Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Jésus, chaque jour, Parole pour l’Eternité !
T. O. année C - 3ème dimanche - sur l’Evangile : Luc 1,1-4 ; 4,14-21
 
On peut facilement se figurer la scène ! Nazareth, sa synagogue, l’enfant du pays revenu chez les siens au retour de son baptême et d’un séjour au désert, la banalité du quotidien semble se déployer au rythme hebdomadaire du Peuple Elu de Dieu, rassemblé pour honorer son seul Seigneur.
Un lieu identifié, un récit vivant, ses acteurs liturgiques, la proclamation de la Prophétie d’Isaïe, Jésus, livre son commentaire synagogal du sabbat, comme tout Juif pieux aurait pu le faire. Oui, on peut aisément se figurer la scène traditionnelle apparemment.
Pris par la grâce de ce récit, on en oublierait presque les premiers mots de cet Evangile, et ses allures solennelles : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit... j’ai décidé moi aussi… »(Luc 1, 1-4).
Et puis voilà que viennent soudainement résonner à nos oreilles, un mot, un verbe : « aujourd’hui… cette parole s’accomplit ». Jésus vient d’oser dire : « Cette parole de l'Ecriture, que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit ». Si les mots ont un sens, par la grâce de ceux-là, tout semble transformé ! A Nazareth encore, a résonné une Parole pour l’Eternité !
 
Dieu a commenté Dieu, voilà ce qui s’entend ! Tout d’un coup, comme cela, devant des nazaréens surpris un matin de sabbat. Ce que le prophète avait proclamé par les soins de Dieu, le Fils unique l’adopte en vérité. Ce qu’Isaïe avait su prophétiser, c’est-à-dire porter, annoncer, révéler, est devenu chair.
L’enfantement n’est plus seulement celui d’une parole qui vient au jour - un enfantement par manière de parler -, mais celui du Verbe de Dieu qui manifeste cette parole en chair et en os, qui l’accomplit, qui lui donne sa stature, qui l’incarne tout en lui reconnaissant plénitude, vérité, en la liant au dessein bienveillant et éternel de Dieu sur toute la création.
Il ne se l’approprie pas comme quelque chose venant du dehors, il en révèle plutôt la densité, la vérité – et c’est bien différent ! Dieu avait dit, et on le répétait ; et voilà qu’il est là devant tous, lui seul, réellement présent comme nul autre de ses auditeurs ne pourrait en soutenir la comparaison ; stupéfaction !
Jésus vient d’oser dire : « Cette parole de l'Ecriture, que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit ». L’audace de ce Jésus qu’ils ont vu grandir dans les rues de leur village, va saisir les auditeurs ; l’audace, n’est-ce pas ce « mouvement de l’âme qui porte à des actions extraordinaires, au mépris des obstacles et des dangers » (Littré) ?
Et la voici qui se manifeste lors du commentaire traditionnel de la Parole de Dieu, une audace qui pourrait à leurs yeux, rejoindre le blasphème. Comment Jésus pourrait-il être l’accomplissement de la Parole du Seigneur prophétisée, sainte par excellence ! Un mot, un verbe et une identité qui perce, mue par la force divine.
 
« …C'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit ». Ce matin, au-delà de l’audace supposée, c’est l’affirmation de Dieu qui nous frappe. Car cet « aujourd’hui » de Dieu a duré ; et il dure. Cet « aujourd’hui » est actuel.
Comme des nazaréens du dimanche, nous voilà donc confrontés, abruptement, sans crier gare, à l’identité de Jésus, à la qualité inégalable de sa parole, à sa mission parmi les siens comme parmi nous.
Ne pourrait-on pas dire comme le prophète ? « La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j'écoute comme celui qui se laisse instruire. » (Isaïe 50,4). C’est cela qui nous intéresse. Le 2ème Concile du Vatican enseigne dans son document sur la Liturgie :
« Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre, « le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix » et, au plus haut degré, sous les espèces eucharistiques. Il est présent, par sa puissance, dans les sacrements au point que lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise.
Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis : « Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20) (Sur la Liturgie n°7).
 
Une divine et réelle présence : rien de moins ! « Il est là présent dans sa parole… » Depuis que cette parole a frappé les oreilles des nazaréens pour illuminer leur cœur, elle s’accomplit. Et sa plénitude, c’est « le Christ, le même, hier, aujourd’hui et demain » (Héb.) !
Le même dont la renommée s’étendait sur toute la Galilée et dont le peuple faisait jusque-là l’éloge ; le même dont le prophète révélait le portrait : « L'Esprit du Seigneur est sur moi ... Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, … apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur »(littéralement, « une année d’accueil. »)
Cette année a pris son envol jusqu’à nous rejoindre : elle est désormais à l’aplomb de toutes les époques et de tout lieu. Et le mot qui la définit est « accueil », mot qui n’est présent qu‘une chez saint Luc, comme pour en souligner la réalité incomparable.
 
Car il s’agira de permettre à Dieu de faire irruption dans nos vies ; et pour nous, de lire sa parole comme on écoute quelqu’un, d’y adhérer comme à une source de vie. Il s’agira de l’accueillir comme on contemple son Sauveur. Il s’agira de lui demeurer vulnérables, pour qu’elle puisse nous transfigurer ; de ne plus pouvoir lui opposer de résistances, ni de l’indifférence mais d’en laisser rejaillir la vigueur et la lumière, celle qui illuminera un geste, un regard, une autre parole.
C’est de cette parole, Présence unique du Seigneur, que le Sauveur a fait notre compagne ; par elle, il nous livre un rendez-vous ; par elle, que vous écouterez toujours ! L’écoute du serviteur est élevée à un degré unique. Elle accueille cette Parole admirable et proche, conseil et consolation tout ensemble.
 
Alors, que chaque matin, elle vous réveille, pour vous accompagner au long du jour et jusqu’au soir.
Un mot la contiendra, adapté à votre cœur : demandez-le à l’Esprit-Saint. Demandez-le, chaque matin !

fr. Hugues-François Rovarino, op


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