Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Souffle sur ces morts qu'ils vivent !

Homélie du fr. Pavel SYSSOEV o.p. Vigile de Pentecôte 2013, Ez 37, 1-14 ; Jn 7, 37-39


 

Flamme et cendres. Les deux termes de notre parcours de 90 jours. Au début du Carême nos fronts ont été marqués par les Cendres : souviens-toi que tu es poussière et que tu reviendras à la poussière. Entame une longue marche qui te mènera de ces cendres à la flamme vive, convertis-toi et crois à l'Évangile.

Dans le cours ordinaire de notre vie, c'est une flamme qui dépérit en cendres. La générosité des élans, la grandeur des rêves, la fraîcheur des commencements s'épuisent et disparaissent. La mort marque la limite à ne pas franchir : tu es poussière et tu reviendras à la poussière. L'homme a voulu être sa propre source et son propre commencement, voilà qu’il semble se tenir au milieu de la vallée remplie des ossements desséchés. Est-ce que c'est tout ce qui restera de notre histoire ? N'y aurait-il rien qui échapperait à la poussière ? Ces ossements, peuvent-ils revivre ? Qui renversera le cours ordinaire de notre monde, allant de la flamme aux cendres ?

Debout, au centre de notre histoire, dans la plénitude des temps, se tient Jésus. Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi ! Des fleuves d'eau vive jailliront de son cœur. Pour qui est-il descendu du ciel, cet Oint du Seigneur, ce nouvel Adam ? Pour un assoiffé, pour celui qui désire autre chose que les cendres, pour celui qui veut croire. Le Christ transfigure le cours des choses : la soif et le désir ne sont plus voués à l'épuisement et dessèchement, mais nous mènent à notre source. Des cendres il nous relève, pour faire de nous des êtres de flamme, de vifs feux d'amour, où tout en nous : notre chair, notre cœur, notre âme vivra de la respiration de Dieu.

Il est dit qu'au commencement, Dieu prend un être de glaise et l'anime de sa propre respiration. Nous vivons suspendus aux lèvres de Dieu ; séparés de son souffle, nous retournons à la glaise. Maintenant, en Jésus, crée un homme nouveau. Il prend un être de la mort et l'enflamme de son Esprit. Par sa résurrection, le Fils de l'homme prophétise : Viens, Esprit ! Souffle sur ces morts qu'ils vivent ! Vous saurez que je suis le Seigneur : je l'ai dit et je le ferai !

Il y a 90 jours les Cendres marquaient le début de notre route ; en cette nuit nous voilà au nouveau seuil. Recevez l'Esprit Saint. Soyez revêtus de la force d'en-haut. Vous qui étiez ténèbres, Dieu vous a transférés dans son admirable lumière. Désormais, c'est la flamme de son Esprit qui vous fera vivre.

Et nous nous tenons sur ce seuil. Nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps. Il y a toujours en nous notre part de glaise que l'Esprit travaille, pour la transformer en corps de gloire. Il y a toujours en nous notre part d'obscurité que la Flamme vive transfigure en sa lumière. Il y a toujours en nous notre part de cendres, mais la source d'eau vive nous a été ouverte dans la chair du Christ Ressuscité – c'est elle qui nous fait vivre. Nous nous tenons au seuil de la Pentecôte, le jour où les cendres deviennent flamme et où l'Esprit de Dieu fait des enfants d'Ève des Fils de Dieu. Ce n'est pas par notre puissance que nous sommes parvenus ici, ce n'est pas notre force qui nous fera traverser ce seuil. Puisse Dieu accomplir en nous ce qu'il a commencé !

fr. Pavel Syssoev, op


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