Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Homélie du dimanche 2 décembre 2012  - 1er dimanche de l'Avent

 

            Vigilance, crainte et insouciance. Trois mots qui résument notre évangile. Trois mots que le monde ne connaît pas. Trois mots que le monde redoute. Trois mots, parfois, que le croyant oublie.

            On oublie l'insouciance, on oublie par insouciance, parce qu'on la vit trop. Elle est tellement présente qu'on ne la voit plus. Bien sûr qu'on a des soucis. Nous avons la capacité de nous construire des montagnes de soucis qu'aucune foi ne peut déplacer. Mais nous souciant de tout, nous oublions le seul souci qui compte : Jésus parlait à ses disciples de sa venue. De quoi avons-nous parlé ce matin ? De la venue du Seigneur ou des « soucis de la vie » qui ne sont pas la vraie vie ? L'insouciance dans le monde, c'est à la fois trop de soucis sur terre et pas assez de soucis pour le ciel.

            Alors vient la crainte. Cette crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse. Ou, hélas, cette crainte sans Dieu, à l'origine de toutes les folies. Pourtant, le ciel se remue pour nous faire signe : le soleil, la lune et les étoiles et aussi le fracas de la mer et la tempête. A notre insouciance trop soucieuse, le ciel répond par la tempête, comme autrefois du temps de Noé ou encore quand les apôtres demandaient à Jésus de calmer la fureur des eaux. L'évangile est encore plus pessimiste : « les hommes mourront de peur », oui, car ils seront écrasés par les soucis du monde, fermant la porte à la seule délivrance possible, à savoir que Jésus parle de sa venue, d'un Noël vraiment chrétien, d'un retour à la fin des temps, le seul « extra-terrestre » qui mérite d'être attendu.

            Où sont les hommes qui écoutent Jésus parler de sa venue ? Où sont les hommes qui relèvent la tête sans l'insolence de celui qui a décidé de se passer de Dieu ? Où sont les hommes qui se redressent parce que l'amour de Dieu a détruit toutes les courbures du péché ?

            « Restez éveillés et priez en tout temps ». Voilà la vigilance, le programme de notre avent : la veille, l'éveil et la prière. Le chrétien reçoit de son Seigneur cette magnifique mission : éveilleur dans un monde qui s'endort. On n'a beau s'agiter dans tous les sens, se construire des morales au goût du jour, se détruire spirituellement à petit feu avec des airs indignés, pour Dieu, on est dans le sommeil d'un ivrogne ou d'un débauché tant que la prière ne revient pas habiter le cœur. Le chrétien, éveilleur dans un monde qu'il faut sans doute même réveiller d'une étrange torpeur d'immoralité qui s'accumule, ne transmet plus la vie, falsifie l'amour et son sacrement le plus beau.

            Où est-il l'époux fidèle qui veille sur sa maison ? Où est-elle l'épouse vigilante qui donne la vie, la vie du corps, la vie de l'âme ? Où est-il l'amour appris de Jésus, par sa venue dans le monde et pour qu'il revienne ?

            C'est donc la nuit. Il faut veiller, attendre l'aurore.

            Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur n'attend l'aurore.

            Alors, même la nuit sera douce.

fr. Gilbert Narcisse o.p.


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