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Pâques, notre Vie : de la Crainte à l’Alleluia !

Fr. Hugues-François Rovarino, dominicain - Vigiles de Pâques 2012 – Couvent de Bordeaux

 

Une crainte, et la crainte de Dieu : derrière l’attitude évoquée par saint Marc (16,1-8), elle est là, discrète. Est-ce bien le moment pour que Marie-Madeleine, Marie, Mère de Jacques, et Salomé hésitent seulement entre peur et torpeur. Etonnantes semblent être ces femmes ! Quant à la crainte de Dieu, pour une nuit de Pâques, est-ce bien raisonnable !

Jésus ressuscité suscite bien plutôt les « Alleluia » que nous chantons !

Mais voilà : la nouvelle a recouvert les femmes de son immensité ; et elles ne savent plus qu’en faire. Quelqu’un leur a dit : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité ! Il n’est pas ici… Il vous précède en Galilée». Et ce nouvel avènement du Seigneur les accabla plus qu’il ne les réjouit.

Avouons qu’au petit matin, alors que la nuit traine encore dans les cieux avec ses ténèbres mal dissipées, une nouvelle est difficile à accueillir pleinement. Ces femmes généreuses qui se pressent pour oindre enfin leur Maître, si cruellement mort et sommairement mis au tombeau, ont de quoi être bousculées. Elles peuvent à bon droit se dire : « qu’est-ce que tout cela signifie ? » Si nous-mêmes ne cessons d’exulter, ces femmes n’en sont pas encore là : ne faut-il pas « un temps pour toute chose sous le ciel » ?

On n’est pas toujours immédiatement saisi par le Mystère de Pâques. Il y faut un don de Dieu. Ainsi, ces femmes commencent-elles avec celui de la crainte face au mystère de Dieu, « le commencement de la Sagesse », dit la Bible.

Car ces témoins d’un tombeau anormalement vide, font partie d’une foule immense. Il sont de ceux qui depuis des nuits attendent un secours, une aurore, un Messie qui serait comme la Lumière du Premier jour ou la colonne de feu, image de la foi qui aura guidé toutes les nuits de tous les exodes.

Mais combien longue fut cette suite de nuits ; comme une immensité qui dure ! Pendant longtemps des pas l’ont parcourue, ceux de noctambules sacrés, recherchant la volonté de Dieu décryptée par les patriarches, les rois et les prophètes, ou terrassés parfois par elle avant de constater comme Abraham que « sur la montagne Dieu pourvoit », ou accomplissant cette volonté, en prenant Dieu à ses propres mots, comme le fera la Sainte Vierge Marie : « qu’il me soit fait selon ta parole » !

Dieu s’il aime chacun a partie liée avec la durée. Comme la colonne de feu qui accompagna des pas affolés ou hésitants, la grâce peut aussi rejoindre les pas d’une fuite angoissée, difficile parfois ; quitter les ténèbres d’un esclavage – à commencer par celui que nous connaissons : le péché originel et ses cicatrices -, ne va pas de soi ; ou sortir d’une ornière creusée dans une vie qui s’abîme loin de Dieu, compte parmi les plus grandes réalités qu’un homme puisse accomplir !

Que ce puisse être réalisé est toujours une bénédiction !

A l’instant avec cet Evangile, nous aurions donc pu espérer de la liesse. Elle viendra ; mais ayons un peu de patience… Il y a des messages immenses, qui d’abord brulent, avant de réchauffer, mais dont le rayonnement embrasera heureusement les siècles.                     … / …

Mais soudain, par « un beau jour, ou peut-être une nuit » survient une accélération : alors « pour le Seigneur, mille ans sont comme un jour ». Et pour ceux qui cherchent Dieu comme pour ses fidèles, il peut en être ainsi, jusqu’à enfin reconnaître les gestes du Seigneur : « comme un Père porte son enfant, ainsi t’ai-je porté sur le chemin que tu as parcouru ». Il intervient.

Et les chemins de la grâce sont aussi beau et vrais qu’ils sont divers et personnels.

Et nous voilà ici ! Avec ces femmes désemparées, mais parvenues au bord du Mystère de Dieu : « Ne craignez pas ; Jésus n’est pas ici au tombeau. Il vous précède. » Prolongeons ces mots de l’Ange du Tombeau : « Ressuscité, il vous précède. Maintenant il nous attend. Il ne regarde pas tant ce qu’a pu être notre vie, que ce qu’elle est en cette nuit très sainte.

Comme sa vie l’a lui-même emporté ; sa vie vous emportera. Non pas seulement au plan du temps qui passe, mais au plan de votre personne, de votre existence jusque dans l’éternité. Car c’est aussi cela qui compte pour nous comme pour Dieu. En oubliant l’éternité, on ampute l’homme, on ôte à sa vie sa plénitude ! » 

Oui, vous ressusciterez vous aussi. Si pour cela, Jésus a donné pour vous sa vie, combien la vôtre a-t-elle donc de valeur à ses yeux, et doit en avoir aux vôtres ! Le Ressuscité vous précède, là aussi. Saint Pierre  enseigne : « Etre baptisé, c'est s'engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ. »

Mais qu’il en faut parfois du temps pour devenir un autre Christ ; pour que « chrétien » traduise notre configuration au Christ, pour que la grâce guide une vie, que la foi éclaire une intelligence et la charité imprègne une volonté !

Alors il est temps de s’arrêter auprès de la source d’eaux vives qui peut devenir un fleuve vivifiant. Pour certains d’entre nous, nos chers catéchumènes, il s’agira dans quelques instants de passer d’un « statut » à un autre : vous qui étiez « cherchés par Dieu », devenus aussi « chercheurs de Dieu », vous allez devenir ses « enfants bien-aimés », par une adoption filiale. Dieu nous offre sa grâce : il vous adopte. Il n’y a pas plus adapté que cette grâce pour recevoir Dieu comme Dieu le souhaite pour notre bonheur. Cette vie de Dieu révèle aussi le mystère que nous sommes, notre identité véritable et immortelle.

« Il est grand le Mystère de la Foi » auquel vous prenez part de tout vous-même, avec nous et toute l’Eglise,  et grâce à Dieu !

Oui, venez, entrez dans ce Mystère !

 

fr. Hugues-François Rovarino o.p.


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