Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La nuit inoubliée de Bethléem

« En Dieu seul le repos de mon âme »

 

Noël 2011 – Messe de la Nuit

 

Prenons ensemble un peu de temps. L’heure est à la confidence. - Mais « chut ! » Dieu est là, il dort ; sans doute a-t-il poussé un cri à sa naissance ; des poumons qui s’emplissent d’air, une première fois, cela surprend, même Dieu !

Et voilà qu’il s’y est fait. Il n’en est pas encore à prêcher ; patience ! Mais « le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré parmi nous », pour de vrai, à Bethléem de Judée, et les bergers le voient, entre le bœuf et l’âne gris, eux qui viennent de voir mille anges divins, mille séraphins ! Ils ne sont pas prêts d’oublier une telle nuit.

On comprend qu’elle ait pu leur paraître extraordinaire : après tout, être réveillés en fanfare pour des bergers, ce n’est pas commun. En outre, ils furent réveillés par une chorale angélique, ce qui hormis en cette église, n’est pas si fréquent ! Enfin, entendons-nous bien : des chœurs qui invitent à ne pas rester à les écouter, mais à se déplacer pour gagner un lieu de silence, de contemplation et en pleine nuit, serait-elle étoilée, cela surprend. On s’en souvient forcément.

 

Mais qu’avait-elle de si inoubliable, cette nuit, pour qu’elle éclaire encore les nôtres, transforme nos jours - et depuis deux mille ans ? Etait-elle seulement l’accomplissement d’un songe de patriarche ?

On sait qu’Abraham a exulté à la pensée de voir cette heure. A l’heure où veillaient les bergers en regardant le ciel, il contemplait alors les étoiles, image de ce que le Seigneur lui promettait : une descendance innombrable, promise à un homme qui n’en avait pas encore. Appelé par le Seigneur, Abraham naquit à l’espérance ; et l’espérance allait à son tour naître en sa descendance.

De son côté, voilà alors près de mille ans, le futur roi David, berger à Bethléem recevait de Samuel le prophète l’appel du Seigneur. Le choix du Très-Haut le suivra en bien des aventures ; et comme une étrave, la voix de Dieu fendra un océan de noirceurs. Et David répondra : Dieu tu es mon Dieu, mon âme a soif de Toi. (…) Au long des veilles, je médite sur toi ; oui, tu es venu à mon secours. Appelé par le prophète du Seigneur, David naquit à l’espérance. Et l’espérance allait à son tour naître en sa descendance.

Et la voici, en chair et en os ! Une taille, un poids, un nom et… des admirateurs.

 

En cette nuit de Bethléem, les bergers avaient-ils conscience de tout cela ? Plus simplement, Dieu les attendait. Comme un ami attend des amis, depuis si longtemps, avec une simplicité désarmante.

Ils venaient découvrir leur Sauveur ; ils allaient découvrir comment se reposer en lui. C’était une aubaine : comme tout le monde, ils leur arrivait d’être fatigués, angoissés pour les leurs, soucieux du lendemain… Le quotidien peut aussi accabler ! Les joies sont souvent éphémères ! Après être docilement entrés là où les anges le leur avaient indiqué, ils remarquèrent Marie et Joseph.

Mais de leurs yeux étonnés, ces hommes découvraient les manières de Dieu, en ce Sauveur annoncé, sa façon de se rendre proche, de se laisser porter par des bras et des mains, une vulnérabilité étonnante, apte à toucher les cœurs, à modifier leur regard sur Dieu ! De leurs yeux étonnés, ils ressentirent, surpris, que ce repos de Dieu, en cet enfant dormant, gagnait leur cœur, dans l’émerveillement, devant cette présence d’un Nouveau-Né.

Y a-t-il plus immense mystère ! Ils apprenaient à adorer leur Dieu, en regardant Marie et Joseph le contemplant bébé ! De Dieu, ils admiraient la Création chaque jour. Ils avaient appris son intervention pour son Peuple. Mais qu’il soit venu là, offrant son repos naissant à leur regard… Quel moment inattendu : c’était presque trop ! Leur bouleversement traverserait les temps ! Nos cœurs comme les leurs en seraient changés.

Et nous sommes ici, avec reconnaissance. Si le Fils de Dieu, Jésus, n’avait pas été un nouveau-né, auriez-vous cru à son incarnation ?

 

Mais le temps filait ! Les bergers n’avaient pas voulu en perdre un instant. Saisis par le repos de Dieu, ils s’étaient peu à peu transformés, apaisés, les cœurs de pierre changés en cœurs de chair, les préoccupations étouffantes desserrées, les inquiétudes et l’oppression des choses de l’instant, défaites parfois comme des liens soudain distendus.

Contemplant le repos de Dieu, c’est peu à peu le leur qui reprenait sa place, mystérieusement, comme la paix qui descendait dans leur cœur. Ce repos en Dieu, devenait comme un rythme de vie, un souffle confiant, c’était le cadeau que leur destinait Dieu pour eux comme pour nous. Faire au Sauveur une place dans nos nuits, une place dans nos jours. Grâce à lui, regarder autrement un réel souvent difficile, sans qu’il soit tristement fatal.

 

Alors cette nuit de Noël demeure inoubliée : un Sauveur à la manière de Dieu est venu chez nous, en venant chez eux ! Dieu lui-même, et pourtant si petit. Celui qui ne cesse de murmurer, comme en un fin silence qui s’entend à la grotte : « Venez à moi, vous qui peinez et ployez sous le fardeau, et vous trouverez le repos. Apprenez de moi. »

L’heure est venue de la nuit inoubliée : Quelle place lui donnerez-vous tout à l’heure ? Avec grâce, vous laisserez-vous transformer par elle ?

 

fr. Hugues-François Rovarino op


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