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Du Tabor au Calvaire, la Gloire engloutit l'horreur!

II° dimanche de Carême année C, Ev de la Transfiguration Lc 9,28-36

 

Quand nous avons décidé de suivre le Christ, nous savions bien que tout ne serait pas facile et qu’il y aurait des jours difficiles, mais nous étions sûrs de marcher vers la victoire. En clair, le carême doit déboucher sur la victoire de Pâques !

Reste à comprendre la nature de cette victoire et, surtout, la manière dont on s’en approche. Car, soyons réalistes, s’il en va d’elle comme des conquêtes humaines, peut-on croire que nous en sommes plus proche, aujourd’hui, qu’au moment où nous avons cru en Jésus-Christ.

Certes, nous en sommes convaincus, la paix existera dans la mesure où chaque homme sera intérieurement juste et solidaire… Ce qui revient à dire qu’elle ne s’impose pas, qu’elle ne se construit pas, comme par un coup de baguette magique ! Mais alors, en admettant même que nous nous améliorions au fil des carêmes, comment croire que, bientôt, suffisamment d’homme de bonne volonté auront vaincu le péché en eux, au point de permettre l’éclosion d’un monde véritablement humain, c’est-à-dire librement et joyeusement soumis à son Créateur ?

Reste alors, maigre consolation, à espérer que d’autres verront cet idéal ! Sauf qu’on peut toujours se demander sur quelle base objective repose un tel espoir ? Dans ces conditions, ne vaut-il pas mieux espérer en la vie après la mort, selon les paroles de la Vierge Marie à sainte Bernadette : « je ne vous promets pas de vous rendre heureuse ici-bas, mais dans l’au-delà » !

Mais est-ce bien ce à quoi nous invite le Christ dans l’Evangile ?

Dans ce passage que nous venons de lire, par exemple, on nous parle de la gloire, c’est-à-dire de la plénitude divine, donc Absolue, de la Vie, de la Béatitude, de la Lumière ; ou encore, en prenant les choses par l’autre bout, l’absence totale de zones d’ombre, de préoccupations, de peurs, de souffrances, d’épreuves, de retards... Eh bien, le Christ est déjà habité par cette gloire, avant même que ne commencent les jours de la passion.

On comprend la surprise des apôtres ! Rendez-vous compte : les choses, ici, sont à l’envers ! Il ne s’agit pas de devoir construire la cité idéale où on pourra jouir de la gloire. Plus surprenant encore : il ne s’agit pas d’espérer recevoir, après un temps de pure épreuve, cette gloire comme récompense. Il s’agit, tout simplement, de permettre à cette Gloire, qui était à l’origine et qui est la réalité définitive, d’engloutir, en quelque sorte, en chacun d’entre nous, à la suite du Christ, toutes les horreurs, tout le mal existant ici-bas !

 

Attention, cependant, à ne pas se méprendre : s’il ne s’agit plus d’attendre du dehors, de l’effort de tous ou de l’action de certains, l’avènement du salut ; il ne s’agit pas non plus de trouver en nous-mêmes, comme les sages hindous, une sorte de sainte indifférence. Il s’agit, encore une fois, tout d’abord, d’être habité par la gloire du Fils de Dieu, et, ensuite et surtout, de se laisser envahir, jusque dans les fibres les plus reculées de notre être, par cette gloire.

A ceux qui se demanderaient comment cela est-il possible, je ferai remarquer que nous communions bien au Christ ressuscité ! Ce qui signifie très exactement ceci : cette gloire, que les apôtres ont entrevue sur le Thabor, et qui a tout emporté au matin de Pâques, nous la touchons ! Plus même, en la mangeant, nous lui donnons de s’introduire en nous !

Décidément, il n’en va pas de la béatitude, comme du bonheur humain. Si l’ami que vous aimez ne répond pas à votre amour, celui-ci meurt. Puisque c’est en s’aimant réciproquement que les amis font exister entre eux cette amitié qui, sans eux, ne serait pas. Cela n’est pas le cas de l’Amour qui provient du Père. D’abord, il est impossible que le Père cesse de nous aimer. Mais surtout, cet amour il ne s’agit pas de le faire naître : il existe de toute éternité en Dieu, plus précisément il est Dieu même. Par conséquent, aimer de cet amour-là c’est être entraîné, englouti, dans une vie et une intensité qui sont déjà là et qui ne peuvent pas ne pas être.

Alors, comme Jésus-Christ, on est si plein d’amour, d’un amour que rien ne peut éteindre ou diminuer, qu’on peut l’offrir, même à celui qui le refuse ! Ainsi, le Christ a-t-il pu embrasser Juda.

Ce faisant, Jésus n’a pas ignoré la trahison de Juda, puisqu’Il lui a dit : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme.. » (Lc 22, 48) ; Il ne l’a pas non plus excusé, puisqu’Il a prononcé ces paroles terribles dans sa bouche : « il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né… » (Mat 26, 24) ; enfin, Il ne l’a pas empêché d’aller se prendre. Bref, aimer ainsi son ennemi ne retourne pas infailliblement le cœur endurci par le péché ; par contre, si ce dernier se laisse toucher, alors cela le fait entrer, infailliblement, dans la béatitude.

Mais surtout, ceux qui, à la suite du Christ, sont capables d’embrasser Judas, sont dans cette béatitude ; parce que, malgré le péché, ils vivent en plénitude l’amour qui vient du Père. Cela s’appelle la miséricorde et le pardon ; et c’est la victoire de Pâques, préfigurée en germe dans cet évangile de la transfiguration.

fr. Benoît-Marie Simon o.p.


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