Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Suivre le Christ ou refuser les disciples?

homelie 13e dimanche T.O; année C

 

Alors que dans un village, les gens refusent de recevoir Jésus, un refus qui fâche les apôtres jusqu’à leur donner l’envie d’invoquer le feu du ciel et de préméditer la destruction du village tout entier ; dans un autre, pas très loin, des hommes désirent pourtant suivre Jésus.

En cours de route, d’après le récit, Jésus fait successivement rencontre de trois hommes. Le premier prend l’initiative, tout feu et toute flamme, il veut suivre Jésus partout où il ira. Le deuxième reçoit l’appel personnel de la part de Jésus qui l’invite à le suivre, mais ne sait pas répondre tout de suite parce qu’il est retenu par un urgent devoir à accomplir, les funérailles de son père. Le troisième renvoie à un peu plus tard sa décision de se mettre à la suite de Jésus car il doit d’abord dire ses adieux à ses familiers. Trois hommes avec des attitudes différentes face à la décision de se mettre à la suite du Christ. Manifestement, le tournant n’est pas encore pris par chacun. Jésus ne tient pas encore assez de place dans chacun de ces cœurs.

En effet, suivre Jésus est exigeant. Le chemin sur lequel le Christ conduit ceux qu’il appelle impose un nouveau style de vie. Cela demande que l’on renonce à beaucoup de choses. Les apôtres qui avaient suivi Jésus avaient tout  quitté: maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs. Un renoncement qui va jusqu’à un abandon total de soi. Voilà pourquoi, à celui qui veut le suivre sans mesurer au préalable les conséquences de son initiative, Jésus prévient qu’il doit mener une vie de nomade et libéré de tout attachement. Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête. Jésus ne rejette pas l’initiative de cette demande tout à fait légitime, mais plutôt il relance le désir, en ouvrant les yeux et le cœur sur le caractère radical de cet engagement. A celui qui a reçu l’appel mais qui veut d’abord ensevelir son père, Jésus le presse à faire le bon choix. Laisse, les morts enterrer leurs morts, toi va annoncer le règne de Dieu. En effet, au regard de l’essentiel qui est le royaume de Dieu, les choses mortes, les obligations stériles ne sont plus actuelles. Seul Jésus est vivant, c’est à lui qu’il faut venir et s’attacher pour connaître la vie en abondance, celle que Dieu veut pour nous.

Dans sa réponse au troisième homme, Jésus nous invite à aller toujours de l’avant dans notre vocation. Il nous faut toujours mettre notre foi en pratique, sans faire demi-tour, afin de faire sa volonté. Et, il est plus urgent de se mettre en route maintenant. A l’appel reçu, la réponse à donner doit être immédiate et radicale. On comprend que Jésus tient volontairement des propos excessifs pour nous faire comprendre combien vouloir le suivre est exigeant et suppose de renoncer à tout ce qui nous empêche d’être léger et libre pour la route. En effet, il y a des situations, beaucoup de situations qui peuvent nous empêcher de suivre le Christ. Vouloir accorder notre vie à ce qui nous paraît primordiale, la vie aux côtés du Christ, ne peut se faire que par une décision résolue, personnelle et libre. Pour cela, il faut pouvoir repérer décidemment ce qui dans notre vie est un obstacle pour suivre le Christ. Au regard de l’essentiel, le reste passe au second plan.

Pour suivre Jésus, il faut s’attacher à lui. Lui faire confiance. Sommes-nous prêts à le suivre jusqu’au bout? Qu’est-ce qui nous distingue de ces trois hommes ? Ou tout simplement, ne constatons-nous pas qu’il y a un peu de chacun de trois en nous? Là où Jésus se fait exigeant, il nous faudra résister, tenir bon. Le danger pour nous est d’abandonner lorsque l’exigence est trop grande. C’est le lieu de découvrir le sens de notre vocation et la plénitude de notre vie. Nous ne pouvons pas être des disciples sans suivre le Christ de très près ; et cela nous exige beaucoup.

Un moine de l’Eglise d’Orient parlant de la suite du Christ disait : « D’abord : ne pas être là où Jésus n’est pas, ne pas aller où il ne saurait aller. Puis aller là où il va. Y aller avec lui. Ne pas suivre à distance, mais près de lui. Ne pas prétendre le devancer et aller plus vite que lui. Marcher derrière lui, humblement. Ne pas se préoccuper d’autre chose que de suivre ».

C’est à cela que nous sommes appelés en ce dimanche. Suivre le Christ pour être son disciple, c’est opter de faire du chemin avec lui. Et le chemin avec Jésus est un engagement constant, exigeant et pas toujours glorieux. Le disciple devra contempler tous les jours la vie du maître et non pas seulement se limiter à la fascination que provoquent ses enseignements.

Pour être disciple du Christ, les fanatiques, les simples admirateurs n’ont pas de place car ils ne mesureront pas les exigences de la vie nouvelle en Jésus. Le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête. On s’aperçoit que l’aisance matérielle et le confort ne sont pas à portée de main. La vie inconfortable de nomades que Jésus propose à qui veut le suivre, voilà ce qu’un simple admirateur de Jésus ne saurait imiter ou qu’il n’imiterait pas longtemps. Dans l’ordre de la relation avec le Christ, il ne suffit pas seulement d’être séduit pour un instant, il faut encore se laisser séduire pour de bon. L’enjeu est bien plus grand qu’une simple fascination: il s’agit de s’ouvrir aux exigences de la vie du Christ. Bien sûr, pour y parvenir, il ne suffit pas toujours d’envisager la vie ordinaire. Ce que le Seigneur nous demande, c’est la fidélité à l’infini, le suivre jusqu’au bout. C’est en suivant le Christ que nous retrouvons les vraies raisons de vivre et la mort n’a plus de place.

Le chemin pour suivre le Christ peut nous paraître déconcertant et susciter même de l’amertume. Mais soyons rassurés, le fils de l’homme, lui qui n’a pas d’endroit pour reposer sa tête, c’est lui aussi qui nous appelle et qui nous dit : venez à moi vous qui peinez et moi je vous donnerai le repos.

Si Jésus nous appelle à le suivre, c’est parce qu’il voit notre présent et considère notre avenir. Sommes-nous assez prompts pour répondre à son appel ? A travers cet appel, Il nous dit, le moment du salut est arrivé. A la suite de Jésus, nous serons sauvés. Alors, nous est-il possible de vouloir toujours ce que le Seigneur veut pour nous ?

Notre cœur, c'est comme un village, avec ses peines et ses joies, lequel peut refuser ou accepter de recevoir le Christ. Mais aujourd’hui, faisons de notre cœur non pas un village qui attirerait la colère des cieux parce qu’il refuse d’accueillir Jésus, mais ce village où la rencontre est réelle avec le Christ, une rencontre fructueuse où l’amour pour lui s’élève à la hauteur de l’appel qu’il nous adresse. Suivre Jésus requiert de ne rien lui préférer, de se détacher librement et avec joie de tout ce qui retient d’aller avec lui vers le Royaume. C’est le chemin d’une juste alliance.

 



 

fr. Antoine Tingba o.p.


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