Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Je vous donne ma paix…
Dimanche 5 mai 2013, année C, 6ème de Pâques, Jn 14, 23-29
 
Le soir de la dernière Cène. Dans la pénombre – le Christ, ses apôtres. Tout est paisible, chaleureux, vrai. L'enseignement de Jésus coule avec une majestueuse sérénité. Les disciples l'écoutent, émerveillés, sans saisir qu'il annonce sa passion, sa mort, son départ tout proche, la rupture définitive de ce monde-ci et du monde à venir qu'il inaugurera par sa résurrection. Tout le passage que nous venons d'entendre est en réalité une réponse que Jésus donne à la question de Jude : comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ?
Au centre de cette réponse – la promesse de la paix. Je vous laisse la paix, c'est ma paix que je vous donne, ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Si nous voulons comprendre la portée de cette promesse, n'oublions pas tout ce qui l’entoure : le don de l'Eucharistie où le Christ se livre, sa Passion où il nous réconcilie avec son Père, sa Résurrection où il fait toute chose nouvelle.
Quelle est cette paix que le Christ nous laisse ? Cette paix, c'est Jésus lui-même.
Ainsi sa naissance a-t-elle été prédite. Isaïe disait : Son Nom est le prince de la Paix (Is 9, 5), et Michée : Il sera Paix (Mi 5, 4). Non pas une paix passagère, une trêve, mais une guérison radicale, celle qui réconcilie l'homme avec son prochain en rétablissant le lien rompu avec Dieu, celle qui rend l'homme à lui-même. Coupé de Dieu, sa source vive, l'homme est dévoré par sa propre soif ; loin de Dieu, il s'est aliéné. En guerre avec soi-même, il est en guerre, sourde ou flamboyante, avec l'univers entier. Il nous fallait quelqu'un pour rétablir ce lien brisé. La violence sociale, la guerre des nations, l'agitation des passions – tout cela devait être pacifié par le Fils de la promesse, celui qui est notre paix.
Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu. Le Fils de Dieu lui-même vient demeurer parmi nous pour réconcilier dans sa propre personne ce qui était séparé : l'homme et Dieu. À sa naissance les anges clament : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et Paix sur la terre aux hommes qu'il aime. L'enfant de la crèche est la gloire de Dieu dans les cieux, il est la paix sur la terre. Jésus est le resplendissement de la gloire du Père, effigie de sa substance (He 1, 3), il est notre Paix (Eph 2, 14), car il supprime en sa chair la barrière qui nous coupe de notre vraie vie.
Cette chair de pacification, il nous la livre dans l'Eucharistie. Je vous donne ma paix, je vous livre ma paix, dit-il à ses disciples en instituant ce sacrement. Pour ne faire plus qu'un avec nous, il instaure ce corps-à-corps, où il se donne à nous pour nous fondre en lui, communion après communion, pour nous livrer à son Père. Dans chaque Eucharistie il veut entrer au plus profond de nos entrailles, pour qu'il soit en nous, pour que nous soyons en lui, pour que le Père fasse en nous sa demeure.
Il est notre paix dans l'Eucharistie, il l'est aussi dans sa Passion. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et par ses blessures nous sommes guéris (Is 53, 5). Le Christ ne s'est pas contenté de balayer tout ce qui en nous s'opposait à Dieu. Il ne l'a pas imputé, comme un chirurgien qui en jugeant qu'un membre ne peut plus être guéri l'enlève. Non, il a assumé tout ce qu'il y avait en nous de malade, de blessé, de pervers, et il l'a recréé dans sa Passion en acte d'un parfait amour, d'une parfaite adoration. La mort même qui était le signe absolu de notre guerre contre Dieu devient dans le Christ le chemin de rédemption. La souffrance et les ténèbres sont désormais un lieu où Dieu n'est plus absent, un lieu où Dieu sauve.
La Passion n'est pas pour autant son ultime geste. C'est la lumière de la Résurrection qui nous permet de voir pourquoi Jésus est notre paix véritable. Tout en lui, tout en nous retrouve son unité, sa pacification. L'homme est rendu à Dieu et Dieu à l'homme, notre corps est rendu à la vie et la vie se déploie dans cette chair sans obstacle. La véritable fraternité enfin est possible par-delà nos égoïsmes, car ce n'est plus pour nous que nous pouvons vivre, mais pour Dieu.
Les paroles du Christ prononcées le soir de la Cène cèlent un don inaltérable. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. C'est en se donnant que le Christ nous la donne, car il est notre Paix, notre Rédemption, notre Résurrection. Par-delà nos inquiétudes, nos combats, nos peines, par-delà toutes fausses joies et toutes consolations passagères rayonne à jamais la chair du Christ ressuscité. Dans chaque Eucharistie, il se tient de nouveau au milieu de nous, et en se livrant entre nos mains il renouvelle son don : je vous laisse la paix, je vous donne ma paix.

fr. Pavel Syssoev, op


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