Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Une nouvelle tenue pour un homme nouveau

 

2ème dimanche de l’Avent : Is 40, 1-5.9-11 ; 2P 3, 8-14 ; Mc 1, 1-8

 

Jean parut dans le désert. Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour de ses reins; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait un baptême de conversion (Mc 1, 1-8).

 

Le décor est planté, ainsi que le personnage et l’action. Examinons cela.

Le décor : cela se passe au désert.

 

Que savons-nous du personnage ? D’abord ce Jean est accoutré bien étrangement. On dirait un prophète : on lit, par exemple, en Zacharie 13, 4 que le « manteau de poil » est la tenue typique du prophète. Et au Second livre des Rois 1,8 il est écrit qu’Elie est « l’homme revêtu d’une toison et d’un pagne de peau autour des reins ». Cependant, nulle part dans l’Ecriture, sauf ici, en Mt 3, il est question d’un « vêtement fait de poils de chameau ». Par contre, ce que l’on trouve en hébreu c’est le jeu de mots entre le mot « vêtement » (LBSh) et le mot « retour » (LaShuB). L’imposition d’un vêtement, une vêture, une prise d’habit par exemple, indique ainsi que celui qui est revêtu commence un chemin, une conversion, entame un retour vers ce qui est essentiel. L’attitude fondamentale qui est à la base de cette démarche est le repentir (Teshuba).

 

Et que fait Jean ainsi habillé ? Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Et tous se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en reconnaissant leurs péchés. Ce qu’il fait – proclamer un baptême de conversion – est manifesté par ce qu’il porte, et ce qu’il porte exprime ce qu’il est. C’est parce qu’il vit une démarche de conversion, parce qu’il est entré dans ce chemin qu’il peut inviter ses contemporains à suivre la même voie.

Grâce à ce jeu de mot entre « repentir » et « vêtement », Jean comme Elie, peuvent être définis, comme «  le porte-toison » (baal sh'aar, 2R 1,8) et comme le « maître de la repentance ». Vous le voyez : le sens premier de la tenue de Jean n’est donc pas celui de l’austérité ou de la mortification (semble-t-il, d’ailleurs, que la laine de chameau n’est pas du tout grossière, mais fort confortable, protège contre le froid et la chaleur, résiste à la pollution, repousse l'eau, absorbe l'humidité, retient l'air, est très élastique et solide, etc). Le sens premier de cette tenue est ainsi celui d’une prédication, une invitation à la conversion : tous ceux qui voyaient Jean comprenaient que son être même était une provocation à revenir à l’essentiel, c’est à dire, à l’espérance d’Israël : Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu. » Le fruit de sa victoire l'accompagne et ses trophées le précèdent (Is 40,9). C’est peut-être cela que voudrait signifier Marc lorsqu’il démarre son Evangile par la description de Jean. Oui, Jean est ce guetteur qui attend l’aurore, l’espérance d’Israël qui, au désert, va à la rencontre du Seigneur, Jean est le trophée qui précède son Seigneur.

 

Et que dit encore Marc à propos de Jean ? Qu’il « se nourrissait des sauterelles et du miel sauvage ». S’agit-il d’un détail gastronomique ? Et bien, non : les sauterelles ont été identifiées par les prophètes avec l’envahisseur (Cf. Nahum 3, 15 ; Jl 2, 1-11) ; les sauterelles représentent les forces qui s’opposent à l’établissement de l’unité, les faux dieux et en définitive, l’adversaire. Les prophètes se dressent contre ces forces étrangères qui vient corrompre l’unité d’Israël, sa foi et son espérance : le prophète est celui qui fait descendre le feu qui dévore ses adversaires (1 R.18, 20-40 ; 2 R 1, 10 ; Juges 7:12 : Madian, Amalek, et tous les fils de l’Orient, étaient répandus dans la vallée comme une multitude de sauterelles.). Jean est celui qui éprouve le fruit amer des infidélités d’Israël (Ézéchiel 3 :1-3 ; Apoc. 10.8-11) et qui annonce au même temps une terre promise, un pays unifié où coule le lait et le miel. Voici le Seigneur Dieu : il vient avec puissance. Le fruit de sa victoire l'accompagne ! (Is 40,9). Et la parole du prophète porte en même temps l’amertume de la pénitence et la douceur du retour vers Dieu.

 

Jean, enfin, est celui qui indique au peuple Celui qui vient avec puissance : Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de (…) défaire la courroie de ses sandales (upodèematon) (Mc 1, 8).

« Défaire la courroie de ses sandales » : qu’est-ce que cela veut dire ? Il ne s’agit pas ici de l’ordre donné à Moïse de se déchausser parce l’endroit sur lequel il se tenait était saint (Jos 5, 15). Il s’agit plutôt du geste du serviteur à l’égard de son maitre : celui de le déchausser et de lui laver les pieds, le geste que Jésus accomplira à l’égard des disciples. Jean ne se considère même pas digne de rendre cet humble service à Celui que vient. Saint Thomas d’Aquin donne, parmi d’autres, une interprétation mystique qui se concentre sur la nature humaine du Christ : la chaussure, faite avec des peaux mortes, signifie la nature humaine mortelle que le Christ a prise ; nature si parfaitement unie à la divinité, que ni Jean ni aucun autre ne peut dénouer, ni pleinement scruter. Personne ne peut saisir véritablement cette union, personne ne pourrait non plus la défaire. Il en va de même pour la vie humaine du Christ : Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne (Jn 10, 18). C’est ce que la peinture byzantine exprime lorsque l’on représente le petit Jésus laissant tomber lui même sa sandale, comme vous pouvez le voir dans cette copie, à ma droite, de Notre-Dame du Perpétuel Secours.

Quant à Jean, c’est par son ministère qu’il il va s’associer au mystère de Celui qui vient : moi, je vous ai baptisés dans l'eau ; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint (Mc 1, 8).Jean, qui proclame un baptême de conversion, sera baptisé non pas dans les eaux, mais dans le sang,  sang qui rend témoignage de sa lutte jusqu’au dernier instant contre l’oppresseur, sang qui rend témoignage de sa sainteté et sa justice. Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, dira saint Pierre, c'est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice (2P 3, 8-14)

 

Jean parut dans le désert. Il avait son vêtement fait de poils de chameau. Il proclamait un baptême de conversion (Mc 1, 1-8).

Laissons-nous, frères et sœurs, conduire au désert, laissons-nous revêtir du manteau de la conversion et souvenons-nous que, par le baptême, nous avons déjà été constitués prophètes, prêtres et rois. Amen.

 

fr. Jean-Ariel Bauzas-Salinas o.p.


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