Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

César n’est pas l’égal de Dieu

Homélie du fr. Antoine Tingba, 29ème Dimanche du TO, année A - Mt 22,15-21

 

 

 

La surprenante formule de Jésus, « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », comme réponse à la question piège posée par les pharisiens,  a été interprétée au cours de l’histoire de plusieurs manières, à l’occasion, pour  servir  différentes causes, par exemple, la séparation entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, entre l’état et l’église,  le politique et le religieux, l’empereur (roi) et le pape…

 

 

Mais remarquer qu’il ne s’agit pas d’abord d’une question de pouvoir, de l’église  ou de l’état.  Dans ce passage, Jésus est mis à l’épreuve. Les pharisiens veulent le prendre en faute en le faisant parler. Il doit répondre à la question, et trancher si oui ou non, est-il permis de payer l’impôt à l’empereur. Les pharisiens et leurs disciples se situent au plan de la licéité. Très respectueux de la loi juive, les pharisiens se donnent le bon rôle, ils posent des questions relatives à l’observance de la loi. Jésus répond comme un maître, titre qui lui est décerné. Pour répondre, Jésus se sert d’un matériel didactique, la pièce de monnaie. Sur cette pièce de monnaie figurent l’effigie et la légende de l’empereur César. Les marques bien visibles sur la monnaie prouvent que la monnaie appartient à César.

L’empereur impose des impôts au peuple  de son empire. Il a des normes édictées pour garantir le devoir pour tout citoyen de s’acquitter de ses impôts. Pour la bonne marche de l’empire, il faut payer ses impôts. Certes, le respect de la loi, c’est  important  pour qu’un groupe social puisse vivre. Là où il n’y a pas d’état de droit, il n’y a pas de vie sociale apaisée. Pourtant, l'espérance chrétienne va au-delà de l'attente légitime d'une libération sociale et politique, car par le Christ est née une nouvelle humanité qui vient de Dieu. Raison pour laquelle, Jésus élève le débat.  A la question des pharisiens, Jésus ne se justifie pas comme un responsable politique, Lui, il est l’envoyé du Père. Il est celui qui est venu nous révéler que le seul bonheur du Père, c’est que nous devenions ses fils. Jésus, le Fils de Dieu, est celui qui nous rappelle inlassablement que l’homme n’est pleinement homme que quand il est en relation avec Dieu. Jésus lui-même qui manifeste sans cesse  sa relation privilégiée avec son père se veut le frère de tous sans exception.

 

 

Rendez à  César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Il est clair tout d’abord que la phrase conjoint deux parts bien distinctes : ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu. Ce qui est à César, c’est la monnaie qui porte son effigie. Ce qui est à Dieu est depuis l’origine, depuis la création. La création, en effet, est le lieu où se développe parfaitement toute l’histoire de l’amour entre Dieu et l’homme. La position singulière et unique qu’occupe l’homme dans la création nous fait découvrir cette vérité essentielle : Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa.  Donc l’homme appartient à Dieu et non à César. Et comme en chaque homme se trouve l’image de Dieu, par conséquent, même César, appartient à Dieu.

Avec Jésus, nous sommes conduits plutôt à la connaissance de la pure vérité, celle de rendre à Dieu sa place. Dieu en effet a créé toutes choses pour l’homme. Et l’homme, après les anges, est parmi toutes les créatures celle qui ressemble le plus à Dieu. Entre l’homme et la monnaie, entre l’humanité et l’argent, il n’y a pas de commune mesure. L’être humain qui est créé à l’image de Dieu a pour vocation de partager la vision de Dieu. Dieu nous aime tous, sans distinction ni limites. Il aime les enfants et leurs parents. Il aime les jeunes et les vieillards. Il aime les malades et ceux qui les soignent. Il nous aime tous d’un amour éternel et inconditionnel. Ce serait se mettre sur une fausse route que partager à part égale entre César et Dieu. La monnaie sert au citoyen de l’empire à s’acquitter des impôts. Ce qui appartient à César est moins que ce qui appartient à Dieu. A César appartient ce qu’il perçoit des impôts des contribuables. Or ce qui appartient à Dieu c’est ce que Dieu nous donne. L’amour de Dieu est nous donné dans une totale gratuité. Cet amour de Dieu ne s’achète pas, il ne se facture pas ; en aucune façon, il ne se mérite même pas. Il s’accueille. Il est donné totalement à chaque homme. Il n’y a pas de prix à payer pour recevoir cet amour.

Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. Dieu n’a en ce monde aucune similitude. Il est un Dieu unique, que rien ne peut représenter, ni figurer. Rappelez-vous cette parole forte en prophète Isaïe : Je suis le Seigneur, il n'y en a pas d'autre : en dehors de moi, il n'y a pas de Dieu.

 

 

Un effort de discernement s’impose dans le rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Par rapport à César, Dieu occupe la première place. Et cette place ne peut lui être ravie ou substituée. César impose aux citoyens de payer les impôts,  Dieu, Lui nous invite à aimer. Aimer le prochain, aimer l’église qui nous enseigne les vérités de la foi, aimer Dieu. César n’est pas l’égal de Dieu. L’hypocrisie, c’est de dire que l’on fait la volonté de Dieu en appliquant la loi mais en se passant de Dieu. Les pharisiens, leur orgueil, c’est de croire qu’ils peuvent obtenir le salut par leurs propres forces et qu’ils n’ont pas besoin de Dieu pour aller à Lui. Nous avons besoins de Dieu. Nos devoirs envers Dieu, envers le sacré, aujourd’hui Jésus nous les rappelle. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu.

Par l’intercession de la Vierge Marie, rendons grâce à Dieu d’avoir pu nous communiquer sa sagesse. Et à l’exemple de Marie, faisons place pour Dieu dans nos vies.

 

fr. Antoine Tingba


Connexion | Plan du site | ©2013 Dominicains de Bordeaux