Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La conscience et l'esprit d'enfance
XXVII° dim TO; B

 

 

« Des pharisiens, interrogent Jésus, pour le mettre dans l’embarras… ». S’ils vont trouver le Christ et lui posent des questions c’est bien parce qu’ils reconnaissent en Lui un maître, dont la profondeur les impressionne ! Et pourtant, ils veulent le mettre dans l’embarras. Ils sont devant le Verbe de Dieu, et au lieu de se mettre humblement à son écoute, ils cherchent à le décrédibiliser… Preuve, s’il en est besoin, qu’ils ne cherchent pas la vérité. Ils utilisent leur intelligence, comme la plupart d’entre nous, pour se défendre et éviter de reconnaître leurs torts, leur ignorance… Alors, ils ont l’audace de contester la sagesse même de Dieu.

Comprenons bien. Il y a un abîme entre se tromper, parce qu’on ne sait pas, et cette attitude des pharisiens qui traitent le Christ, sinon de haut, du moins d’égal à égal ! Une telle présomption, ridicule et absurde, suppose forcément un refus libre, et par conséquent sans excuse, de la lumière, dès que celle-ci nous juge, nous dérange, nous remet en question. Sans un tel refus, lorsqu’on rencontre quelqu’un dont la sagesse et le désintéressement étonnaient tout le monde, ou bien on se tait et on l’écoute, ou bien on passe son chemin.

Si vous n’êtes pas convaincus, repensez au contraste dans l’évangile entre la miséricorde, avec laquelle le Christ accueille les pécheurs, et les paroles implacables, avec lesquelles Il renvoie les pharisiens, au point de leur dire : « Malheur à vous… ».

Revenons au sujet qui occupe les pharisiens dans cet évangile : l’indissolubilité du mariage. Plus précisément, son caractère absolu, qui se fonde sur cette Volonté précise de Dieu, selon laquelle Il nous a créés, homme et femme. Dans ces conditions, comment ose-t-on discuter cette institution intangible et sacrée ? Ce que, pourtant, nous ne nous privons pas de faire. Et, nous voyons bien, aujourd’hui, jusqu’où peut aller cette contestation. Comme toujours, l’explication du Christ est nette, précise et sans appel. C’est à cause de la dureté de notre cœur. Vous entendez : Il n’invoque pas, comme tout le monde le fait : les conditionnements culturels, ou familiaux. Comme si tout cela pouvait parler plus fort que Dieu, au point de l’empêcher de se faire entendre, alors que Lui, et Lui seul, peut s’adresser directement au plus profond de notre conscience ! A condition, bien sûr, qu’on veuille bien l’écouter. Et puis, quel conditionnement pourra être plus redoutable que celui du serpent au Paradis Terrestre ! Or, là non plus, Yahvé n’excuse pas Adam et Eve.

Encore une fois, le vrai problème consiste à reconnaître, ou non, nos fautes, nos lâchetés, notre mauvaise volonté… Et nous sommes toujours parfaitement libres de le faire, de sorte que s’y refuser, c’est endurcir notre cœur ! Après quoi, bien sûr, nous serons aveuglés par les ténèbres du péché. Mais comment le fait d’avoir choisi de s’enfermer dans une chambre obscure pourrait-il excuser de ne plus rien voir !

 

Vous allez sans doute objecter que, dans l’Ancien Testament, Dieu a tenu compte de cette dureté de cœur ; et qu’Il a adapté les exigences de l’indissolubilité du lien conjugal, à la misère humaine.

 D’abord, pour être précis, c’est Moïse, et non pas Dieu, qui a formulé cette loi. Dieu, Lui, a simplement toléré ce qui est, et reste, un péché. La preuve, lorsque les disciples, pour en avoir le cœur net, l’interroge là-dessus, Il répond clairement : l’époux qui renvoie son conjoint, quel qu’en soit le motif, est coupable d’adultère. En d’autres termes, la loi de Moïse ne permet pas de justifier le divorce, dans certains cas limite. D’ailleurs, croyez-vous, sincèrement, que, tout juif qu’il était, saint Joseph aurait pu se sentir autorisé, en vertu de cette loi, à répudier sa femme ; lui qui renvoie sa fiancée secrètement !

Ne confondons pas une simple permission du mal, avec la définition de ce qui est bien ou mal. Et, dans certains cas, l’autorité peut être amenée à renoncer à punir et à empêcher un péché, en laissant ainsi dans l’ignorance un grand nombre de personnes. Par exemple, lorsque cela ne ferait qu’endurcir davantage ceux qui sont « enfermés dans la désobéissance », tant que le Sauveur n’est pas venu. Mais, cela ne les justifie pas. Et puis, bien sûr, cela ne peut pas durer indéfiniment. Or, en invitant son peuple à attendre la venue d’un Messie, Dieu suggérait que les choses étaient imparfaites et qu’elles devraient changer. D’ailleurs, le fait que les pharisiens interrogent le Christ, est bien le signe que, pour eux aussi, la question se pose !

Tout ceci pour dire, qu’il fallait bien que le Christ vienne rétablir la vérité toute entière et nous inviter à la conversion. Ce qui suppose, de notre part, une certaine attitude : celle des enfants. Comment voulez-vous, en effet, que quelqu’un qui est encombré par ses petites certitudes et sa prétendue importance, quelqu’un qui est prêt à tout pour se justifier et ne rien lâcher de ce qu’il veut, puisse accueillir la vérité qui est plus acérée qu’ « un glaive à deux tranchants ». Par contre, lorsque, comme c’est le cas des tout petits, on est convaincu, sincèrement et sans faire d’histoire, d’être ignorant de tout et capable de rien, on n’a rien à perdre ni à défendre, alors on peut se laisser retourner par la lumière qui vient du Christ.

Voilà donc ce à quoi nous sommes invités : avoir l’humilité, sans fond, d’un enfant, alors même qu’on n’est plus un enfant ! Dans ce paradoxe réside toute la difficulté de la vie chrétienne.

fr. Benoît-Marie Simon o.p.


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