec vous tous les
jours jusqu’à la fin des temps ». Fragile, malmenée, comme une flamme vacillante, l’espérance étonnera toujours Dieu,
autant que les hommes.
Elle n’a rien d’automatique. Mais elle a la sagesse d’attendre Dieu de Dieu même. Venue de Dieu, elle
s’appuie sur notre volonté. Et comme toute vertu, celle-ci se cultive. Mais elle relie à Dieu, et trouve en sa lumière,
en sa demeure, sa vérité, sa plénitude. Sachons alors la demander ; et faisons à notre temps comme à nos proches la
charité de l’espérance.

fr. Hugues-François Rovarino, op


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