Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Copains et consanguins de Dieu.
Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, selon Jn, 51-58
dimanche 26 juin 2011, année A
 
Dieu a choisi de nourrir son peuple. Dans l’ancienne alliance, aux jours de l’exode, au désert, il lui a donné la manne. Dans la nouvelle alliance, non pas seulement qu’il fait don de la nourriture et de la boisson, mais lui-même se donne. Il donne son propre corps qu’il faut prendre et manger ;  il verse son propre sang qu’il faut prendre et boire. L’évangile de ce dimanche du saint sacrement se lit sous un ton festif. Une histoire de nourriture et de boisson. C’est Jésus qui sert à table. Le repas qui y est servi est exceptionnel, il s’agit de la chair et du sang. Vraie nourriture et vraie boisson. En effet, Jésus déclare : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Le prologue de saint Jean trouve un approfondissement dans ce discours de Jésus : si là le verbe de Dieu devient chair, ici cette chair devient « pain » donné pour la vie du monde.
Manger la chair de Dieu et boire son sang, cela peut paraître la chose la plus étrange qui soit. Lorsque Jésus affirme que celui qui mange sa chair et boit son sang a la vie éternelle, les juifs sont scandalisés. Ils sont choqués, et dans les murmures, ils jugent comme inadmissible cette affirmation de Jésus.
La chair et le sang, dans la tradition biblique, désignent l’homme, et non pas deux choses séparées. Manger la chair, c’est donc s’incorporer la personne. Boire le sang, c’est communier à cette vie qui est donnée. Raison pour laquelle Jésus dit, « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui ». Le Christ est le pain de la vie éternelle qui fait de nous déjà en ce monde, les membres de son corps. Ce pain de la vie, nous le savons, est donné et reçu au cours de la célébration eucharistique.
Un morceau de pain reçu, quelques gouttes de vin, c’est bien peu à nos yeux. Mais comment peut-on en vivre si cela ne signifie pas plus ? Et si ce que cela signifie est l’amour infini de Dieu qui se donne aux hommes, la mesure des rites et gestes qui en font un mystère ne consiste ni dans le temps qui leur est consacré ni dans la quantité que chacun reçoit, mais dans la correspondance et la réponse humaine à cet amour de Dieu. Il est bien clair l’image du repas, manger et boire, n’est pas dans sa répétition ritualisée, mais en ceci : que le corps et le sang auxquels nous communions font de nous des intimes du Christ et plus que des intimes, des consanguins du Christ.
Quand nous communions au corps et au sang du Christ, c’est la rencontre même avec Jésus, nous nous nourrissons, du Dieu vivant lui-même, nous mangeons vraiment le pain vivant descendu du ciel.
Je me souviens, - enfants, la veille de notre première communion, on nous disait de ne jamais mâcher la sainte hostie, sous peine d’avoir une bouche pleine de sang. Manière d’inviter sans doute à un respect spécial pour la sainte espèce. Or il arrive, un moment, à l’enfant devenu majeur ou adulte d’enfreindre cette consigne. Rébellion intérieure, distraction ou difficulté d’observance, peu importe.
Toujours est-il que cela permet non seulement de s’émanciper spirituellement, mais de comprendre plus profondément que l’essentiel est invisible pour les yeux.

 

Mais que reste-t-il,  de nos jours, de toutes ces consignes? Que doit-il rester de l’imaginaire et des récits sur les hosties consacrées ?  Souvenez-vous, « quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur ». L’eucharistie, c’est le sacrement par excellence où le Christ dispense ses grâces. Le pain et le vin, devenu corps et sang du Christ, rétablit la communion avec le Christ, communion qu’elle annonce, préfigure et signifie.
Célébrer le repas de Jésus ne suffit pas. Encore faut-il épouser sa personne. On ne peut pas communier au corps du Christ si on n’est pas prêt à communier à ses options fondamentales. Ces options doivent prendre corps dans des actes aussi concrets et quotidiens que le manger et le boire. L’eucharistie est, dans son essence, un mode d’exister plutôt qu’un culte.
La participation à l’Eucharistie, sacrement de la nouvelle Alliance, est le plus haut degré de l’assimilation au Christ, source de vie éternelle, principe et don total de soi.
La messe au cours de la quelle est célébré le saint mystère eucharistique est le moment de la plus grande intimité avec le Seigneur puisque nous devenons son corps et aussi celui de la plus grande communion avec tous les baptisés. Participer au sacrement de  l’Eucharistie, c’est vivre la réalité de la parole, du pain et du vin, comme lieu de la rencontre entre Dieu et l’homme, et des hommes entre eux.
Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps. Unité de pain, unité des hommes.
En effet, le pain auquel nous communions, c’est le corps du Christ. Et que deviennent les communiants ? La réponse est simple : le corps du Christ. Non pas une multitude de corps mais un corps unique. L’effet principal de l’Eucharistie est donc l’insertion en plein corps du Christ, corps dont le Seigneur ressuscité est la Tête, corps formé de cette Tête et de ses membres que sont les baptisés.
La vraie vie, elle est dans cette union au Christ. L’eucharistie à la fois célèbre cette vie du corps en attente de la gloire éternelle, la rend présente sacramentellement en rendant présents le corps et le sang personnel du Christ. Ainsi dans le saint sacrement, le Christ nous communique son esprit et donne une impulsion à notre marche dans l’histoire.

Seigneur, merci de nous inciter à nous nourrir de toi, car toi seul peux apaiser notre faim. Comble-nous de tous les biens de ton Royaume. Merci de nous inviter à ta sainte table pour partager  ce repas signe de ta présence au milieu de nous. Quand tu nous invites, aide-nous, que nous sachions répondre avec respect et dignité. Amen.

fr. Antoine Tingba, op


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