Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

1 janvier 2013, Marie, Mère de Dieu.
Dieu a voulu passer par elle...
Je me tenais une fois devant la grotte de Lourdes. Un jeune homme m'aborde. « Je suis un protestant évangélique, – me dit-il. - C'est pour la première fois que je viens ici. Je suis frappé de voir toute cette piété à l'égard de Marie. Tout parle d'elle, tandis que l’Écriture est si discrète à son égard. Les gens la remercient, tandis que c'est à Dieu seul qu'il convient de rendre grâce. Enfin, ne faudra-t-il pas reconnaître que Dieu aurait pu se passer de Marie? »
Ce jeune homme a posé le problème avec une grand justesse. En effet, Dieu aurait pu se passer d'elle. Mais il a voulu passer par elle. Telle est précisément l'enseignement de l’Écriture. Tel est précisément le sens de la fête que nous célébrons : nous ne faisons qu'honorer cette décision libre et sage de Dieu. Pour nous sauver, lui qui n'a besoin de nous a voulu nous associer à notre propre salut, et la Vierge Marie, Mère de Dieu, y est associée d'une manière unique et admirable.
Certes, Dieu qui a créé le monde du néant aurait pu tisser corps humain pour son Fils un sans aucun concours de notre part. Il aurait pu entrer dans notre histoire, vrai Dieu et vrai homme, avec une humanité créée sans aucun lien avec nous. Il serait alors vrai homme, mais il ne serait pas notre frère. Lorsqu'il choisit de naître d'une fille de notre race, il devient vraiment fils d'Adam, descendant d’Ève, notre frère, l'un de nous, quelqu'un de notre famille. C'est parce que Marie est notre sœur, que Jésus est notre frère. Dieu a voulu pour son Fils Marie comme Mère, nous bénissons sa volonté.
Certes, il aurait pu naître d'elle à son insu, sans son consentement, sans l'Annonciation ni pour elle, ni pour Joseph. Mais Dieu n'a pas jugé bon d'agir ainsi. Sa puissance ne s'exerce pas en gommant la volonté des autres, mais en suscitant leur réponse libre et consciente. Dieu ne veut pas nous sauver malgré nous, il est jaloux de notre dignité et de notre liberté. Marie répond à sa vocation, elle accueille la volonté de Dieu, la fait sienne, sa maternité naît de sa foi. « Dieu qui t'a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi, » - disait S. Augustin. Non pas parce qu'il ne serait pas Tout-Puissant et aurait du coup besoin de notre aide, mais parce que c'est plus digne pour nous de prendre véritablement part dans notre histoire. La maternité divine de Marie nous montre quelle est la grandeur que Dieu désire pour nous. Si la réponse de Marie a du prix aux yeux de Dieu, comment ne l'aurait-elle pas à nos yeux à nous ?
Certes, il n'est pas faux d'affirmer que Dieu est présent immédiatement à chacun de nous – l'Esprit œuvre dans le cœur de chaque homme de la manière que Dieu seul connaît pour l'unir au mystère pascale du Christ. Et pourtant, sa présence est une présence incarnée. Il est venu parmi nous. Il a vécu parmi nous. Il a posé des actes précis et concrets pour nous sauver : il a guéri les malades d'une certaine manière, il a enseigné les vérités très précises, il est mort pour nous sous Ponce Pilate, il a ressuscité pour nous amener dans sa gloire. Son action est première, notre réponse ne fait que suivre. Face à son enseignement, libre à moi de dire oui ou de dire non, face à son appel je peux suivre ou je peux refuser, mais il ne m'est pas loisible de réécrire ses paroles selon mon goût. L'adhésion de foi est ou bien intègre ou bien absente, mais elle n'est pas un patchwork fantaisiste.
Cette foi naît dans le cœur de Marie. Elle est la première à croire non plus en Messie à venir, mais au Verbe incarné, non plus dans les promesses, mais dans leur accomplissements. En cela, toute foi chrétienne est mariale. Elle est conçue dans le cœur de Marie, tout comme le Fils de Dieu est conçu dans son sein, c'est de Marie que nous recevons l'un comme l'autre. Toute vie chrétienne est une vie mariale, que le chrétien le sache ou non. Quand j'accueille le Verbe de Dieu je fais ce que Marie a fait, et je le fais parce que Marie l'a fait.
La piété à l'égard de la Vierge Mère n'est pas un rajout postérieur. Car qu'est-ce que la piété ? Une reconnaissance tendre et cordiale d'une dette, un sentiment vif d'admiration et de gratitude. Si Dieu lui-même s'est lié à jamais à Marie par une piété filiale, qui oserait nous reprocher de faire de même ? En voulant être plus chrétien que le Christ on risque fort de réduire le salut à un schéma desséché.
Tu cherches le Christ ? Tu le trouveras près de sa Mère. Tu veux l'adorer en vérité ? Imite Marie. Tu veux qu'il habite à jamais ton cœur ? Garde avec Marie tous ses événements dans ton cœur et médite les sans cesse. Dieu aurait pu se passer d'elle pour venir jusqu'à toi, il a voulu passer par elle. Comment ne pas admirer ses œuvres ?

fr. Pavel Syssoev, op


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