Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Le vide du tombeau

dimanche de Pâques, année C, 31 mars 2013

 

Après une nuit de veille, nous voici au matin de pâques. C’est le matin du tombeau vide. Mais, c’est aussi ce matin où tout se meut. Le Christ a surgi du tombeau, les apôtres courent vers le sépulcre, Marie Madeleine va et vient. Tous sont en en mouvement. La résurrection de Jésus coupe son humanité en deux, une avant et une après. Marie Madeleine se révèle comme la femme charnière qui fait le lien de cet instant d’avant et d’après. Témoin de la passion du Christ, c’est elle aussi qui la première arrive au tombeau. Une façon pour elle de tisser un lien de proximité avec son Seigneur.

Alors qu’il fait encore sombre, Marie Madeleine est déjà au tombeau. C’est le tombeau creusé dans le roc et c’est là qu’a été enseveli le corps de Jésus après sa mort sur la croix. A sa grande surprise, Marie Madeleine découvre que le tombeau est vide. Jésus n’y est pas. Désemparée, elle court en informer l’apôtre Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait. Tous accourent et constatent que la pierre qui fermait le tombeau a été enlevée. Le linceul et le suaire qui avaient enveloppé le corps de Jésus sont restés là et soigneusement rangés. Le cœur qui aime retient le moindre détail. Le tombeau vide, le linceul, le suaire, l’absence de corps… Des signes sensibles qui montrent que le corps de Jésus n’a pas connu la corruption. La disparition de son corps ne pourrait être interprétée non plus comme un enlèvement.

Marie Madeleine ne l’a pas remarqué aussitôt alors qu’il faisait encore sombre. Oui, Tout lui paraît sombre en ce matin de pâques. Elle, tout comme les apôtres, éprouve une certaine difficulté à reconnaître la vérité de la résurrection. La tristesse et les soucis enfuient la grâce.

L’apôtre Pierre, l’espérance perdue, impuissant devant les événements douloureux vécus ces derniers jours, reste muet devant les allégations d’une femme. Il ne parle pas. Il se hâte vers le tombeau afin de connaître la vérité. Enfin cette vérité éclate : Le Christ, Il s’est relevé d’entre les morts, Il est ressuscité, Il est vivant.

Il a fallu que le disciple bien aimé se rapproche du tombeau et que le voile tombe de ses yeux pour voir et croire. En effet, la foi permet de reprendre le pas sur des sentiments d’impuissance. Même quand tout semble encore plongé dans les ténèbres et dans l’obscurité, la foi éveille et aide à percevoir la présence de Dieu. Pour pouvoir accéder à ce que l’œil ne peut pas voir, ou même que l’oreille ne peut pas entendre, il faut se dépouiller de toutes nos tristesses, angoisses et deuils, pour entrer au-delà dans le mystère. Il faudra que la lumière se fasse lumière pour éloigner les ténèbres de la nuit pascale.

Le disciple que Jésus aime et ceux qui aiment Jésus entrent dans cette lumière. Pour eux, la mort n’existe plus car elle a été vaincue par la résurrection du Christ. La résurrection est d’abord et avant tout l’œuvre de Dieu. C’est le cœur de notre foi chrétienne. Par sa résurrection, le Christ est sorti du tombeau. Il a su faire de la mort un acte de libération du péché et d’affranchissement de la mort elle-même. Ici la vie prend un sens ultime. La mort cesse d’être la fin de tout, car elle a perdu tout pouvoir. La mort ne peut plus retenir les âmes sous son emprise. La vie n’est plus un chemin vers la mort, mais vers la vie éternelle.

Notre matin de pâques est-il encore sombre ou déjà lumineux ? Il est sombre lorsque devant la complexité, la gravité d’une situation, nous n’arrivons pas à trouver de force nécessaire pour l’assumer. Nous nous sentons affaiblis, démunis, désorientés. Il nous manque quelque chose. Sans pouvoir facilement l’identifier, nous ne savons pas vraiment vers où aller ; à qui nous adresser. Nous commençons à nous sentir vide.

La résurrection nous fait sortir de nos tombeaux. Fini le paradoxe entre la lumière et les ténèbres. L’action triomphante de l’amour se fait jour dans la nuit. Par sa mort et sa résurrection, Jésus a mis dans ce monde le germe de la vie éternelle. Son amour n’a reculé devant aucun obstacle et rien ne lui a semblé de trop. Cet amour n’a été arrêté ni par la peur, ni par la trahison, ni même par la mort. Nous avons été aimés sans mérite de notre part.

Au matin de pâques, la tristesse de Marie Madeleine, ses peines et son deuil se changent en joie. C’est la même joie qui nous envahira à la rencontre du Christ, à la lumière de sa résurrection. La foi en la résurrection des morts et l’espérance de la vie éternelle nous introduit dans ce nouveau temps qui commence.

Le matin de pâques, notre cœur est sans repos, nous courons ; non plus vers le tombeau, notre itinéraire a désormais changé, nous suivons celui qui est ressuscité d’entre les morts.

 

La joie de pâques est bien là aujourd’hui. La mort, notre dernier ennemi est mis en échec. Tout s’accomplit en Jésus. Lui-même l’affirme avec force, « Quiconque croit en moi, même s’il meurt, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » Nous n'avons donc rien à redouter de la fin des temps, de la fin de ce monde. Notre Espérance repose, non sur les certitudes du monde, mais sur les paroles et la présence de Jésus ressuscité.

fr. Antoine Tingba o.p.


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