Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Ils viennent d’Orient, apportant l’or et l’encens…

dimanche de l'Epiphanie

Les évangiles nous présentent un nombre considérable de personnages figurant autour de Jésus ; autant d’icônes pour refléter notre attitude dans la rencontre du Christ.

 

Pour ne parler que des récits de l’enfance, en ce temps de Noël, nous avons croisé des personnages aussi variés que les bergers de la nuit de Bethléem, le taciturne mais fidèle saint Joseph, le jaloux roi Hérode, le juste prêtre Zacharie, le petit Jean-Baptiste vibrant déjà dans le sein d’Élisabeth, la vieille prophétesse Anne, les saints innocents, bien sûr la douce Vierge Marie, et, aujourd’hui, ces mystérieux mages qu’il nous faut découvrir.

 

Seul saint Matthieu nous présente la visite de ces étrangers à Bethléem. Ils viennent de loin, du côté du soleil levant, à l’Orient, portant avec eux toute la féérie de ces contrées d’au-delà de l’Euphrate ; le Livre arménien de l’Enfance, au vie siècle, en a fait trois frères nommés Melchior, roi des Perses, Gaspard, roi des Hindous, et Balthasar, roi des Arabes ; ce nombre de trois vient sûrement des trois présents qu’ils déposent aux pieds de l’enfant Jésus : l’or, l’encens et la myrrhe.

 

L’Évangile ne parle pas de rois, mais de sages : des astrologues. Leur attention avait été éveillée par un nouvel astre dans le ciel d’Orient ; ils discernèrent la naissance d’un roi en Judée ; l’affaire leur parut suffisamment sérieuse pour qu’ils entreprennent le long voyage rapporté par saint Matthieu.

 

Où est le roi des Juifs qui vient de naître?

 

C’est donc un roi qu’ils viennent voir, honorer et adorer. Leur démarche fait honte à Hérode et à son entourage hiérosolymitain qui apprennent donc par ces étrangers que le Messie, qu’ils étaient supposé attendre, était né. De fait, il ne s’était pas trouvé grand monde autour du berceau du descendant de David la nuit où il naquit à Bethléem : l’événement, l’avènement, n’avait attiré que des bergers, sorte d’intouchables, restés en marge du recensement de Quirinius.

Pour revenir à Hérode, ce roi si peu légitime, plus Iduméen que Juif, il a sûrement bien raison de s’inquiéter pour son trône ; mais il franchit une ligne rouge — il en est coutumier — en mandant nos mages pour manigancer contre l’enfant-roi en qui il croit discerner une menace… la peur qui assassine son cœur le pousse à assassiner les innocents de Bethléem !

 

Jérusalem était supposé se réjouir, « car sur toi se lève la gloire du Seigneur », disait Isaïe, et « les nations marchent à ta lumière » (Isaïe 60, 1.3)… Mais voilà Sion prête à refuser le Messie né à ses portes, à Bethléem, chef-lieu de Judée, annoncé par Michée comme « le moindre » des clans de Juda, mais qui n’est justement pas le moindre, puisque « de toi me naîtra celui qui doit régner sur Israël, dont les origines remontent au temps jadis, aux jours antiques » (Michée 5, 1).

 

Renseignés par Hérode — et délégués malgré eux —, les mages prennent le chemin de Bethléem (une heure ou deux de marche) ; mais voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne se tenir au-dessus où était le petit enfant ! En voyant l’étoile, ils se réjouirent de fort grande joie.

 

Cette joie rejoint celle des bergers à qui l’ange avait annoncé « une grande joie pour tout le peuple » (Luc 2, 10) ; l’étoile est un peu l’ange des mages — et n’est-il pas normal que le ciel cosmique et le ciel angélique s’associent pour saluer le Créateur entrant dans sa création ?

Joie à la mesure de la brillance de l’astre : exceptionnelle ! Les mages comprirent, dès son lever, qu’il s’agissait de l’astre d’un grand roi (un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël : Nombres 24, 17) ; et, non seulement d’un grand roi, mais encore — et sinon leur démarche ne s’expliquerait pas — d’un roi ayant pouvoir sur le monde ; car ces mages viennent d’au-delà des superpuissances qui faisaient trembler Israël : l’Assyrie et l’Égypte, et ils attestent que les nombreuses prophéties faisant de la maison de David le centre du monde sont en train de se réaliser : Les rois de Saba et de Sheba feront offrande ; Tous les pays le serviront

 

Comme la femme pécheresse venue auprès de Jésus avec un plein albâtre de parfum, ces mages manifestent que les hommes même les plus éloignés reconnaissent en Jésus celui qui est leur tout.

 

Tirons quelques leçons de ces sages !

  • Comme eux, allons à Bethléem, honorer le roi des rois ; et même, réjouissons-nous avec Jérusalem, qui certes l’a rejeté, mais qui ensuite a vu naître l’Église proclamée à toutes les nations.

  • Tombons, prosternés devant lui, et offrons notre or : faisons allégeance à celui dont notre vie dépend ; ne dépensons que pour ce qui nous nourrit : le Christ !

  • Offrons notre encens, car le Christ-roi est Dieu : que notre hommage spirituel le serve et lui plaise ! Usons notre temps à faire le bien, à prier !

  • Offrons encore la myrrhe, en signe de respect pour ce petit corps qui, devenu adulte, sera offert en propitiation pour nos péchés ; ce corps qui souffrent encore dans la personne de ses frères les plus pauvres vers qui il nous envoie.

 

Alors, avec Israël et tous les païens à qui le Christ s’est manifesté, nous serons associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile (Éphésiens 3, 5-6).

fr. Nicolas-Jean Porret o.p.


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