Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Choisis la vie !
3ème dimanche de Carême, année C, Ex 3, 1-15 ; Lc 13, 1-9
Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour... »
Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux.
 
Pas très joli, ces menaces ! Est-ce une manière de s'y prendre ? Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux.
Tel un médecin qui annonce au patient que s'il ne veut pas périr, il lui faudra radicalement changer de vie, ainsi le Christ dit-il à ses auditeurs qu'ils sont frappés d'une maladie qui les voue à la mort, si seulement ils ne changent pas radicalement de comportement.
Dieu ne menace pas, il nous renvoie au réel. Dieu n'inflige pas une punition extérieure, en écrasant les coupables par une tour qui choit ou en suscitant l'ire du fonctionnaire romain contre les sacrificateurs. La mort et la souffrance sont devenues un lot commun, qui frappe tous sans exception, car tous, sans exception nous portons en nous l'invincible attrait vers l'illusoire, l'éphémère, vers ce qui n'existe pas vraiment. Si nous nous obstinons à choisir le passager de préférence au vrai et au juste, pourquoi nous étonner quand l'inconsistant nous lâche ? Si nous mettons notre bonheur dans le pouvoir, le plaisir, l'argent, pourquoi être surpris quand le vide s'ouvre devant nous pour happer nos vies, ce vide que nous avons chéri et appelé de nos vœux ?
Comme si nous étions pris dans l'immense courant d'une vie fausse et stérile, tel le figuier de la parabole, nous sentons en nous un vague désir d'une existence pleine, juste, fructueuse, mais nous n'avons pas en nous de quoi porter ce fruit. Nous sentons parfois que les biens passagers, aussi beaux et précieux soient-ils, ne rassasieront jamais notre âme, ne justifieront jamais notre existence, mais comment accéder à cette fécondité qui nous fait rêver et que Dieu attend de nous ? Comment passer du figuier stérile à ce mystérieux buisson qui brûle sans se consumer, qui est enflammé d'une vie qui au lieu de l'anéantir, transfigure tous ceux qui s'en approchent ?
Cette longue transformation est ce que le Christ appelle la conversion et la pénitence. Se convertir signifie changer de direction, abandonner les routes habituelles pour s'engager sur un chemin jusque là inconnu. Moïse quitte son parcours usager, il fait un grand détour pour voir ce prodige – le buisson ardent. Il nous faut faire de même. Toute parole vraie, toute action juste naissent d'un profond silence. Il nous faut absolument fuir le bavardage qui empoisonne notre âme. Carême est le temps où il convient de chérir le silence, où la rencontre devient possible. Comme des amoureux, comme des amis, comme des artistes qui se retirent pour qu'une parole de vie puisse jaillir, il nous faut avoir le courage d'affronter le silence, de chercher Dieu, de nous regarder nous-mêmes en vérité, sans nous cacher derrière la multitude des divertissements.
La conversion exige aussi un vrai travail. Non pas une vague velléité d'une vie meilleure, mais les actes concrets et précis qui forgent un nouveau style d'existence. Si la pénitence est une vertu, c'est qu'elle se pratique. Reconnaître la laideur de certains de nos actes, de certaines de nos attitudes, désirer une vie plus juste et plus vraie, s'appliquer à fuir le mal et à faire le bien – voilà le chemin de cette vertu. Si un homme d'affaires sait s'imposer une rude discipline pour réussir, si une femme en quête de beauté éphémère sait s'astreindre à de réelles privations, il est clair alors que les chrétiens restant aux velléités et à la vague gentillesse font figure de dilettante. Force est de constater que les esclaves du prince de ce monde le servent avec plus d'abnégation que nous ne luttons pour la vie éternelle.
Ce que Dieu désire pour nous, ce n'est pas un peu de bien-être, un peu de succès, une petite guérison intérieure qui nous sortirait du dramatisme de notre histoire. Il veut pour nous une vie pleine, fructueuse, ardente, à l'image de son Je-suis incandescent. Je suis venu pour qu'ils aient la vie et la vie en abondance. Tout ce qu'est n'est pas cette vie n'est qu'une tension vers la mort et la disparition. Ce n'est pas une question de menace, mais de choix que Dieu nous offre en adulte. Voilà, je pose devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, choisis donc la vie ! La Croix de Jésus est ce bois où notre stérilité s'enflamme de la vie divine. C'est par la Passion du Christ que nous échappons à la vie pour la mort, pour entrer dans la vie véritable.
Dieu nous l'offre. Osons donc vivre !

fr. Pavel Syssoev, op


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