Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

 Le paroxysme de la mort face à la puissance de la résurrection!

5° Dim. de Carême, année B, Jn 11,1-45, La Résurrection de Lazare.

 

Courage, nous sommes presque au bout du carême et les privations vont cesser. Enfin, celles que nous nous sommes imposées, pas celles que la vie nous réserve. Car, nous le savons bien, la vie ici-bas comporte son lot de souffrances et de peines ; inégalement réparties, il est vrai ; mais aboutissant, dans tous les cas, à un même paroxysme, c’est-à-dire la mort. Et face à ce fléau, nous sommes tous radicalement impuissants. Tous, sans exception, sauf le Christ. La preuve, il a ressuscité Lazare.

Et pourtant, à la fin, Lazare est mort ; nous-mêmes continuons à mourir ; et surtout, le Christ, lui aussi, est mort. On comprend l’incrédulité des grands prêtres et des scribes : « il en a sauvés d’autres et il ne peut se sauver lui-même » (Mat. 27, 42). Comment admettre, en effet, que le Christ veuille, volontairement et librement, mourir ! Et ceci, non pas, par pur héroïsme, mais parce que le Père le lui demandait. Etant entendu, que Jésus savait bien que son Père l’invitait à boire à cette coupe, pour le Glorifier.

Ainsi donc, Dieu n’a pas épargné son Fils, tout simplement parce que la  gloire de la résurrection suppose le passage par la mort violente. Ce qui est le sort de tout homme, à partir du moment où, depuis le soir de la chute, nous sommes condamnés à mort.

Voilà bien le problème sur lequel, tous, nous butons : nous aimerions que Dieu nous protège et nous procure le pain, ainsi que toutes les choses, dont nous avons besoin ; tandis que, Lui, veut nous donner une gloire qui, certes, est sans proportion avec « les souffrances du temps présent » (Rom. 8, 18), mais qu’on ne peut recevoir qu’en lâchant tout, c’est-à-dire, en mourant !

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus demandait à sa supérieure : « vais-je savoir mourir ? ». Nous sommes très préoccupés de réussir notre vie ; mais, au moment de la mort, lorsque la vérité des choses et de ce que nous sommes s’impose sans échappatoires possibles, que restera-t-il de cette réussite, si réussite il y a ? Ne pensez-vous pas que nous devrions plutôt nous préparer à réussir notre mort !

Entendons-nous bien, je ne suis pas en train de vous inviter à méditer dans un cercueil. Et ne déduisez pas non plus de ce que je viens de dire qu’il ne faut pas demander à Dieu des choses matérielles, ni se battre pour améliorer notre condition, comme si nous n’avions pas d’autre perspective que l’entrée dans un carême sans fin, et de plus en plus dur !

D’abord, même pour le Christ, qui pourtant était fin prêt, il y avait une heure, et tant que cette heure n’était pas venue, personne ne pouvait le mettre à mort. Ce qui signifie très exactement ceci : ce passage, c’est Dieu qui nous le fera franchir, au moment choisi par Lui. D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement, dès lors qu’il s’agit d’être enfanté à une nouvelle vie.

Mais, en attendant, que devons-nous faire ? A cette question, le Christ répond : « croire en celui que Dieu a envoyé ». Ce qui, ici, veut dire : faire confiance jusqu’au bout et, surtout, envers et contre tout. Comment un tel élan pourra-t-il naître dans notre cœur et nous emporter sans réserve ?

Revenons à notre évangile.

Manifestement, le Christ a, dès le début, l’intention de sauver Lazare ; et pourtant, il n’intervient qu’après sa mort, et en réponse à la prière, ou plutôt à la souffrance de Marthe et de Marie, souffrance qui est une prière puisqu’elle touche le cœur du Christ ; au point, nous dit le texte : « que Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde…  et qu’il pleura », alors même qu’il sait qu’il va ressusciter Lazare. Une chose est sûre, Dieu ne distribue pas les miracles, de façon automatique et anonyme. Sinon, il aurait empêché Lazare de mourir, ç’eut été plus simple et plus efficace, ainsi que certains de ceux qui sont là le font très justement remarquer. Pourquoi attend-il que nous lui exprimions nos désirs ? Ne connaît-il pas, mieux que nous et avant nous, nos besoins ? Mettrait-il des conditions. Bien sûr que non, Il pleure sur les souffrances et la mort de chacun d’entre nous, tout autant que sur celle de Lazare ! Reste donc, et c’est la seule explication, que cette prière est précieuse aux yeux de Dieu, même lorsqu’elle est intéressée, tout simplement parce qu’elle peut être l’ébauche d’un dialogue, de ce dialogue avec chacun d’entre nous que Dieu cherche désespérément et en toutes occasions. Pour la même raison, aussi, Il ne peut pas répondre, automatiquement et systématiquement, à toutes nos requêtes ; parce qu’alors nous nous intéresserions exclusivement à ce que Dieu peut nous donner, par amour pour nous, et jamais à la communion d’amour avec Lui, à laquelle son amour nous invite.

Pour la plupart, l’amour c’est surtout ce qui rend généreux et attentif aux autres et à leurs besoins. Pour un amoureux, déjà, c’est beaucoup plus. Mais que dire, lorsqu’il s’agit de Dieu, qui est amour ? Avec quelle pureté, en Dieu, doit-on se donner l’un à l’autre, dans l’amour et sans rien chercher d’autre que la joie même de s’aimer ainsi. D’où les paroles du Christ, après le miracle de la multiplication des pains : « vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez été rassasiés » (Jn 6, 26). En d’autres termes, vous profitez des cadeaux que je vous fais, sans faire l’effort de deviner ce qu’ils expriment.

Encore une fois, n’en concluons pas qu’il ne faut plus recourir à Dieu, en toutes circonstances et même pour des choses futiles : cela reviendrait à refuser de reconnaître que nous avons besoin de Lui. Simplement, faisons-le dans la prière. Ce qui, concrètement, signifie ceci. Peu importe ce que nous demandons, pourvu que nous parlions à Dieu, comme on parle à une autre Personne. Alors, nous ne nous accrocherons pas, d’une manière têtue, à ce que nous réclamons ; parce qu’on donnera à Dieu la possibilité de nous répondre selon ce que Lui juge bon pour nous. Mais surtout, petit à petit et si nous le voulons bien, nous apprendrons à donner au dialogue avec Dieu plus d’importance qu’à ce qu’on peut obtenir de Lui. De sorte qu’à partir d’un certain moment, Il deviendra la pierre précieuse pour laquelle on vend tout ce qu’on possède. Ce jour-là, nous serons libres, parce que nous ne serons plus partagés ; et nous pourrons enfin dire, avec un cœur parfaitement sincère : notre père… que ta volonté soit faite… sans pour autant cesser de lui demander de nous procurer notre pain quotidien.

fr. Benoit-Marie Simon o.p.


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