Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Rapprochons-nous de Jésus !

Fr. Hugues-François Rovarino, dominicain

Temps Ordinaire année B - 16èmedimanche - Marc 6,9-17 - 22 juillet 2012 - Couvent de Bordeaux

 

1. Jésus et les Douze ; Jésus, les Douze puis la Foule. Sans peine, on peut se représenter la scène, ou plutôt ces scènes successives. Le cadre du Lac de Galilée les sert avec son étendue, ses barques et ses collines. Elles peuvent consonner avec des jours d’été, et quelque chose de bucolique.

Mais elles peuvent surtout nous convier à nous rapprocher de Jésus. Ne sommes-nous pas de cette foule, par-delà les siècles ? Ne sommes-nous pas de ceux qui – mieux que voir Jésus - veulent demeurer avec lui, l’écouter, parler de lui et bénéficier de sa miséricorde ?

 

a/ Dans cette page d’Evangile, tout nous appelle à cette réalité multiple : les Douze ne furent-ils pas appelés par le Seigneur pour « être avec lui » et devenir ses apôtres ? D’ailleurs, les disciples ont chez saint Marc changé de nom. Il les dénomme dans ce chapitre : « apôtres ».

Les enseignés sont devenus des envoyés ; et les voilà de retour, fatigués. Ceux qui furent envoyés deux par deux, vulnérables, dans la simplicité, pour proclamer la conversion au Seigneur, et en son Nom, chasser les démons et guérir les malades, reviennent maintenant.

Après avoir témoigné du Seigneur à ceux qui les ont accueillis, ils viennent témoigner de leur mission auprès du Seigneur. On peut imaginer que des paroles fortes vont jaillir, des souvenirs, des comparaisons, des suggestions peut-être ! Oui, quelle expérience missionnaire auront-ils faite ? Quelle expérience de foi auront-ils vécue ? Un débat pourrait s’engager. N’aimerait-on pas entrer dans ce type de dialogue ? Et Jésus n’aurait-il pas là matière à intervenir ?

 

Et voici que pour les Douze vient cette invitation : se rapprocher de Jésus ! Face à la fatigue des apôtres, la compassion du Sauveur aura cette expression : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ». Devait-on en attendre plus ? - Voilà qu’ils se rapprochent de Jésus à cause de sa miséricorde. Ce repos, ne rappelle-t-il pas l’essentiel, en ce jour où le Seigneur veut plus que refaire nos forces, recréer notre âme ? De celui qu’il appelle à devenir apôtre, le Seigneur veut qu’il demeure aussi auprès de lui. A jamais, apôtre et disciple ne feront plus qu’un.

 

b/ D’ailleurs, dans cette page évangélique, un peu plus tard, avec Jésus, les apôtres accostent et voilà que la Foule les attend déjà ou les rejoints. Et devant tout cela, alors se manifeste encore la compassion du Sauveur. « Saisi de pitié, il se mit à les instruire longuement. »

 

2. Deux aspects d’une même compassion se révèlent. Ceux qui étaient le plus loin de lui, il allait les enseigner. Il allait leur livrer son message, comme il le fera ailleurs : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. »

Ceux qui étaient de cette Foule venue à sa rencontre, il allait les enseigner. Leur âme ne serait pas encore à restaurer, mais à mieux enraciner et à unifier en Dieu. Ces « âmes en foule » seraient plutôt à illuminer de la présence du Sauveur, comme plus tard l’Eglise le fera par le baptême. Ces gens allaient découvrir le Sauveur. De leur curiosité viendrait, inattendu, leur salut ; de leur attente étonnée, leur espérance. Et cela reste actuel. Tous venaient parler à Jésus ou l’écouter. Mais ils allaient en vérité expérimenter la compassion de Dieu, cette immense pitié, l’émoi qui saisit ses entrailles. La miséricorde du Seigneur venait s’adresser à eux, de façon plus vive encore envers les plus éloignés, cette Foule « comme des brebis sans bergers » !

Si Jésus parle ici longuement, c’est parce qu’il a d’avantage qu’une parole à dire : faire goûter que Dieu est là, que sa Parole est accomplie ; que Jésus est cette Parole, qu’il en a l’autorité, et que le salut est arrivé, car le Sauveur est là. Tout cela se réalise, porté par la compassion de Dieu ! Celle-ci est au sommet avec le Fils de Dieu. Elle s’adresse à tous. Et la Paix sera son fruit.

 

3. La miséricorde de Dieu et la Paix que Jésus offre, rencontrent encore les inquiétudes humaines. Les foules ne sont plus seulement en Galilée, on le sait. L’Année de la Foi et le prochain Synode sur la Nouvelle Evangélisation sont aussi liés à cela. C’est à ceux qui vont se retirer avec le Seigneur, dans ces lieux ou ces moments déserts où lui-même aimait à se retirer, qu’il reviendra de savoir avec la grâce de Dieu de manifester l’authentique visage de Dieu ; le manifester à tous ceux qui sont « en recherche presque maladive du sens de leur existence » (Mgr Rino Fisichella) ; le manifester à ceux dont les « pourquoi » traversent l’existence, quand ils ne la transpercent pas ! ; et à ceux dont le « cœur demeure sans repos » et ignorent que le Christ s’offre pour être leur Paix.

Ce service sera un rayonnement de la Miséricorde ! Car l’homme contemporain ne réussit plus à percevoir la nouveauté de sens contenu dans l’Evangile, ni l’offre qui lui provient de l’Eglise. Alors, c’est le désir d’aider et la charité qui feront le zèle des apôtres.

On sait que « l’homme moderne écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, il le fait parce que ce sont des témoins. » (Paul VI, Evangelii nuntiandi, 1975). Et comment vraiment « livrer l’Évangile », si ce n’est en transmettant à un autre sa propre expérience de la foi ?

Aussi, rapprochons-nous du Seigneur, comme les apôtres et la Foule ! Mettons pour cela à profit, ce temps où un rythme différent peut trouver place dans nos journées.

Pour être ses apôtres, n’en demeurons pas moins ses disciples.  

fr. Hugues-François Rovarino o.p.


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