Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

SOMMET DE NOTRE FOI, SOMMET DE NOTRE VIE !

Solennité de la Sainte Trinité

26 mai 2013, Bordeaux, couvent de la Vierge du Rosaire.

 

En cette année de la foi, la fête de la Sainte Trinité revêt un éclat particulier ! Parce qu’il est le plus grand de tous les mystères de notre foi chrétienne ! Le plus difficile sans doute à saisir mais aussi le plus enthousiasmant ! Alors, frères et soeurs, arrêtons-nous quelques instants aujourd'hui sur le sujet magnifique de cette solennité.

Reconnaissons déjà que nous ne saurions pratiquement rien de Dieu s'il ne s'était pas fait connaître lui-même ! Voilà pourquoi nous parlons bien du mystère de la Sainte Trinité. Mystère, mystère, vous avez dit mystère !? Oh non pas au sens profane ! Là, rien de « mystérieux », caché, occulte, suspect comme on l’entendrait à la manière du monde ! Le mystère chrétien a justement pour but de mettre en lumière ce que Dieu veut nous faire connaître. Une vérité de foi qui dépasse les limites de notre raison mais qu’il nous faut croire de manière certaine parce que Jésus, Dieu lui-même, nous l’a révélée !

Et ce mystère n'est pas rien, car il s'agit du mystère de Dieu en lui-même. Dieu intime. Dieu tel qu'il est et tel qu'il est naturellement inconnaissable ! Quelle splendeur ! Quel privilège ! Connaître la Vie Eternelle en personnes ! Une Vie aussi qui nous attire, puisqu'elle est notre fin, notre bonheur, notre tout : Dieu !

Sainte Trinité : Dieu unique en trois Personnes divines et distinctes mais inséparables. C'est absolument grandiose, vertigineux !... Oh frères et sœurs, il y a plus à contempler en cinq secondes dans ce mystère insondable qu'à admirer en huit jours passés au Futuroscope !

Dieu Père, Fils et Esprit Saint ! Nous avons là le sommet de toute la révélation chrétienne. Et il ne s'agit pas seulement de Dieu, il s'agit aussi de nous, de ce dont nous sommes l’image et la ressemblance ! Il s’agit de notre destinée, de notre propre vie éternelle ! Et cette révélation ne s'est pas faite d'un coup.

Dans l'Ancien Testament Dieu-Trinité n'apparaît pas clairement car le Peuple élu aurait sans doute versé dans le polythéisme ambiant, fort séduisant. Non ! « Le Seigneur ton Dieu est l'unique et il n'en est pas d'autre ! »

La distinction des trois Personnes divines et leur unité profonde s'affirment progressivement au long du Nouveau Testament. Déjà au moment de l'Annonciation, la Vierge Marie est introduite la première dans ce mystère trinitaire quand elle apprend que « l'Esprit Saint » viendra en elle et qu'elle mettra au monde le Fils de Dieu.

Lorsque Jésus reçoit le baptême de Jean le Baptiste : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour ». Et l'Esprit Saint est là sous la forme d'une colombe. Sur le Tabor, même déclaration du Père céleste ! Avant de monter au ciel Jésus annonce à ses Apôtres que son Père leur enverra l'Esprit Saint pour les consoler et les éclairer dans la vérité toute entière.

Et enfin Jésus envoie ses Apôtres à travers le monde, auprès de toutes les nations, avec pour mission de faire connaître cette vie divine, de communiquer cette vie intime de Dieu à tout homme par le baptême « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Jésus n'a pas dit : Faites des superstitieux, des fatalistes, des gens qui pensent et qui font comme tout le monde et qui ont peur ! Il a dit : « Faites des disciples », faites entrer tout homme dans ma vie, ma vie d'union à mon Père dans l'Esprit Saint, dans la Vie trinitaire !

Ne l'oublions pas, « l'image de la Trinité, nous fait remarquer Bossuet, reluit magnifiquement dans la créature raisonnable : semblable au Père, elle a l'être ; semblable au Fils, elle a l'intelligence ; semblable au Saint Esprit, elle a l'amour ; semblable au Père, au Fils et au Saint-Esprit, elle a dans son être, dans son intelligence et dans son amour une même félicité et une même vie. Vous ne sauriez lui en ôter rien sans lui ôter tout » (Elévations sur les mystères, 4e sem. 7).

Cette distinction des Personnes divines dans le Nouveau Testament n'empêche pas l'affirmation de l'unité de nature : « Mon Père et moi, nous sommes un » déclare Jésus. « Qui m'a vu a vu le Père ». « Ne crois-tu pas, Philippe, que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? ». « Tout ce qui est à moi est à toi, Père, et ce qui est à toi est à moi » (Jn 13-15). Et comme il déclare « Je suis sorti du Père », il ajoute « l'Esprit de Vérité procède du Père » (Jn 8, 42 ; 15, 26).

Trois Personnes en un seul Dieu ! Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, et l'Esprit Saint est Dieu absolument ! Et en mathématique divine : 1 + 1 + 1 = 1 ! Cela dépasse évidemment notre entendement. Mais ce n’est pas absurde ! Voyez l’image du triangle équilatéral ! N'est-il pas toujours identique quel que soit celui des trois côtés que l'on examine ? Et puis, malgré mes carences en géométrie, ne puis-je pas remarquer que chacun des trois angles s'étend à la surface totale, sans toutefois se confondre avec les deux autres ?! C’est certainement la raison pour laquelle ce triangle figure la Trinité sainte dans l'art sacré comme c’est le cas au centre de notre retable derrière moi ! Alors en Dieu, la trinité et l'unité ne seraient-elles pas conciliables ?

Dieu est Amour parce qu’il est (au singulier) trois (au pluriel), Communion d’amour. Dans l’amour, unité et pluralité se réconcilient ; l’amour crée l’unité dans la diversité ; « unité » d’intentions, de pensée, de volonté ; « diversité » de sujets, de caractéristiques et pour les hommes, de sexe. En ce sens, à travers la création, la famille est l’image la moins imparfaite et donc la plus belle qui soit de la Trinité. Ce n’est pas un hasard si Dieu dit lorsqu’il a créé le premier couple humain : « Faisons l’Homme à notre image et notre ressemblance » (Gn 1, 26-27).

Voilà pourquoi devant cette réalité sublime, appréhendée dans la foi, il nous faut nous ouvrir à la contemplation de cet adorable mystère de la Bienheureuse Trinité. Oui, devant un tel mystère de vie, de paix et d'éternité qu'est Dieu lui-même, devant un tel mystère de communion et d'amour, S. Augustin avoue que « la connaissance de la Trinité est moins le fruit de la recherche extérieure que de la piété et de la charité ».

Voilà frères et sœurs ce à quoi nous invite l'Eglise. Voyez la place de ce mystère dans ses rites et sa liturgie : tout sacrement est administré au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et renferme la profession de foi en ce grand mystère. Toute prière, tout signe de croix, tout acte liturgique ne rend-il pas hommage aux trois Personnes divines et ne nous inscrit-il pas de la sorte au coeur de cette Vie et de cet Amour trinitaires ? Et plus encore, Dieu un et trine, ne vient-il pas ainsi habiter notre âme ?

 

Cette union à Dieu nous sanctifie certainement. Alors désirons-la ! Et loin de nous renfermer sur nous-mêmes, nous saurons, à la manière de Jésus et de son Esprit Saint envoyés sur la terre, nous saurons rayonner toujours plus de l'amour et de la sainteté de Dieu... à en contaminer le monde ! Et nous comprenons qu’il nous faudra toujours défendre la famille humaine, la vraie ! Amen.

fr. Antoine-Marie Berthaud o.p.


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