Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Le mariage de Dieu

Homélie des Noces de Cana par le père Cathelinais, op.

 

 

 

Un mariage ! Rassurez vous, je ne vais pas vous parler du mariage pour tous ! Tout le monde en parle ! D’ailleurs, si le mariage parle à tous (et pas seulement aux midinettes !), c’est qu’en nous est l’image de Dieu et Dieu, lui aussi, veut se marier. Avec qui ? Sa création. Les hommes ont beau se détourner de lui et lui préférer des idoles, de grandes idées politiques ou de petits projets mesquins, Dieu, romantique, ne s'est jamais découragé. Avec une obstination sans faille, on aurait envie de dire : un entêtement divin, il ne se lasse pas de leur proposer une alliance, souvent présentée par les prophètes comme un mariage, parce qu'il n'existe pas d'union plus forte et plus intime que celle nouée par un mariage. A Cana comme ailleurs, il s'agit donc d'un mariage, mais d'un mariage mal embarqué.

 

Ce n'est pas à des Bordelais que je vais expliquer la valeur du vin et sa puissance symbolique. Il est synonyme de joie et de fête, du plaisir de vivre et de se réunir entre amis ? Or, il vient à manquer. Si je puis permettre, sans vin, la fête tombe à l’eau. Sans vin pas de fête, sans fête pas de joie, sans joie pas d'amour et sans amour pas de mariage. Ou plutôt le mariage existe mais il devient un véritable enfer. Ce manque de vin constitue donc une catastrophe, la plus grande sans doute menaçant l'humanité ; sans amour les communautés humaines deviennent des prisons, hommes et femmes, obligés de vivre ensemble… C’est proprement l’enfer ! Si on en croit ce mot de Gustave Thibon : « L’enfer c’est l’intimité sans amour ! »

 

La mission de Jésus s'éclaire alors complètement. Il est venu sauver cette noce. Au travers de cet homme et de cette femme de Cana dont le visage nous restera à jamais inconnu, afin que ces visages soit de ceux qui désormais se marieront au fil des siècles, Jésus est venu restaurer le projet des épousailles entre Dieu et les hommes. Il pare au plus pressé. Aujourd'hui, il change l'eau en vin. Demain, au cours d'un dernier repas, il changera le vin en sang, son propre sang. De son côté ouvert, de l’eau et du sang, de son sang redonnant à chaque homme, à vous et à moi, une capacité plus grande de lui répondre, de répondre à son amour donné. « Le christ a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle, afin de la sanctifier car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante sans tâche ni ride ni rien de tel mais sainte et immaculée… »

 

Ce jour est donc un grand jour pour Jésus. Il se déclare. Il s'engage dans la mission que le Père lui a confiée. Notons en passant que cet engagement lui coûte ; il lui fait même peur. Il voudrait bien le repousser, comme il sera tenté d'écarter, dans le jardin de Gethsémani, le calice d'amertume de sa Passion et de son Sacrifice. Qui a dit que l'engagement était facile ? La mère de Jésus l'a compris, comme une mère comprend son enfant. D'ailleurs, elle ne porte pas un nom dans cet épisode, mais un titre ; précisément, deux titres. Elle est « la mère de Jésus ». Et Jésus l’appelle « Femme ». L'appellation "Femme" ne nous plaît pas: - pourquoi ne dit-il pas: mère? En réalité, ce titre exprime la position de Marie dans l'histoire du salut. Il renvoie à l'avenir, à l'heure de la crucifixion, où Jésus lui dira: "Femme, voici ton fils - Fils, voici ta mère" Il indique donc à l'avance l'heure où Il fera devenir la femme, sa mère, mère de tous ses disciples ; il institue ici la femme, femme sacerdotale, qui par son union à l’offrande de Jésus sur la croix, engendrera la Vie, une vie divine, vie éternelle dans le cœur de ceux qu’elle aime. D'autre part, ce titre évoque le récit de la création d'Eve: Adam, au milieu de la création et de toute sa richesse, se sent seul, comme être humain. Eve est alors créée, et en elle, il trouve la compagne qu'il attendait et qu'il appelle du nom de "femme". Ainsi, dans l'Evangile de Jean, Marie représente la femme nouvelle, définitive, la compagne du Rédempteur, notre Mère: « être à nos côtés quand nous nous sentons seuls ». Puissions-nous avoir ce rosaire auprès de nous, un simple « Je vous salue Marie » à l’heure de notre épreuve.

 

Mère de tous, et d'abord mère du Fils. Regardez comme elle fait semblant de ne pas voir ses appréhensions et ses craintes. " Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue ". Si, le moment est arrivé ! - Encore un peu de temps ? - Non, l'heure a sonné, l'heure de l'engagement ! La mère se tourne alors vers les serviteurs, comme sil elle faisant semblant de s’adresser qu’à eux : " Tout ce qu'il vous dira de faire, vous le ferez ". La vie n’est pas si compliqué finalement ; il suffira de faire ce qui est demandé. Quoiqu’il en soit, après avoir enfanté Jésus une première fois dans la chair, à noël, elle l'enfante, à Cana, à sa mission. Hier elle l’enfantait à sa vie tout court, aujourd’hui elle l'enfante à son engagement, à sa vie d’homme, à sa vie publique.

 

Aujourd’hui le Christ se marie. Avec l’Eglise ! Aujourd’hui il l’aime d’un amour de munificence en lui offrant les plus beaux présents ; « du vin ! ». Pensez donc, même les hommes s’en souviennent encore… Amour de munificence aujourd’hui ! Mais demain, amour de souffrance comme seuls les maris sont capables. Amour de Compassion, qui différencie un mari d’un amant : jusqu’au cœur blessé, il souffrira avec son épouse et pour elle… « Le Christ a aimé l’Eglise. Il s’est livré pour elle. » Et toi mon frère, aimes-tu l’Eglise ?

fr. Paul-Marie Cathelinais, op


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