Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Homélie pour le Christ Roi ! 

Jésus, Pilate : deux hommes, deux chefs, se font face. Un mur commence à se dresser entre deux mondes : le monde politique et le monde religieux. Le principe de la laïcité semble établi. Tous les présidents de la République peuvent dormir sur leurs deux oreilles : le religieux restera bien au chaud chez lui, dans son cœur ou dans son église. Sauf qu’aujourd’hui la terre de France tremble. L’Eglise comme on ne l’avait pas vue depuis longtemps dans notre pays, se lève unanime derrière ses cardinaux, ses évêques, ses prêtres. Les deux mondes n’ont plus l’air si étanches qu’il n’y paraît. L’Eglise ne semble pas si soluble dans la société civile. Il y a certes le temporel et le spirituel, le monde d’ici, et l’au-delà, le monde la loi et celui de la grâce. Deux sphères, oui, mais nous n’avons qu’un roi et ce roi c’est le Christ. Il n’y a qu’un seul roi car il n’y a qu’un seul Dieu, créateur et sauveur. Celui qui parle au cœur est donc aussi le créateur ; celui qui nous soulève vers le ciel est aussi la vraie providence, la juste gouvernance de cette création.  Les peuples de la terre et leur chef n’en sont que les gérants… Ainsi celui qui dit « mon royaume n’est pas de ce monde » est aussi celui qui dit « tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si tu ne l’avais reçu d’en haut » !  En conséquence, tant que César fait son travail de César, tant qu’il œuvre modestement et durement (car reconnaissons-le, c’est difficile !) à promouvoir le bien commun de la Cité, alors nous « rendons à César ce qui est à César », et il ne trouvera pas collaborateurs plus dévoués que nous. Mais quand la tête tourne à César, quand César commence à se prendre pour Dieu, alors, comme une chose toute naturelle, sans provocation mais avec une détermination calme et inflexible, nous entrons en résistance.

Comment ? Essayons de nous souvenir. Au sortir de 14-18, les nations européennes, après s'être saignées à blanc, redécouvrirent la paix. On reconstruisit les biens et les fortunes. On remit en route les institutions. On installa des démocraties. Mais purifia-t-on les cœurs ? Creusa-t-on jusqu'à la racine du mal, de l'injustice, du mépris du frère ? Se retourna-t-on vers Dieu ? Non, et on laissa ainsi les sociétés se diviniser. On voyait maintenant des drapeaux rouges flotter et les plus élémentaires libertés de l'homme foulées au sol. Bientôt, on entendrait le bruit des bottes étouffant les cris des innocents. Les crimes étaient là, sous les yeux. Alors, en 1925, le pape Pie XI entendant les nations chuchoter à nouveau leurs divinisations, redoutant les crimes que de tels chuchotements annonçaient, le pape Pie XI instaura la fête du Christ-Roi. Il demandait alors à chaque famille, à chaque communauté politique, ce dimanche, de se consacrer au Sacré Cœur. Face à l'ombre, et à la peste brune, il dressait la lumière. Bien sûr nos démocraties d’aujourd’hui semblent sorties de cet abîme… Pourtant, une société sans Dieu comme la nôtre finit toujours par se diviniser. Ou plutôt diviniser les individus qui la composent en rompant ainsi le principe même de l’amitié sociale. Car ce qui tue ainsi nos sociétés, c’est le péché et particulièrement, l’orgueil et l’égoïsme. Les lois iniques ont ainsi leur source dans le cœur de l’homme. Alors devant l’obscurité d’un monde sans espérance, l’angoisse d’un avenir sans repères, Jean Paul II opposa lui aussi aux ténèbres, la lumière. Il nous offrait le Cœur miséricordieux de Jésus. Notre résistance est ainsi baignée d’une certaine Lumière.

Quelle est cette Lumière ? « La Lumière est venue dans le monde et les ténèbres ne l’ont pas saisie ». Face aux rois forts, s’opposait un roi crucifié. La lumière a jaillie d’une croix et on entendit sa voix. « La brebis perdue, je la chercherai ; celle qui est blessée, je la chercherai ; celle qui est faible, je lui rendrai des forces ». Moi, le Seigneur, Je serai son gardien, comme je le suis de toi ! Tu es injuste, Je ne suis que juste. Tu es sans miséricorde, Je ne suis que miséricorde. N’oublions donc pas que si nous aimons la vérité c’est parce que la Vérité nous a aimés. La Vérité nous fut supportable parce qu’elle nous fut  aimable. Si nous confessons aujourd’hui la Vérité c’est parce que la Vérité a le cœur transpercé ! Sa force, c’est un torrent d’amour. Certes, ce roi d’Amour nous arraché au monde et à ses mensonges et pourtant il nous incite à retourner dans le monde. Le Christ nous fait connaître un amour qui ne se limite pas à nos chétives personnes mais embrasse toute la création, flot d’amour embrassant, envahissant et submergeant toutes choses. L’expérience de la lumière du Christ en nous, est une expérience de tendresse pour cette création.  Cette divine Présence en nous, aimante, joyeuse et paisible s’attendrit pour le plus grand pécheur et le simple moineau. Toute la création est son domaine. Il n'y a aucun homme dans toute l'histoire de l'humanité, quelque soit sa race, sa langue, sa nation, pour lequel le Christ n'est pas mort et ressuscité. Il n'y a aucun homme que le Christ a oublié. Et c'est pourquoi le Christ est le roi de tous les hommes, de toutes les nations, de l'univers entier.

Non décidemment la grâce, le spirituel, l’action du Christ en nous, ne nous rend pas étranger au monde, ni à nos frères. Redisons-le à nos enfants : cet amour-là a besoin d’être défendu et il est fait d’actes justes et mesurés !

fr. Paul-Marie o.p.


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