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Le Baptême de sa vie

Homélie du frère Guy Touton sur le Baptême du Christ, dominicains

 

   Aujourd’hui le Christ reçoit le baptême de sa vie. Il le reçoit dans les eaux du Jourdain, qui descend jusqu’à la plus basse fosse de la terre, la Mer Morte, étendue de sel où ne règne pas un souffle de vie. Aujourd’hui Jésus descend au plus profond de la condition humaine, jusqu’à la basse fosse du cœur de l’homme, étendue de péchés qui a reçu son salaire de mort spirituelle, car qui s’éloigne du Dieu vivant périt à petit feu. Mais le cœur de l’homme est invité à recevoir un baptême de régénération s’il ne veut pas empiler en vain ses désirs de fou et ressembler à la Mer Morte. Elle est au-dessous du niveau de la mer, l’homme, lui, peut tomber plus bas que tout.

   Le Jourdain fut un lieu important de la prophétie autrefois, et trace une des frontières-limites de la Terre Promise. En descendant tête, cou, hanches, cuisses sous ses eaux limoneuses, Jésus reprend à son compte l’histoire de son peuple pour l’ouvrir à l’universel. Il est lui désormais le nouveau Jourdain, en qui nous sommes baptisés, il est lui la nouvelle frontière entre le monde et le Royaume, il est lui celui qui fait toute la différence entre le monde tel qu’il va, et il ne va pas bien, et ce Royaume où Dieu sera tout en tous, que nous sommes appelés à anticiper par la conversion du cœur, cet endroit caverneux le plus mystérieux de la terre.

   Jésus se fait baptiser, alors qu’il est sans péché, pour pouvoir à son tour nous baptiser dans l’Esprit-Saint. C’est la noria de la grâce qui se met en branle pour régénérer cette pauvre humanité usée par le péché et l’esprit de prévarication. C’est parce qu’il plonge et disparaît sous les eaux de la condition humaine, jusqu’à boire le bouillon, croit-on, au moment de la croix, que le Père l’a exalté à jamais. Le baptême du Christ est la première étape du mystère de la croix. Ils ne font qu’un.

   Les quatre évangélistes nous parlent de la forme de la colombe prise par l’Esprit venu accréditer l’œuvre et la personne du Fils éternel. Ce n’est certes pas par hasard. Un commentaire rabbinique issu du Talmud de Babylone commente ainsi les premiers versets du livre de la Genèse : « L’Esprit de Dieu  planait sur la face des eaux comme une colombe qui plane au-dessus de ses petits, mais ne les touche pas ».

On retrouve la colombe au Déluge, qui indique à Noé la fin des inondations et le retour de la vie sur terre. Elle est aussi l’image de la bien-aimée du Cantique, dite « ma colombe au creux d’un rocher… ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite ». C’est-à-dire que cette colombe est le sceau de l’amour de feu entre Dieu et son peuple, l’un des signes les plus purs de l’Alliance.  

   Nous sommes à l’aube d’une ère nouvelle. Jésus inaugure le Neuf, l’absolument nouveau. Il est le Pontife souverain, le Pont unique entre le ciel et la terre, entre notre pauvre vie corruptible et la vie incorruptible : « Tu es mon Fils : Moi aujourd’hui je t’ai engendré ». Moi, le Père, je t’engendre depuis toujours dans l’instant de mon amour, toi mon Fils avec ton passé de Fils en mon sein tu es de jouvence éternelle, par toi passe l’éternel amour immaculé qui est dans le Père, le Fils, l’Esprit-Saint.

fr. Guy Touton o.p.


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