Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Soyez toujours dans la joie

(Homélie du fr. Joël Boudaroua, le dimanche 11 décembre 2011)

« Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous. N’éteignez pas l’esprit, ne repoussez pas les prophètes, discernez la valeur de toute chose » (1 Thess 5, 16-24).

Alors discernons, discernons un peu… De deux choses l’une : ou bien la révélation chrétienne est vraie et elle est, comme disait le cardinal Lustiger « la racine de notre salut et le tréfonds de notre existence », ou bien elle n’est qu’une fable et elle n’éclaire que notre néant… Cette dernière hypothèse semble avoir conquis l’opinion puisque beaucoup pensent que la révélation chrétienne appartient définitivement au passé, qu’elle ne les concerne plus, que leur vie peut se dérouler en dehors d’elle, sans elle, voire contre elle… Que l’histoire chrétienne est désormais derrière nous et que le christianisme finira au musée comme la religion des Egyptiens.

Et bien, je crois raisonnable de soutenir exactement le contraire. Je crois que nous n’en sommes qu’au commencement de l’ère chrétienne, au temps et à l’endroit où Jean baptisait (Jn 1, 28). La crise existentielle que nous traversons commence à peine à manifester l’originalité singulière du christianisme, ce qu’il apporte, ce que va apporter l’Evangile à ce monde nouveau, car seul l’Evangile et sa loi de charité peuvent insuffler au grand corps social malade l’énergie nécessaire pour rebondir et recommencer.

Aujourd’hui l’Occident est devenu à lui-même une telle énigme, se trouve confronté à des questions si redoutables, il s’expose au jugement d’une telle épreuve qu’il doit envisager l’hypothèse où seul l’avènement du Christ lui offre les concepts et les forces pour assumer son destin…pour s’orienter vers un « authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité » (Benoît XVI, Caritas in veritate, 67). Et cet avènement n’est pas du passé, il n’est pas dépassé, il est dans le temps qui court.

Nous sommes toujours dans les premiers commencements du christianisme, et, dans la situation où nous sommes, seul un Dieu peut encore nous sauver ! Et voici qu’au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas (Jn 1, 26) : il vient rajeunir la vieille humanité dans son péché, il vient régénérer notre culture, il vient renouveler notre espérance, il vient sauver le monde de sa tristesse en orientant ce qui lui reste de joies vers la joie du grand mystère de son avènement, vers sa joie…

S’il nous arrive de douter que la joie du Seigneur puisse encore quelque chose pour nous, rappelons-nous dans quel contexte le prophète tressaille de joie et annonce la joie : pour Israël c’est le retour de l’exil à Babylone, le pays est occupé par les Assyriens, le Temple de Jérusalem est détruit, la ville est dévastée, les conditions de vie sont extrêmement pénibles pour tout le monde ; alors, entre ruines et désolation, Isaïe proclame la bonne nouvelle aux pauvres, la guérison aux cœurs brisés, la délivrance aux captifs, une année de bienfaits accordée par le Seigneur ! (Is 62, 1-11). Et la joie du Magnificat d’où jaillit-elle ? de la bouche d’une jeune fille, fiancée à un petit notable juif, réchappée de la lapidation parce qu’elle était enceinte ! La joie des prophètes, la joie des saints n’est pas la joie des imbéciles, ni le « rire des réprouvés » (P. Claudel). Elle éclate toujours dans une Histoire dramatique collective ou personnelle qui ressemble à la nôtre.

La joie des croyants est une joie grave qui s’éprouve dans le drame d’une condition humaine déchirée et contradictoire, toujours en proie à ses démons : sans cesse en effet nous sommes pris entre notre faiblesse et la force de Dieu ; entre notre péché et le pardon qui nous enveloppe, entre l’espérance et la tentation qui nous habite. Entre l’amour de la vie et les pulsions de mort  ; entre un don qui nous est fait et un royaume qui semble inaccessible ; entre une présence de Dieu dont nous savons bien qu’elle est le cœur de notre existence et Son silence qui résonne dans un vide sidéral ! 

Mais, en dépit de toutes ces difficultés, nous sommes toujours dans la joie ! Nous célébrons et nous prêchons le Dieu de la joie ; le Dieu dont la joie éternelle peut remplir et consoler le monde, comme elle a remplit et consolé le peuple d’Israël et la Vierge Marie elle-même !

La joie chrétienne, c’est une joie qui naît de la foi en Celui qui a dit qu’il viendrait et qu’il nous sauverait, qui a toujours tenu parole car il est fidèle le Dieu qui vous appelle : tout cela, il l’accomplira. En venant dans le monde le Christ nous a apporté la joie que nul ne peut ravir (Jn 16, 22). Dans notre Histoire, cette joie a été source de régénération pour beaucoup, qu’elle le soit aussi pour chacun de nous. Plongeons-nous dans cette source inépuisable et nous pourrons fêter Noël, libres de tout ce qui nous inquiète, avec un cœur vraiment nouveau.  

fr. Joël-Marie Boudaroua o.p.


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