Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Le pardon de Dieu relève.

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Il n’est pas rare que la maladie frappe aux portes de nos corps, qu’elle nous fasse perdre quelques kilos, nos forces et voire notre mine habituelle. La maladie ou l’infirmité est une dimension réelle de l’existence, elle peut nous apprendre quelque chose sur notre condition humaine. Mais comment savoir si telle maladie ou telle infirmité en appelle au pardon de Dieu ? La maladie a-t-elle un lien avec le péché ? A priori, il n’y a pas de lien nécessaire entre la maladie du patient et les péchés qu’il aurait commis. Dans un autre passage, à la question posée par les scribes et pharisiens au sujet d’un  aveugle : qui a péché pour qu'il soit né aveugle ? Lui ou ses parents ? Ni l'un ni l'autre, Jésus avait répondu; mais pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Toutefois, cela n’exclut pas le fait que le diable ou le démon soit à l’origine de certaines maladies.

L’infirmité, cette impuissance physique qui rend une personne incapable d’agir, est moins grave que le péché. L’homme qui souffre spirituellement l’est autant que celui qui souffre physiquement. Et des fois pire encore ! Ainsi compris, le salut et la santé se répondent en écho et on se refuse à les dissocier.

L’évangile nous parle de cet homme paralysé, étendu sur son brancard, sans force, incapable de se déplacer par lui-même et vivant dans la dépendance totale. Ceux qui le portaient, bravant tous les obstacles, le descendirent par le haut du toit, et le présentèrent à Jésus-Christ sans lui dire une seule parole, le laissant faire ce qu’il lui plairait.

En premier lieu, Jésus admire la foi des porteurs. Une foi confiante et déterminée. Sur base de cette foi, Jésus dit à l’homme paralysé, « Mon fils, tes péchés sont pardonnés ». Ce qui ne manque pas de provoquer la récrimination des scribes. Il blasphème, raisonnent-ils en eux-mêmes. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? En effet, seul Dieu peut remettre les péchés !  Mais Jésus décide de le manifester. Avec Jésus, c’est un temps nouveau qui commence. Non pas un temps de l’abolition de la loi, mais plutôt de son accomplissement. Ce temps nouveau, Jésus l’inaugure par les signes de guérison. Il se désigne comme le Fils de l’Homme,  né de la Vierge Marie,  et en interpelant le paralysé par l’expression « mon Fils »,  il signifie clairement aussi qu’il est en communion intime avec le Père.  C’est en Jésus que se trouve le salut car  dans sa personne, toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur accomplissement.

L’attitude affichée par Jésus suite à la réaction de la foule nous fait comprendre pas mal des choses. D’abord la fonction des miracles dans l’évangile. Ce sont des actes étonnants certes, parfois même prodigieux. Et c’est le sens qu’on en retient habituellement. Les miracles sont des signes. Des signes pour notre foi, et particulièrement, des signes pour notre foi en Jésus Christ, fils de Dieu. Par ces signes, également, Jésus nous fait voir qu’il a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés. Et s’il avait commencé par pardonner les péchés du paralytique avant de le guérir de sa paralysie, c’est qu’il considérait que les péchés de cet homme étaient plus graves que sa maladie. Alors sur sa parole s’opère la transformation  de l’homme qui se lève, prend son brancard et marche vers chez lui. Aussi le Christ, tout en guérissant les hommes malades ou infirmes dans leur corps et en leur redonnant la santé, a-t-Il en vue pour eux quelque chose de meilleur : les libérer définitivement et neutraliser en eux tout ce qui s’oppose à la vie.

Dieu pardonne les péchés et n’en garde plus aucun souvenir. N’est-ce pas vrai que le Fils de l’homme, attristé par nos souffrances, a pris sur Lui nos infirmités et s’est chargé de nos maladies? La vraie guérison pour l’homme, c’est le salut apporté par le Christ. Ce salut doit être considéré à la fois comme don de Dieu et comme accomplissement de l’homme, par la délivrance de ses détresses et misères tant corporelles que spirituelles.

Il est intéressant de noter que les guérisons que Jésus opère sont toujours mises en rapport avec sa prédication. Les guérisons qu’il opérait étaient en même temps une annonce de la bonne nouvelle. C’est dans une maison où Jésus se trouvait alors qu’il annonçait la parole à la foule qu’arrivent des gens qui lui amènent un paralysé. Les guérisons opérées par Jésus étaient donc intimement associées à son ministère de prédicateur itinérant. Ces guérisons constituent ainsi un aspect important de la manifestation du temps du salut qui est inauguré. C’est le temps de la destruction de tout ce qui afflige l’homme. Là où Jésus est annoncé, il faut que la joie éclate. Le message évangélique est fondamentalement un message de joie que le destinataire doit accueillir non seulement en l’écoutant mais aussi et surtout en le vivant dans son corps. Et lorsque Jésus donne à ses apôtres le pouvoir de guérir toute maladie et toute langueur, ils sont d’abord envoyés pour porter la bonne nouvelle. Les apôtres annonçaient partout la bonne nouvelle et guérissaient les malades. L’annonce de la bonne nouvelle allait donc de pair avec les guérisons.

Le récit de la guérison du paralytique porté sur le brancard nous apprend à percevoir la vérité de Dieu, sa compassion et sa miséricorde. Jésus est venu dans ce monde pour nous libérer du péché, de la mort, et de tout mal. En guérissant, Jésus affronte ainsi la puissance du mal qui domine et entrave  l’homme dans sa marche vers le Royaume. On le sait, les maladies dans leur diversité forment un tout ; car derrière les diverses manifestations du mal se cache un unique ennemi, le destructeur de l’humanité ; c’est celui-là que Jésus doit vaincre.

Notre Seigneur, vrai homme et vrai Dieu, pose un geste de guérison, en restaurant la personne dans son intégrité physique mise en cause par la maladie. Dieu nous veut débout, et libérés de tout ce qui mine notre marche vers le Royaume. Le miracle de guérison, c’est le signe, comme l’est tout miracle, signe d’une délivrance plus profonde. Le pardon des péchés. Et le pardon de Dieu relève !

 

 

fr. Antoine Tingba o.p.


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