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Un besoin de Carême !

Fr. Hugues-François Rovarino, dominicain – 1erdimanche de Carême – 26 février 2012


 

Il est des mots qui traînent derrière eux de l’ombre ; elle est là, comme une poussière triste, tout juste bonne à nuire pense-t-on ou à assombrir nos esprits. Il est des mots qui traînent derrière eux une ombre poussiéreuse, tout juste bonne à abimer la noble parole humaine. Alors que nous supposons et présumons que nous avons ordinairement et à chaque instant, tant de choses à dire ; à bien dire ou à faire entendre ; paroles ou gémissements !

 

Bien entendu, parmi ces mots sombres ou tristes, gît souvent celui de Carême ! Je ne saurais dire si sa résonnance éveille habituellement les cœurs – hormis s’ils sont chrétiens ; mais je sais qu’il sonne souvent mal, et que c’est injuste, profondément !

Car nous avons tous besoin du carême ! De ce temps privilégié, de cette période de conversion, de ce moment de grâce. « Je vais te conduire au désert, et je parlerai à ton cœur », quels amoureux n’aimeraient entendre ces paroles ! C’est à ce niveau-là que nous devons rejoindre cette période. Nous allons y expérimenter comment Jésus guidé par l’Esprit de sainteté nous y aide. Car nous souhaitons que la parole de celui qui nous aime, transfigure notre cœur. Nous allons accepter que le Seigneur parle à notre cœur, y consentir, être disposé à le suivre pour vivre. Mais il y faudra du temps. Il y faudra le choix de laisser Dieu être Dieu en nous aussi.

 

Chacun le pressent : quand nous en sommes arrivés là, les phrases sont souvent sobres. C’est dans nos déserts que Jésus est notre Chemin, que réfutant le Diable sa Parole est Vérité, et qu’il donne la Vie.

Alors à l’entrée du désert, nous mesurons nos forces ; parfois, ces dernières nous semblent soudainement pauvres… En fait, si c’est le cas, heureux sommes-nous ! Nous attendons bien de Jésus qu’il intervienne. Nous allons faire en sorte que notre ralliement soit vrai ! Alors nous appelons la grâce. 

 

Avec elle, nous allons avancer pas après pas. Mais nous le faisons en raison de cette simple parole : « Je vais te conduire au désert, et je parlerai à ton cœur » ; car bibliquement le désert est le lieu de la parole, et non du vide ; l’endroit où la parole divine va nous travailler et pénétrer nos entrailles ; le lieu où elle va prendre chair en nous, et nous transformer, le lieu où notre cœur deviendra sa chair !

Ce mot de désert résonne désormais comme une parole de feu, dévorée d’une flamme prophétique. Et celui de carême - secoué de la poussière - devient alors lumière ! Si l’Esprit de sainteté a conduit Jésus au désert : c’est le moment, choisissons d’être saints !

Par ses reflets d’un jour nouveau, nous prenons conscience de la grâce de ce temps. A sa lumière, nous voyons que le Seigneur nous le façonne, que l’Eglise nous le porte, que la liturgie nous le présente, et que notre baptême l’appelle du fond de nous-mêmes ! Mais Jésus dure dans ce désert afin que puissions y retrouver sa trace et sa grâce, et que nos déserts lentement puissent refleurir avec lui.

 

D’où cette « Sainte Quarantaine », ce temps privilégié :

  1. Il nous rappelle les jours de Moïse au Sinaï, le plus grand des prophètes, tutoyant le sommet des monts pour recevoir le Dieu les Dix Commandements, les Dix Paroles qui donnent sa Vie ; car « ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre ! » 
  2. Il nous rappelle les années où le Seigneur façonna son Peuple au désert, « comme un Père porte son fils sur le chemin qu’il a parcouru », c’est pourquoi la confiance en Dieu trouve en nous sa demeure ; oui, « Tu ne mettras pas à l‘épreuve le Seigneur ton Dieu » !
  3. Il rappelle que cette conversion est accueillie par Dieu de quelque personne qu’elle vienne. Alors à plus forte raison, réapprenons à nous dire : « C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu adoreras ».  

 

Le combat spirituel vient enfin révéler son visage, celui de la bienveillance de Dieu mise à notre portée, celui de la volonté du Seigneur, qui peut couler dans nos veines.

Mais d’abord il a le visage de ce choix : le Diable, défait par Jésus qu’il n’a pas su reconnaître en sa vérité, viendra de nouveau l’éprouver à Gethsémani. Il le pressera sans s’apercevoir que la volonté humaine de ce Jésus qui est devant lui, adhère à ce dessein bienveillant et à la volonté divine.

Alors, à l’étonnement de tous, le désert aura donné un fruit : la victoire du Christ, qui éloignera le fruit fatal de l’arbre du jardin d’Eden.

Aujourd’hui, le Diable essaie, éprouve et manque ! Mais c’est le Seigneur qui est éprouvé pour nous, et qui nous sauvera. Car celui qui a été éprouvé devient capable de secourir ceux qui le sont aussi.

Jésus sait désormais d’expérience, la seule manière qui compte vraiment en ce domaine, il sait d’expérience ce qu’il nous faut dans ces circonstances.

Et il nous donne sa prière et sa présence sacramentelle pour que, éprouvés, ce qu’il est, nous enracinant dans l’amour du Seigneur, ce qu’il donne, nous puissions ne pas nous laisser tenter par le Diable, car la tentation au sens strict est une connivence avec le mal, que Jésus ne peut connaître, et dont il vient nous délivrer. Il nous permettra ne pas dériver dans des occasions de tentation. Le Diable ne comprend pas cela ; mais nous célébrons de cette victoire

 

Alors, à l’étonnement et au bénéfice de tous puissions-nous aimer lui répondre : « Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté ! S’il y a des obstacles dans ma vie à cette réponse, je veux par toi les repousser dans la maîtrise de  moi-même et parce que tu me rends libre.»

Oui, nous avons tous besoin de mettre à profit ce carême !

fr. Hugues-François o.p.


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