Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

On ne prête qu'aux riches !

33° Dimanche du T.O. / Mtt 2510-17

 

 

C'est la leçon de l'Evangile: “Enlevez-lui son talent et donnez-le  à celui qui  en a dix”. On donne aux riches en spoliant les pauvres! C'est tout à fait contraire à la morale de Robin des Bois. Vous l'avez entendu, “celui qui a, recevra encore; et celui qui n'a rien se fera enlevé même ce qu'il a!” Conclusion: dans le royaume des cieux, le pauvre est plus pauvre, et le riche est plus riche. A Dieu ne plaise qu'on interprète la parole de Jésus de cette manière, sotte et naïve. Il n'en va pas de l'économie divine comme de l'économie humaine! La communion des saints n'a rien à voir avec le Commonwealth. Le royaume de Dieu est bien plus mystérieux. De quoi s'agit-il dans cet évangile?S'il nous fallait sauver l'adage populaire: on ne prête qu'aux riches, pour éclairer la logique si déconcertante du Royaume des Cieux et du jugement de Dieu, que dirions-nous? Nous dirions ceci: On ne prête qu'aux riches dans le royaume de Dieu, parce que Dieu ne reconnaît qu'une seule richesse celle de l'amour, et que l'amour est la seule richesse qu'il paye en retour.

            On ne prête qu'aux riches dans le royaume de Dieu, parce que ces riches qui plaisent à Dieu, qui attirent sur eux la surabondance, ce sont les âmes généreuses qui aiment sans compter, qui donnent leur coeur pour aimer et leur mains pour servir sans marchander. Oui, celui qui a, recevra encore: celui qui flambe tout pour l'amour de Dieu, celui-là recevra encore, et encore, et au centuple, parce que Dieu se donne à nous dans la mesure où nous nous donnons à lui, et même au-delà de cette mesure, car il est la mesure infinie. Mais celui qui n'a rien, frères bien-aimés, se fera enlever même ce qu'il a; oui, ceux qui sont pauvres en amour n'ont pas leur place dans le Royaume  de Dieu. Ils auront moins que rien. On ne prête pas aux pauvres dans le royaume des Cieux, parce que dans l'ordre de l'amour, la seule richesse  est la charité, et que celui qui en est dépourvu est pauvre de tout. On ne prête pas aux pauvres, dans le royaume des Cieux, parce que ceux qui ont un petit coeur et un petit esprit ne peuvent ni comprendre ni accueillir l'amour en grand, l'amour qui investit à perte et qui risque tout. Oui, celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a, parce que celui qui n'a pas la charité n'a rien; toutes les richesses, toutes les gloires et tous les avantages humains s'évanouissent dans le royaume des cieux: tout cela nous sera enlevé, et nous n'aurons vraiment plus rien, et moins que rien, si nous n'avons pas la charité.

            On pourra objecter: “mais celui qui enfoui son talent dans la terre, il a quand même servi son Seigneur. Il aime un peu quand même…” Sans doute, mais est-ce aimer que d'aimer à moitié, au tiers ou au quart? Aimer? C'est donner un peu, donner beaucoup, c'est donner tout? Jésus nous invite-t-il à aimer et à nous donner en assurant le minimum syndical? “Ah! Mon Dieu, je suis en règle, J'ai bien fait ma prière, j'ai bien assisté à votre messe. Voilà votre bien, ni plus ni moins, vous avez ce qui vous revient!”  Est-ce cela aimer?... Et l'on entend le reproche de Jésus, une fois de plus: “Seigneur nous avons bu et mangé avec toi, nous avons prophétisé en ton nom. Seigneur nous te connaissons...  –‍ Allez-vous en maudits, éloignez-vous de moi vous qui faites le mal!” Celui qui n'a pas pleuré avec les saints, en lisant cette page d'évangile, a t-il commencé d'aimer? Le Saint curé d’Ars pleurait en confessions parce que ses penitents ne pleuraient pas… François d’Assise pleurait de ce que, dans l’Eglise, l’amour n’était pas aimé. Celui qui donne en ne se donnant pas, c'est comme s'il ne donnait rien.  Il croyait avoir quelque chose, celui qui avait conserver le talent de son maître; nous croyons tous avoir quelque chose devant Dieu, parce que nous donnons un peu. Mais, quand nous faisons notre examen de conscience, devant la démesure de l'Amour du coeur de Jésus, quelle est notre mesure à nous, quelle est ma mesure à moi: un pauvre petit talent que je conserve comme une chose morte dans un musée! Que faire donc, en cette fin d'année liturgique qui est l'heure des bilans, du jugement, de la mort imminente, de la fin des temps. Eh, bien nous prierons ardemment avec les saints pour pleurer dès maintenant sans attendre le jugement.  Puissions-nous pleurer aujourd'hui car demain il sera trop tard.  Que ces pleurs nous sauvent in extremis des grincements infernaux  à venir. Mais que ces pleurs, frères bien-aimés, soient ici-bas les pleurs  de l'amour; de l'amour  qui  pleure, avec le curé d'Ars ou avec François d'Assise, de ne pas aimer.

fr. Marie-Ollivier o.p.


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