Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

La maison de notre âme
TO 27, vendredi                                                                   Lc 11, 15-26
L’esprit mauvais trouve la maison balayée et bien rangée…
Comment est-elle, la maison de notre âme ? Est-elle paisible, est-elle bruyante ? Bien rangée, en vrac, en désordre artistique ? Style pavillon de jardin ou plutôt barre HLM ? Comment l’avons-nous transformée ? Mais surtout, surtout, quels en sont les habitants, les habitués de cette maison de notre âme ?
Délaissée, abandonnée, ouverte à tous les vents, squattée par les passions, par les opinions glanées au passage, un auberge d’où le maître est absent depuis longtemps – serait-ce là l’image de notre âme ? Une petite forteresse assiégée par l’ennemi, par qui se tient vaillamment, malgré les brèches et la disette ? Ou un lieu vraiment habité, comme le sont ces maisons de famille qui éclairent de leur lumière chaude et tamisée les sombres rues où bât la pluie ?
Il y a les SDF du monde social et il y a des SDF – bien plus nombreux qu’on ne le pense et tout aussi malheureux, sinon plus – du monde spirituel. Les gens qui ont perdu leurs chez soi, aliénés, hors d’eux-mêmes, déracinés de leur propre intériorité. Ils vivent en dehors de soi, dans ce qui leur est étranger. On peut garder la dignité en vivant dans la rue d’une grande ville, mais on est avili outre toute mesure quand ce sont les pulsions et les désirs passagers qui dictent leurs ordres dans la maison qui a été autrefois la vôtre.
Comment reconquérir sa maison ? Voilà la vraie Reconquista des chrétiens, tout le reste n’en est que la conséquence ? Il faut qu’il y ait avec nous un homme fort, lui qui peut entrer au plus profond de notre être, qui peut lier l’usurpateur, s’emparer de ses armes et le jeter dehors, dans les ténèbres extérieures.
Mais cela ne reviendrait-il pas à changer d’occupant ? Un nouveau maître remplace l’ancien usurpateur, mais nous, ne nous restons-nous pas toujours dépossédés de notre bien ? Le mal cherche à nous réduire en esclavage. Dieu cherche notre amitié. Il ne vient que lorsqu’il est invité, il combat pour nous car il veut notre réponse libre et plénier. Si vous voulez, un chevalier errant qui se plait à conquérir les terres pour celle que son cœur aime.

Bénie soit sa venue en nos âmes ! Bénie soit sa présence, chaleureuse et sereine, qui nous rétablit peu à peu maître de notre âme. Comment sera-t-elle, la maison de notre âme ? Simple, large, lumineuse, si seulement Jésus en demeure la lumière et le maître.

fr. Pavel Syssoev, op


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