Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Sermon du Vendredi saint 29 mars 2013 à Bordeaux

 

 

Un simple petit mot à la fin de notre lecture de l’épître aux Hébreux, aition, a été traduit par « cause » — « cause de Salut éternel » — ; on aurait pu traduire aussi « motif » : Jésus, Fils de Dieu est pour nous « motif de Salut éternel ».

 

Ce petit mot, assez rare, nous allons le retrouver maintenant, et presque comme un leitmotiv, dans le récit de la Passion de saint Jean : Pilate — insiste l’évangéliste — ne trouve pas de « motifs » de condamnation contre Jésus, et les grand-prêtres n’en trouvent pas qui justifieraient leur dessein funeste.

Jésus donc est condamné sans motif, sans cause : le titre d’accusation qui sera inscrit au sommet de la croix « Jésus le Nazaréen, le Roi des Juifs » produira même l’effet contraire à l’accusation portée par les chefs du peuple ; mais, « ce qui est écrit est écrit » !

Jésus est vraiment cet agneau annoncé par Isaïe, conduit, innocent, à la mort, ce Serviteur sur qui, sans motifs, s’abattent les haines et l’hostilité du grand nombre.

Pourtant, dit le prophète, « c’était nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé », c’était à cause de « nos péchés qu’il était broyé »…

Ce fardeau injuste qui accable le juste nous révolte ; en réalité, il devrait aussi nous incriminer. Car, nous le savons, les vrais motifs de condamnations sont à notre charge. Nous avons péché, en méprisant l’amour infini du Créateur qui sollicitait nos cœurs. Et si nous n’avons pas, tel Judas, livré le Juste, sommes-nous certains de n’avoir jamais renié le Seigneur, certains d’avoir toujours empêché qu’il fut bafoué ?

Le récit de la Passion nous invite maintenant à suivre Jésus qui descend par la Vallée du Jugement, pour être jugé et condamné, sans défense contre des accusateurs à court de motifs.

Que nous soyons Pierre ou l’autre disciple, Marie-Madeleine ou Marie de Klopas, contemplons Jésus en sa Passion.

Songeons « à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle contradiction, afin de ne pas défaillir par lassitude de nos âmes » (He 12, 3).

Car Jésus pour nous agit librement : avec majesté il endosse nos accusations et tant de péchés qui nous condamnent.

Paradoxe de son amour ! — au lieu de nous accuser de faute, le Grand-Prêtre que nous avons, en un sacrifice unique, inverse le motif de notre péché en motif d’Alliance nouvelle et éternelle.

fr. Nicolas-Jean Porret o.p.


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