Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Le Pasteur qui a une âme de pasteur

4°dimanche de Pâques, Ev. Jn 10, 11-18, église des Dominicains, Frère Guy Touton

 

   « Le vrai berger est celui qui donne sa vie pour ses brebis », dit Jésus. Tant de faux bergers sont apparus dans l’Histoire, qui se sont proclamés guides du peuple. Les plus récents sont les plus monstrueux : le guide allemand, Adolph, pour les intimes, le guide russe, Staline, l’homme d’acier, le guide chinois, Mao, le Grand Timonier, le guide cambodgien, Pol Pot, le Khmer rouge sang. Comptons au bas mot 180 millions de morts. Quand on entend 180 millions, on croirait qu’on a gagné au loto !... On est effondré. On voudrait pleurer. A un tout autre degré tout de même, les gardiens de la Loi se considéraient comme les bergers de leur peuple. Ils faisaient souvent porter des fardeaux aux gens qu’eux-mêmes ne soulevaient pas du petit doigt. Dixit Jésus.

   Dans la bouche du Christ, le vrai berger, le pasteur qui a une âme de pasteur, se reconnaît au fait que les brebis comptent beaucoup pour lui. Tiens, s’il fallait, il donnerait sa chemise pour elles, et même sa vie, si les circonstances l’y poussaient. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé, nous venons de le célébrer encore une fois à Pâques. Ne croyez pas, frères, que Jésus manipule d’aimables images issues du pastoralisme. Quand il dit « je suis le bon berger », il décline son « JE SUIS », le Nom de Dieu au Buisson ardent.  Il le précise. Parce que la connaissance de Dieu est infiniment plus profonde que les fonds de la mer, Jésus affirme qu’il connaît par cœur ses brebis, parce qu’il sait ce qu’il y a dans l’homme, comme le note Jean dans son évangile. Il est la lumière. Et il donne à ses fidèles cette chose extraordinaire de pouvoir le connaître, lui, au lieu de se retrancher derrière des gardes du corps et un régime de terreur. En Jésus « tout est achevé », l’union de Dieu avec l’humanité est consommée, tout est nu de cet amour sans défense qui nous fera pleurer de joie au ciel.

   C’est à nous, frères, de lire et de relire les Ecritures. Tout est dit. Jésus a créé un type de lien unique avec ceux qui le confessent. Ce lien repose sur la confiance, qu’on appelle la foi, qui ne va pas sans l’amour, qu’on appelle la charité. Et voici le sommet où nous parvenons, écoutez bien, il y a de quoi être saisis : « Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père ». La connaissance surnaturelle circule en boucle, comme l’eau de fontaine sur une place publique. Procédant de Dieu, qui se connaît dans l’Intime de ses Personnes, elle déborde jusqu’à nous et irrigue notre jardin intérieur, celui de l’âme amoureuse de son Seigneur. Mais comme Dieu est Père, c’est à tous ses enfants qu’il veut révéler son Nom. Les brebis hors du bercail, d’une autre religion, ou qui broutent les prés de l’ignorance, de l’indolence, de l’athéisme, de l’agnosticisme, sont appelées à écouter la voix du Christ. Les paumées, celles qui se repaissent des images de la télé et du monde, qui vivent du bruit et de la fureur du monde, sont invitées à relever la tête pour boire à la source de vie. Car Jésus est la source de vie. Il a une voix typique, unique, pleine d’autorité, absolument convaincante dès qu’on prête l’oreille. Il donne sa vie, plus encore qu’il la perd en mourant crucifié. C’est lui qui a pris sur lui de se laisser faire, pour aller jusqu’au bout de son martyre, et ainsi démasquer le Mal dont nous souffrons, qui nous rend aveugles et capables d’inhumanité. Ce berger doux comme un agneau cache une autorité infinie. Il a le pouvoir de donner et de reprendre la vie. Qui s’en éloigne donc, pour le fuir, se condamne à ronger les métaux, comme une rouille ! Celui qui s’en inspire fait entrer en lui l’air des cimes.

fr. Guy Touton o.p.


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