Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

 

Le pain des voyageurs

 Jean 6,1-15

 

Lors de la 1ère tentation (Mt 4, 3), au désert, le démon propose à IHS de changer les pierres en pain.

Le diviseur lui dit « Si tu es le Fils de Dieu » : c’est la même phrase que l’on entendra au calvaire : (Mt 27, 40), « Si tu es le Fils de Dieu » descends de la croix. Le diable et les hommes lui font la leçon : un Dieu devrait se manifester, accomplir un bon miracle, éliminer l’ambiguïté.

Cette demande a été, de tout temps, adressée à Dieu : si tu existes, alors tu dois te montrer... tu dois nous donner quelque un petit signe d’évidence… La transformation des pierres en pain serait, par exemple, une bonne preuve de l’existence de Dieu et, pour Jésus, le signe de son identité divine (Cf Cahiers évangile n° 134 « les tentations du Christ », p. 37).

 

La demande de calmer la faim devrait être la 1ère tache de Dieu. Pour le peuple juif Dieu est celui que a donné la Manne au désert. Il avait déjà résolu ce problème, qu’est d’ailleurs le plus grand problème social. Cette question du pain est aussi, dit le pape, le noyau dur de la promesse du salut marxiste : « il aurait fait en sorte que toute faim cesse et que ‘le désert devienne du pain’ » (Jésus de Nazareth, pp. 45-65). Alors, si Dieu existe, et si l’Eglise est son œuvre, ils devraient procurer du pain au monde, et ce qui relève du spirituel viendra après.

 

Vous le voyez, le problème, dès le début de la mission du Christ, c’est le pain.

 

Dans le NT il est question de pain surtout à 3 moments :

1)       D’abord, lors des tentations au désert,

2)       Ensuite, lors de la multiplication des pains, sur une montage verdoyante,

3)       enfin, lors de la dernière cène, au cénacle, où à table il y a du pain et du vin.

 

Sur la montagne (Jn 6), Jésus donne du pain parce que les gens sont venus d’abord pour l’entendre parce qu’ils avaient vu les signes : ces gens l’ont alors suivi, sans trop penser « qu’allons-nous manger, qu’allons-nous boire ? » C’est alors parce qu’ils l’ont suivi qu’ils ils peuvent recevoir le pain. Jésus n’est pas indifférent à la faim de l’homme, il replace la faim matérielle dans son contexte en lui donnant la place qui lui revient. Souvenez-vous de la réponse qu’il fait au tentateur : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4).

 

Mais c’est au cénacle, qu’il complète cette réponse : « Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : prenez et mangez, ceci est mon corps » (Mt 26, 26-29). Jésus est la Parole qui sort du Père, il est le Verbe que dit et cela est : « Je suis le Pain vivant descendu du ciel » (Jn 6, 51), « celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim, qui croit en moi n'aura plus jamais soif » (Jn 6, 33).  Il est « le grain qui meurt et qui porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Il est la manne inépuisable jusqu’à la fin des temps. Il est ce pain vivant que l’Eglise donnera aux hommes jusqu’à la fin des temps.

 

Le soir du jeudi saint Jésus accomplit ce qu’il avait prophétisé au démon, en reprenant la parole de Deutéronome 8 : «  Ton Dieu t'a donné à manger la manne pour te faire découvrir que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur (…) Il te conduit vers un pays fertile : pays de sources profondes jaillissant dans les vallées, pays de froment et d'orge (…), pays où le pain ne te manquera pas et où tu ne seras privé de rien : tu mangeras et tu seras rassasié » (Dt. 8, 2-4 ; 7-10)

« Tu ne seras privé de rien et tu seras rassasié ». Et comme disait Benoît XVI à Cologne, juste avant l’Adoration Eucharistique : « Jésus ne vous enlève rien, il vous donne tout ».

 

La réponse donnée au tentateur au désert est accomplie au cénacle. Le pain voulu par le démon ne pouvait amener qu’à la division, tel le fruit croqué au paradis. Le pain que le Christ donne aux apôtres fait des hommes affamés et divisés un seul peuple, un corps, un temple. « Rendus dignes des divins mystères - dit Saint Cyrille de Jérusalem -, vous êtes devenus concorporels et consanguins du Christ » (Catéchèse Mystagogique 4). « Qu'est en réalité le pain?  Le corps du Christ.  Que deviennent ceux qui communient?  Le corps du Christ » (Saint Jean Chrysostome,
Homélie sur 1 Co 10, 17, 24, 2 27, 3-5).

 

Le Christ, voilà notre ciment, notre cohésion, notre unité ; notre espoir, notre savoir et notre richesse.

« Solo Dios basta » : Dieu seul suffit, disait la grande Thérèse (d’Avila). Et la petite (de Lisieux) ajoutait : « Je sens bien que le bon Dieu est trop bon pour faire des partages, Il est si riche qu’il donne sans mesure » (Manuscrit C,
dédié à la révérende mère Marie de Gonzague, 1897). Aucune philosophie, aucun système, aucun rêve, aucune idée, ne pourrait combler la faim et la soif de l’homme. Ils ne vous donneront que des pierres à la place du pain. Dieu, lui, se donne lui-même, dans le pain des voyageurs, le panis viator, dans la pauvreté d’une hostie. Miracle qui nous est donné chaque jour jusqu’à la fin du monde.

 

Et souvenez-vous : c’est parce que Dieu est fidèle à sa promesse que nous pourrons tenir celles de notre baptême. Bonne route. Et bon appétit.

 

fr. Jean-Ariel o.p.


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