Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

A l’école de la Crèche - « Sitôt dit, sitôt fait »
Noël 2012 – Messe de la Nuit
 
Ce qu’il y a de bien avec les anges, c’est qu’ils n’y vont jamais par quatre chemins ! Sitôt dit, sitôt fait, telle est leur devise ! Au ciel, les voies semblent être dégagées comme d’immenses avenues. Alors, quand Dieu donne une mission à ses anges, c’est comme si c’était déjà fait !
Jadis, comme le rapporte l’Evangile, il dépêcha ainsi Gabriel, chez Marie de Nazareth et, quelques temps plus tard, un autre qui traversa le songe nocturne de Joseph. Plus tard encore, il envoya des anges chanteurs à Bethléem pour proclamer : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
 
Mais, ce qu’il y a d’encore mieux avec les anges, c’est que par eux, nous comprenons notre valeur ! Ainsi, parfois quand nous accumulons erreurs, fautes, péchés - et sommes prêts à l’oublier -, Dieu regarde nos cœurs et choisit un ange qui vient à domicile, comme l’annonciateur d’une guérison, d’un salut ! Mais y pensons-nous vraiment comme Lui !
 
Car régulièrement, Dieu vient rappeler aux hommes qu’il les aime. Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous avons tendance à oublier cette vérité. Il nous appelle à la vie éternelle, à prendre part à sa joie. Alors, puisque depuis jadis, et la Genèse, en écoutant avec Adam et Eve les murmures du Serpent, nous avons acquis l’habitude d’oublier cet amour, les anges se lèvent la nuit et visitent les cœurs pour livrer le message de Dieu.
La tâche est ingrate. Les hommes oublient ou râlent. Ils ne comprennent pas Dieu. Mais les anges parcourent les avenues du ciel, avec un entêtement d’amoureux, quelque chose qui repousse les heures et les distances ; un zèle d’ange ! On sait bien que Charité n’a pas d’heure ; eh bien pour un ange, l’Annonciation n’a pas d’heure ! Il fait pour chacun comme il sollicita Marie, comme il décida Joseph, comme il réussit un soir auprès des bergers.
Il s’est même dit - écoutez bien : à Bordeaux, ils vont prêter attention à mon ange !
 
Alors, en cette nuit de Noël, un ange est arrivé tout à l’heure. Il m’a dit : dans un instant tu vas parler ; ceux qui t’entendront seront de mes amis – même s’ils en doutent, même s’ils ne le savent pas bien, peu importe, c’est Noël ! J’étais surpris.
L’ange me dit alors de la part de Dieu : une chose manque encore ici ; découvrir comment vivre à l’école de Bethléem, à l’école de la crèche ! - Mais comment faire ?,lui dis-je.
 
Alors de la part de Dieu, l’ange m’enseigna comment vivre à l’école de la crèche ! Il dit :
Il y eut une crèche un soir à Bethléem. Personne ne l’avait vue, sauf quelques humbles, aux premiers rang desquels venaient Marie et Joseph ; et avec eux, y naissant, le Seigneur l’habita !
Envoyés par les anges, arrivèrent des bergers. (Vous pensez connaître l’histoire ; mais cette fois une transformation se fit). C’est à eux qu’il faut prêter attention : les bergers c’est comme une clef dans la Bible. Ils regardèrent Jésus. Et bien des minutes plus tard, ils le regardaient encore…
Sans qu’ils y fassent attention, leur regard se transforma. Rien de magique, non. Mais la manière dont Jésus portait son regard vers chacun d’eux modifiait leur cœur. En remarquant Marie, les bergers découvraient la vertu de l’humilité ; en observant Joseph, offrant au Seigneur les présents des pauvres, deux petites colombes, ils apprenaient la disponibilité à la volonté de Dieu.
Autant de personnes venant à la crèche, autant de transformations. Les bergers étaient admiratifs. Dans la paix, et le ciel étant clair, ils pouvaient désormais regarder tous les hommes comme Dieu les avait créés « à son image et ressemblance ». Tous, de tout âge et condition, petits et grands. Et la grâce de Noël commençait à porter un fruit qui serait l’école de la crèche. Ils s’étonnaient déjà qu’un tel regard ne soit pas courant dans les sociétés humaines ; c’était pour eux comme une conversion joyeuse.
Ainsi encore, ils voyaient aussi venir d’autres personnages venus de très loin, guidés par leur étoile, mages, hommes de « toutes nations, races, peuples etlangues », étranges d’apparence, pauvres de cœur, ils avaient eu l’audace de traverser les déserts du monde, pour atteindre la vérité.
 
Oui, Il y eut une crèche un soir à Bethléem ; mais les siècles avaient passé.
Et soudain, parmi la foule que les temps ont orienté vers la crèche, et son message, saint Dominique méditatif, pensant à une Nouvelle Evangélisation alors que le Moyen-Age changeait de visage - et que les cités grandissaient en Europe.
Ils virent saint MartindePorrès, dominicain péruvien, du Nouveau Monde d’alors, coopérateur, catéchiste tellement aimé à Lima par les pauvres pour qui il multiplia le pain !
Ils virent le Bx Jean-JosephLataste, natif de Cadillac, dominicain bordelais, béatifié il y a six mois à peine, dressé comme un santon neuf, lui qui présenta aux prisonnières la clef de la délivrance, leur offrant la vie religieuse, quand jusqu’en 1868, on pensait que c’était impossible.
Ils virent enfin le Bx Pier-GiorgioFrassati, un italien si enthousiaste, consolateur des pauvres de Turin et amoureux de la montagne, membre du Tiers-Ordre dominicain, mort en 1925, et qui du haut de ses vingt-quatre ans, veille sur la jeunesse.
Et combien d’autres encore, amoureux de la vie telle que le Sauveur la donne et la recrée, telle qu’il en dit la valeur lorsque les hommes sont tentés de l’abîmer ou de masquer son identité.
 
L’ange me dit alors : ils ont écouté Dieu et fait ce qu’il disait, intensément. Pourquoi des bordelais n’en feraient-ils pas autant : ils aiment les défis ! A bon entendeur, salut !
 
Redevenu seul, je me suis dit ce que je vous rapporte : des gens, saints connus ou amis de Dieu viennent de partout et depuis toujours vers la crèche, parce qu’elle se moque désormais des temps et des lieux ; et qu’ils ont deviné sa leçon. Dieu leur a tendu les bras ; et ils ont su lui répondre.
Alors pourquoi ne pas s’inscrire ce soir à l’école de la crèche ? Devant Dieu Tout-Puissant, on essaie parfois de résister ; mais devant ce Nouveau-né, ayons la sagesse de rendre les armes, d’accueillir Dieu ; que sa charité transfigure notre regard pour notre Joie et celle de tous. Que son ange ne se soit pas levé en vain ! Et tout à l’heure –comme désormais– comment ne pas relever son défi !
Sitôt dit, sitôt fait,n’est-ce pas !Que Jésus transforme les cœurs qui le contempleront !

fr. Hugues-François Rovarino, op


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