Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Un cri s’est fait entendre dans notre nuit

 

Dans sa lettre inaugurale de l’Année de la foi, Benoït xvi écrit : « l’année de la foi est une invitation à une conversion authentique et renouvelée au Seigneur, unique Sauveur du monde. Dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, Dieu a révélé en plénitude l’Amour qui sauve et qui appelle les hommes à convertir leur vie par la rémission des péchés (cf. Ac 5, 31) ».

L’évangile aujourd’hui nous donne comme l’illustration vivante de cette vie nouvelle dont parle le s. Père, de cette conversion jamais terminée, toujours à renouveler au Sauveur du monde ; de cette rencontre avec l’Amour qui sauve : Jésus, le Verbe incarné, Dieu en chair et en os, avec un visage humain, qui se laisse regarder par nos yeux charnels ; en contemplant la sainte Face de Jésus nous voyons la tendresse infinie du Père.

Car Dieu nous aime ! Dieu nous aime ! Il est pour nous un Père et nous sommes pour lui des fils. Entendez-vous ces mots de l’amour, ces titres de gloire, ces beaux noms que Dieu a choisi entre tous pour nous les donner : nous sommes ses enfants bien-aimés.

Le prophète nous le rappelle qui, en fait de jérémiades, nous propose en réalité la joie, mes amis, une joie que personne ne peut nous ravir, la joie de nous savoir aimé, infiniment, de notre Père Céleste. « Je suis pour Israël un père, et Ephraim est pour moi un fils ».

Oui, Dieu nous aime, comme un père, et mieux encore qu’un père, parce que l’expérience que faisons de la paternité humaine ici-bas est souvent diminuée, voire abîmée, parce que nos parents, aussi bons soient-ils, ne pourront jamais nous donner l’amour infini qui est en Dieu le Père de Jésus-Christ....

« Dieu de Jésus Christ, non pas des philosophe et des savants, je t’ai connu. Feu, Joie, joie, joie, pleurs de joie » écrit Pascal dans la nuit de sa 2e conversion, le 23 novembre 1654, alors qu’il était sur le point d’établir les bases du calcul des probabilités. Pour la première fois de sa vie, cet homme n’est plus la source de la lumière. Il en est le réceptacle.

Oui, Dieu nous aime, voilà peut-être la première des vérités, en ce début de l’année de la foi, la seule peut-être, oserais-je dire, qu’il faut tenir fermement, par la peau de son cou... car en tenant cette vérité-là, frères bien-aimés, l’amour du Père, nous tenons toutes les autres, ainsi que des épis liés ensemble en une seule gerbe.

Frères bien-aimés, dans cet effort de conversion authentique et renouvelée à laquelle le s. Père nous invite, soyons hardi, mais avant toute chose, allons-y avec le chant de la reconnaissance au bord des lèvres et dans le cœur ; comme Marie qui magnifie et remercie ce que Dieu fait en elle ; comme Jérémie qui n’oublie pas que c’est Dieu qui convertit et fait revenir ; comme Bar Timée qui, ne pouvant aller au fils de David, entend - car il ne voit pas encore - Jésus venir à sa rencontre.

Quand nous pensons faire quelque chemin vers Dieu, en réalité, c’est Dieu qui déjà a comblé l’entre-deux qui nous sépare de Lui. N’est-ce pas cela me convertir, sans cesse me rappeler que si je peux me tourner vers Dieu par la foi, c’est parce que Dieu d’abord s’est tourné vers moi par l’amour. Comme Pascal a raison encore une fois qui entend Jésus lui dire : « Console-toi, Tu ne me chercherais pas si je ne t’avais déjà trouvé ». C’est une idée-force du christianisme : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimé le premier. Et il a envoyé son fils dans le monde pour que le monde soit sauvé.

Au seuil de cette année de la foi, pour l’amour du ciel et l’amour de Dieu, souvenons-nous que Dieu se souvient de nous ; depuis le début de la création, quand il nous fit homme et femme, et que dans une jubilation qui dure encore, Dieu dit : cela est très bon ; et même encore après la chute et la dégradation, car le don de Dieu est sans repentance. Croire à l’amour qui peut tout sauver, tout racheter jusqu’à la fin de l’histoire. C’est le gage d’un bon début en matière de conversion.

Dieu vient à notre rencontre, poussé par l’ardeur de son désir. Le fils de Dieu, tel un amoureux, court en bondissant sur les collines du cantique des cantiques, dans une rêverie poétique et prophétique ; mais dans l’évangile, frères et sœurs, le rêve devient réalité : le fils de Dieu, toujours plus amoureux, court au-devant de la grande assemblée humaine, sur ses deux pieds d’homme, et avec un coeur d’homme, qui bat au rythme de nos peurs et de nos espoirs, il court au-devant « des aveugles et des boiteux, de la femmes enceinte et de la jeunes accouchée », à la rencontre des hommes dans leur nuit, perdus comme des brebis sans bergers, tel cet aveugle de Jéricho  ; ce Bar Timée, qui n’y voit plus.

Ce Bartimée, en araméen fils de la gloire, n’a plus de glorieux que son nom. Son lot est plutôt l’humiliation de n’être rien - car on existe par ses yeux plus encore que par ses oreilles. Il a tout perdu, en perdant la vue. Mais ne l’a-t-il jamais eue ? Il n’a que sa honte, celle de ne pas voir et d’être isolé du reste du monde ; et sa souffrance aussi d’être loin de tout, et peut-être d’abord loin de lui-même, habitant ces régions enténébrées et glaciales où se fait sentir le poids insupportable de la solitude qui désespère, parce qu’on croit que le ciel nous est fermé et que Dieu nous a rejeté ; cette solitude qui fait le lit de l’antique ennemi, le père du mensonge. Mais le Christ nous libère !

Frères bien-aimé, comme cette rencontre est dramatique, inespérée, cette rencontre entre la lumière du Ressuscité et les ténèbres de l’humanité, aggravée par Satan qui rode dans le noir. Cette humanité, qui git depuis si longtemps dans l’ombre de la mort, en cet aveugle Bartimée, tâtonnant à la recherche de la lumière et d’un Sauveur. Voici qu’est venue son heure. Un cri dans la nuit des hommes s’est fait entendre :  « voici l’époux qui vient, allez à sa rencontre »...  « Je suis la lumière du monde ; qui croit en moi ne marchera pas dans les ténèbres, il aura en lui la lumière de la vie ».

Jesus le Christ lumière intérieur, ne laisse pas les ténèbres me guider. Jésus fais que je voie comme l’aveugle Bartimée.

« Pour l’humanité et pour chacun d’entre nous », nous prévient Benoît xvi, il n’y a pas d’autre possibilité que de faire comme Bartimée, « pour avoir une certitude sur notre propre vie, sinon de s’abandonner, dans un crescendo continu, entre les mains d’un amour qui s’expérimente toujours plus grand parce qu’il a son origine en Dieu ».

fr. Marie-Ollivier o.p.


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