Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare


Jusqu'à quel point accomplir la volonté du Père?

 

Vingt-sixième dimanche du Temps Ordinaire 

fr. Hugues-François Rovarino, prieur

 

« Qu’en pensez-vous ? » Pour une fois, une question a trouvé sa réponse ! Ce n’est pas si fréquent : il est vrai qu’en théorie au moins la réponse semblait s’imposer ; mais encore fallait-il la formuler. Si Jésus parle souvent en parabole pour qu’on l’entende sans le comprendre, dans le cas présent le propos est transparent. Mais, pourquoi alors me direz-vous, pourquoi en parlons-nous encore ? 

Serait-ce parce que Jésus pour nous provoquer donne en exemple des pécheurs publics ? Certes, qui accepterait d’être comparé aux publicains, ces collaborateurs de l’occupant romain, et aux prostituées ? Notre habitude d’entendre ces textes a sûrement émoussé la provocation d’une telle parabole ! Etre rejoints par Jésus, c’est honorable ! En retour, nous sommes tous disposés à rendre grâce au Père avec lui pour cette visite. Mais être comparés avant cela aux pécheurs publics, ne pouvons-nous pas exprimer alors quelque réticence légitime ? Comment ne pas en chercher la raison ? Comment publicains et prostituées sont-ils devenus recommandables ? Imagine-t-on des parents tenir de tels propos à leurs enfants ? Ou des éducateurs ? Pourtant, si ces pécheurs publics sont donnés en exemple, et malgré cette provocation, ce n’est pas pour cela que nous parlons encore de la parabole du père et des deux fils. 

Si nous en parlons encore alors qu’elle semble si transparente serait-ce parce que Jésus nous interroge à notre tour après les chefs de prêtres et les anciens de jadis : « et vous que pensez-vous de ceci ? » On peut être sensible à ce qu’on nous demande notre avis ; mieux encore si Jésus le fait. Et si le sujet semble simple, facile à retenir : un père / deux fils ; une demande / deux réponses ; un objet / deux attitudes contradictoires : le oui qui devint non ; le non qui devint oui, si le sujet semble simple, on pourrait s’étonner de ces attitudes ; mais entre nous ce ne sont là que des choses familières ! Qui d’entre nous devant la demande d’un père n’a pas un jour transformé piteusement son oui en non, et plus heureusement transfiguré un non trop vite lancé en oui réconfortant ?

Non, il y a une raison bien plus forte pour que la parabole ait traversé les siècles ; une raison essentielle. Voulons-nous accomplir la volonté du Père ? Est-ce que cela compte pour nous ? Sommes-nous prêts à changer notre vie pour suivre celui qui nous appelle  - voire à la risquer ? Un de nos jeunes frères dominicains de Bagdad, Amir, a récemment confié : « Quand je sors du couvent, je ne sais pas si vais rentrer ». Et malgré le martyre possible, il va cependant travailler à la vigne du Père, donner Dieu à ceux qui l’espèrent du plus profond de leur cœur, réconforter, consoler. Et combien d’autres de part le monde ! 

 

Et chez nous, dans notre société, dire oui au Père, comportera souvent des railleries, des incompréhensions, des mises à l’écart. Notre conscience sera interrogée, provoquée. Il n’est facile pour personne d’accomplir la volonté du Père, et notre quotidien, notre vie en sont l’enjeu. Et d’expérience, ne savons-nous pas dire tant le oui que le non ? Pire encore : accomplir ce que l’on ne veut pas faire et ne pas faire ce que l’on voulait accomplir ? Sommes-nous prêts à nous reconnaître en ces êtres compliqués, mais à nous reprendre, si l’on s’aperçoit que l’on fait fausse route ? Mais quoiqu’il en soit, et au-delà des épreuves, une joie et une plénitude données par la vie de Dieu sont au rendez-vous de l’accomplissement de cette volonté. 

 Toutes ces questions fondamentales, ont justement trouvé réponse dans l’attitude de certains pécheurs publics : par exemple, celle de publicains comme Lévy, le futur Matthieu, ou Zachée. Et par eux, qui furent comme des fils passés du non au oui, nous apprenons que ce chemin est praticable. Mais il n’est praticable, que pour ceux qui se savent pécheurs ! La reconnaissance de son péché par le pécheur est la première étape durant laquelle vient résonner la question de la parabole ! Savoir laisser résonner en soi la demande que nous adresse le Père ; savoir l’entendre en vérité, y adhérer à tout âge, franchement, voilà ce que Jésus vient nous recommander. Il peut le recommander, car « il s’est abaissé lui-même, obéissant jusqu’à la mort », jusqu’à l’extrême pour nous combler de grâce.

 En donnant l’exemple de pécheurs publics, Jésus éclaire notre réalité : marqués d’une blessure originelle, pécheurs, nous sommes de ceux qui ont du mal avec l’obéissance au Seigneur. Mais nous voyons que la docilité à la volonté du Père rend sa dignité au pécheur repentant. C’est cela que nous recherchons : devenir nous-mêmes en vérité, par la grâce du Christ. Nous sommes appelés à vivre comme Lévy le publicain devenu Matthieu l’évangéliste ; ou comme Zachée le publicain rétabli comme fils d’Abraham dans la communauté des hommes où tous se méfiaient de sa rapacité, Zachée, réajusté à Dieu, acceptant d’écouter son Sauveur : il devient exemplaire. Il est de ceux qui incitent à rythmer notre vie de cette prière : « Seigneur, Que Ta volonté soit faite ».

Oui, comment ne pas parler encore de la parabole du Père et des deux fils ? Elle ouvre par surprise une voie droite ! Mais, la demande ne viendra pas seulement du Père : elle pourra venir de notre cœur ; elle aura rejoint notre propre cœur. « Unifie mon cœur pour qu’il t’adore », pouvons-nous demander. Devenus capables de consentir à la volonté divine, et de rester fidèles à ce oui, c’est avec lui que nous chanterons par toute notre vie, pris alors dans la Joie de Dieu. Oui, « Père, Que ta volonté soit faite ».

fr. Hugues-François Rovarino o.p.


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