Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Le jour se meurt, la nuit s’avance, l’aurore s’annonce.

Jeudi Saint (Jn 13, 1-15), 28 mars 2013

 

Voici que le dernier jour de l’ancienne alliance touche à sa fin : Sachant que le Père a tout remis entre ses mains, il se lève de table, quitte son vêtement et se met à laver les pieds des disciples. Tout est désormais dans les mains du Fils de Dieu et, de ses mains, il enlève son vêtement pour accomplir ce geste de serviteur. Il ne retint pas le rang qui l'égalait à Dieu : mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave (Phil 2,6). Le Logos, Le Verbe, la Sagesse s’est laissée accueillir dans la chair. Mais en entrant dans les ombres de notre humanité notre chair peut s’ouvrir à sa lumière.

 

Au début de la mission du Christ, Jean-Baptiste verse sur lui, en plein jour, l’eau du Jourdain.

Ce soir, à l’orée de la nuit, le Christ verse sur ses disciples l’eau qui enlève les souillures du monde ancien et les prépare à une mission nouvelle : Qu'ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager qui annonce le salut, qui dit à Sion : " Ton Dieu règne. " (Is 52, 7 et Rm 10,15).

 

La vieille alliance se meurt, la nuit s’avance, le Fils dépose sa vie et nous baigne de la rosée de son aurore. Mais il ne s’agit pas d’un simple lavement de pieds. L’eau est un signe de sa parole : Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre (Jn 15, 3). Puisque le Verbe avait accueilli la chair, notre chair peut désormais, par la foi, accueillir sa sainteté. « Je prends ta chair, reçois ma vie : crois au Fils de l’homme ». « Oui Seigneur, donne-moi cette eau vive ». Le Christ lave ses disciples : il nous rend purs pour accomplir son œuvre. Il nous sanctifie et, par là, il nous rends dignes d’offrir le véritable culte : accomplir l’œuvre du Père ; « Faites ceci en mémoire de moi ». Nous entrons dans le Jourdain pour monter au Cénacle : nous passons par le baptême pour entrer dans l’eucharistie, dans son action de grâce.

 

Pour le moment, le jour se meurt et la nuit s’avance.

Rien ne sera plus comme avant, pendant que le roi s’en va combattre les ombres envahissent sa demeure. Trahison et mensonge hurlent dans la nuit. Le désespoir rôde, cherchant qui dévorer. Mais ce soir l’heure du Fils a sonné et la Vérité de Dieu est plus forte que le mensonge du serpent. La fidélité du Christ, le vrai Rocher, est plus forte que le naufrage de Pierre. Et l’espérance de l’Eglise plus stable que les flots du monde. Le Fils prépare ses disciples en les lavant de cette eau, en les abreuvant de son sang, en les fortifiant de la manne de son corps. Don total, en plénitude : corps, eau et sang déjà offerts et qui demain éclaireront et inonderont le monde du haut de la croix.

Le Christ, dépouillé de sa gloire, se laisse dépouiller de la chair pour nous vêtir de sa vie. Ce soir il nous donne une nouvelle existence et un commandement nouveau : demeurez en mon amour (Jn 15, 9). Voici, mes frères, que pointe un jour nouveau : Dieu nous immerge dans sa vie, dans sa lumière. 

fr. Jean-Ariel Bauza-Salinas o.p.


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