Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Assomption

 
Du fr. Thierry-Dominique Humbrecht o.p., Bordeaux, 15 août 2012
 
Si Adam et Ève n’avaient pas péché, que leur serait-il arrivé, à la fin de leur vie ? Seraient-ils immortels et donc parmi nous, ancêtres vivants de milliards de vieillards ? Non, à la fin de leur vie terrestre, ils seraient entrés dans leur éternité, au ciel. De quelle façon ? Nous nous perdons en conjectures. Pourtant, une comparaison nous est offerte, une seule : le cas de la Vierge Marie. Ce qui lui arrive, en ce jour de son Assomption, rappelle, pour une part, ce qui eût dû se passer pour nos premiers parents. Une créature non marquée par le péché originel, et qui n’a pas accepté de pécher personnellement, est admise, âme et corps, dans la gloire de l’éternité. Avec, toutefois, une différence : Marie est liée à la rédemption par son fils. C’est en vue de sa maternité divine qu’elle est ainsi préservée du péché originel, dès sa conception, et conduite jusqu’à son Assomption.
 
Toujours est-il que Marie reste, à ce jour, la seule créature entrée au ciel avec son âme et avec son corps. Certes, le Christ la précède, avec son âme et son corps, mais il n’est pas une créature. Sa nature humaine est assumée par sa personne divine. C’est dire à quel point Marie est à la fois différente de nous et la plus proche possible : différente, parce que préservée du péché originel, destinée à une vocation unique, et fidèle toute sa vie à cette vocation-là. Marie fut et demeure la créature humaine la plus libre, la seule capable de ne pas pécher. La liberté, c’est la capacité de dire oui et de dire non.
Elle est aussi différente de nous, parce qu’elle est la mère du Sauveur, ce qui n’arrive pas à tout le monde ! Mais elle est aussi la plus proche de nous. Elle est des nôtres, et elle sait tout devoir à la grâce divine. Elle est proche, parce qu’elle exerce sur nous royauté et maternité.
 
Le dogme de l’Assomption représente à la fois le bouquet final de la rédemption et notre propre commencement. Bouquet final, au double sens d’achèvement et de couronne de fleurs posée sur l’humanité rachetée, et notre propre commencement : Marie nous trace la voie. Bien sûr, l’Assomption de Marie n’est pas la cause de notre salut, puisque le Christ est l’unique rédempteur, mais elle en est l’assurance. Elle aussi a mis à bas l’empire du serpent. Nous savons, dans la foi, que des êtres humains voient Dieu en face, dès aujourd’hui, dans la vision et dans la charité. Ce sont les saints. Ils le voient avec leur âme seule, puisque leur corps s’est corrompu.
Nous savons aussi que Marie est présente au ciel avec son âme et son corps, dans toute sa personne. Ce n’est donc pas pour rien qu’elle est appelée notre espérance. Elle nous montre le ciel, avec ce qui sera, pour les élus, la double étape de leur entrée : le jugement particulier, après leur mort, compte tenu de leur décision prise sur terre ; et le jugement général ou jugement dernier, lorsque nos corps ressusciteront, gloire des élus ou bien confusion des !@#$%^&*és.
Marie nous montre le ciel et notre propre condition. Elle reste humaine et nous le sommes. C’est toute notre personne, âme et corps, qui est destinée à vivre dans l’éternité. C’est notre personne complète qui est à l’image et ressemblance de Dieu. Âme et corps sont proportionnés l’un à l’autre, ils ne sont pas deux réalités autonomes, artificiellement conjointes et interchangeables. Si nous refusons cette unité de la personne, c’est l’image de Dieu que nous déformons. Toute idée de réincarnation ou de transmigration des âmes est une absurdité pour la raison et une défiguration de la foi. Il n’est de dignité humaine que celle de sa personne. Le jour où il n’y aura plus que les chrétiens pour défendre les droits de l’homme, – puisque les droits de l’homme sont d’origine chrétienne, en tant qu’ils s’appuient sur l’idée de personne – nous nous souviendrons que la dignité de la personne trouve son accomplissement dans l’Assomption de Marie.
 
Avec Marie, nous savons où Dieu nous conduit, nous prenons la mesure de son plan providentiel et aussi de notre péché. Tous les actes comptent. Nos actions font avancer notre vie. Les actes ne s’effacent pas, il n’y a aucun éternel retour, il y a un avant et un après. Tout avance, nos libertés dessinent notre destin. Plus encore, la grâce divine en montre le modèle et en taille le crayon.
La question qui est la nôtre est alors celle de ce que nous faisons de notre liberté, c’est-à-dire de notre vie dans son ensemble, mais aussi de notre péché, que nous laissons grouiller ou bien que nous permettons à Dieu de nous pardonner, et plus encore de notre désir de bien faire.
 
Nous voilà comme Don Camillo, tout penauds. Le Christ de l’autel le gourmande pour sa colère, après qu’il a fracassé quinze communistes du village en leur envoyant une table de chêne sur la tête : « Que veux-tu, Seigneur, je fais tout mon possible ! » Là-dessus, il va planter un énorme cierge, devant la Vierge, pour ses victimes.
Que la Vierge, en son Assomption, nous obtienne de faire tout notre possible, non seulement le nôtre, mais aussi pour que la société accepte de respecter la personne, l’amour, et la destinée surnaturelle de l’homme.

fr. Thierry-Dominique Humbrecht, op


Connexion | Plan du site | ©2013 Dominicains de Bordeaux