Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Avec lui sur la montagne

Homélie pour la Toussaint, 1er novembre 2012

  

 

Parler de « Toussaint » est une idée paradoxale. En effet, comment allier le concept de « sainteté pour tous » (tous-saints) avec l’idée incompressible que « Dieu seul est saint » — idée parfaitement exprimée par le terme « saint (sanctus) » qui signifie « à part ».

Oui, Dieu seul est « à part », radicalement autre, transcendant :

  • Dieu, la sainteté est ton chemin : quel dieu est grand comme Dieu ? (Ps 77, 14)
  • Point de Saint comme le Seigneur, car il n'y a personne excepté toi (1 S, 2, 2 – Cantique d’Anne).

 

Il y a un paradoxe, qui n’est pas dans notre langage mais en Dieu même, à savoir que Dieu est bon ; et que la bonté a pour propriété immarcescible de se diffuser.

 

A. Dieu d’abord se « diffuse » (si l’on peut dire) en lui-même :

  • Dieu se connaît, et ainsi, nous dit la théologie, il engendre éternellement un Fils qui est sa parfaite et pure image.
  • Dieu s’aime, et il soupire et spire éternellement un Esprit qui est parfaitement lui-même.

 

B. Mais Dieu se diffuse aussi en-dehors de lui — et cela ne semble pas moins mystérieux ! Il a créé un monde qui soupire après lui (Rm 8, 22), et, au sein de ce monde, il nous a créés, nous, humains, faits de la poussière du sol et pourtant porteurs de son image et ressemblance, sans repos tant que nous ne reposons en lui (saint Augustin, Confessions, I, 1).

 

Ainsi ce Dieu « à part », ce Dieu saint, se donne ; il donne sa nature, et donc sa sainteté, en partage, au dehors de lui-même. Dès lors, est-il toujours à part, toujours… saint ? Oui, car Dieu est Dieu ! Dieu a la pouvoir de se donner et de ne point se perdre. Il a le pouvoir de nous prendre à part avec lui, pour que nous devenions saints avec lui — tout comme Jésus prend ses disciples avec lui, à part, sur la montagne.

 

Tout l’enjeu de cette vocation universelle à la sainteté dont parlait le Concile Vatican II (Lumen Gentium, V, 39 s.) est de nous mettre à part avec Dieu.

À part de quoi ? Que nous disent les lectures de cette fête ? Elles sont toutes polarisées par le thème du Royaume des Cieux et celui de la manifestation des fils de Dieu que nous sommes ; non seulement cela, mais aussi elles nous indiquent que la vie du Royaume des Cieux est en lutte avec la figure de ce monde. Finalement toutes les lectures de la Toussaint (Psaume y compris) présentent le hiatus qui existe entre notre appel à la sainteté et la vue du monde à travers un concept unique : celui de pureté :

  • Ap 7 : ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés (blanchis) dans le sang de l’Agneau
  • Ps 23 : qui peut se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes
  • 1 Jn 3 : tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur (innocent) comme Celui-là est pur
  • Mt 5 (8) : heureux les cœurs purs, ils verront Dieu

 

Non que Jésus ou l’Eglise prônent le mépris du monde ! Mais la Toussaint nous enseigne que le Dieu d’infinie majesté, le seul Saint, est là ; il est présent par son appel, ses dons, ses Alliances, le culte, les avertissements salutaires qu’il nous adresse. La pureté, la sainteté, à laquelle il nous invite, n’est rien de plus, rien de moins, que la présence à sa Présence.

 

Célébrer la sainteté des saints du Ciel et de la terre, c’est prendre conscience de cet appel à la pureté, c’est entrer dans le réalisme de Dieu qui se donne à ce monde pour que nous soyons avec lui. La grâce de cette fête de Toussaint, c’est concrètement :

  • Une purification pour nous tenir en sa présence et le servir !
  • Une espérance qui rend pur : des yeux levés au Ciel où Jésus est entré, pur et nous ayant purifiés, pour faire des dons aux hommes
  • Une liberté par rapport à ce monde : car elle passe la figure de ce monde ; et la joie du Royaume apparaît dans les béatitudes des véritables disciples de Jésus.

 

Alors, oui, tournons-nous amoureusement vers Dieu : entrons dans la connaissance qu’il nous a transmise en son Fils ; accueillons son Esprit-Saint, effusion de son amour ; recevons dès à présent sa sainteté en héritage.

Fr. Nicolas-Jean Porret


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