Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Dieu parmi nous, mémoire du passé ou mystère à venir ?

1er Dim de l’Avent, année B, Mc 1333-37

 

 

Un temps liturgique, comme celui de l’avent, dont le but est de nous disposer à célébrer un événement, passé et qui ne se reproduira plus jamais, risque toujours d’apparaître comme quelque chose d’un petit peu artificiel. Normalement, on n’a pas besoin de se préparer, longuement, avant de faire mémoire de quelque chose ! Et que pourrions-nous bien imaginer de nouveau pour que cette prochaine fête de Noël ne soit pas simplement une courte parenthèse dans la succession, monotone et déprimante, des jours après les jours ?

Si nous n’avons pas besoin de temps, ni d’efforts, pour être prêts à célébrer un événement passé ; par contre, il en faut, et beaucoup, pour pénétrer un mystère ; d’autant plus qu’il est profond. Voilà donc la question que nous devons nous poser, au début de ce temps de l’avent : avons-nous vraiment l’intelligence du mystère que nous allons célébrer, une fois de plus ? Ce mystère c’est, bien sûr, celui de la présence de Dieu parmi nous. Encore faut-il comprendre qu’il s’agit de la présence de Dieu Lui-même, en Personne ; et non pas d’une présence vague et qu’on ne perçoit qu’à travers ses effets. En vérité, le Christ, à Noël, ne fait rien ; il se contente d’être là. Présence qui se suffit à elle-même et doit devenir tout pour nous. D’ailleurs, d’un tout petit enfant, on n’attend rien ; on est simplement heureux qu’il soit venu au monde. Or Dieu, dans le mystère de Noël, s’est fait nouveau-né, pour nous. De même, à la fin des temps, c’est-à-dire lorsque ce qui est définitif se mettra en place pour toujours, Dieu ne fera rien d’autre que Se montrer, puisque nous ne ferons rien d’autre que Le contempler, Face à Face, dans une Vision Eternelle.

 

Ainsi, Noël doit être une initiation à une vie d’intimité avec Dieu, trois fois Saint, Invisible et Inconnaissable. Bien sûr, cela ne sera parfait qu’au Ciel ; mais cela commence vraiment sur la terre, et très précisément depuis que le Verbe s’est fait chair et qu’il a habité parmi nous ; car, lorsqu’il cesse d’être présent de manière sensible et visible parce qu’Il monte vers son Père, il promet à ses apôtres : je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. Bref, Noël n’est pas qu’un événement ou une promesse, il est le début d’une histoire qui tend vers une plénitude absolue.

Avons-nous bien mesuré, concrètement, tout ce que cela implique ?

D’abord, il faut demander à Dieu de Se donner à nous, au lieu d’attendre simplement de Lui qu’Il nous aide, nous accompagne dans nos entreprises, nous comble de ses bienfaits et nous accueille, quand tout sera fini. Aussi bien, Saint Thomas d’Aquin, au Christ, qui lui promettait tout ce qu’il désirait, répondait : je ne veux rien d’autre que Toi Seigneur. De même, nous devrons apprendre à chercher la Personne du Sauveur ; au lieu d’attendre un salut, c’est-à-dire une amélioration concrète de notre condition humaine ! Mais cela suppose une longue purification.

Et puis, il faut, aussi, savoir saisir l’invisible ; puisque Dieu, personne ne peut Le voir. Voilà pourquoi, au jour de notre baptême, Dieu a doublé notre intelligence d’une nouvelle faculté ; capable, nous dit saint Paul, de scruter les profondeurs mêmes de Dieu. Encore faut-il se détacher des réalités de ce monde qui passe, et vivre dans la foi et de la foi.

 

Voilà donc le sens de l’avent : ouvrir les yeux de l’âme, ceux que nous avons parce que nous sommes devenus, en Jésus-Christ, enfants de Dieu. Alors Dieu ne sera plus une idée, ni même une simple présence, plus ou moins lointaine et plus ou moins vague. Relisez ce que Mère Teresa écrivait, dans une sorte de testament, à ses sœurs : « Je m'inquiète de ce que certaines d'entre vous n'aient pas encore vraiment rencontré Jésus - seul à seul - vous et Jésus seulement. Nous pouvons certes passer du temps à la chapelle, mais avez-vous perçu - avec les yeux de l'âme - avec quel amour il vous regarde ? Avez-vous vraiment fait connaissance avec Jésus vivant, non à partir de livres mais pour l'avoir hébergé dans votre cœur ? Avez-vous entendu ses mots d'amour ? N'abandonnez jamais ce contact intime et quotidien avec Jésus comme personne réelle vivante, et non pas comme pure idée. Comment pourrions-nous passer un seul jour sans écouter Jésus dire "Je t'aime"... C'est impossible ! Sinon, la prière meurt et la méditation dégénère en simple réflexion. Jésus veut que chacun de nous l'écoute, lui qui vous parle dans le silence du cœur ».

Profitons de ce temps de l’avent pour nous habituer à ne pas nous laisser obséder par les soucis de la vie présente, afin de prendre le temps de chercher, sérieusement, à rencontrer le regard du Christ.

 

En clair, nous sommes invités, et de façon pressante, à prier ; inlassablement et sans nous laisser arrêter par l’aridité ou le sentiment que le temps ne passe pas… car, nous en sommes sûrs, il vient le Sauveur du monde.

fr. Benoit-Marie Simon o.p.


Connexion | Plan du site | ©2013 Dominicains de Bordeaux