Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Une bonne Question : « Est-ce que peu seront Sauvés ? »

T.O. Année C - 21ème  dimanche 

Fr. Benoît-Joseph Colonval, dominicain

Une bonne question : « Est-ce que peu seront sauvés ? ». Cette question rejoint une autre question que saint Dominique posait au Seigneur : « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? ». L’une et l’autre question posée à Dieu revêt une pointe d’angoisse quant au salut et à la possibilité pour les hommes de se perdre.

Contre le mal et le péché à l’œuvre dans le cœur de l’homme, devant une humanité qui refuse habituellement la lumière et qui semble devoir s’éloigner toujours plus de Lui, Dieu semble impuissant à réaliser son dessein de salut pour tous les hommes. Ne veut-il pas, il nous l’a dit tant de fois, que tous les hommes soient sauvés ? N’a-t-il pas ouvert ses entrailles de miséricorde ? N’a-t-il pas sauvé, une fois pour toute, l’humanité toute entière par la Passion et la Résurrection de son Fils en sorte que tout homme puisse trouver en lui la source de la vie, et la rémission de ses péchés. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils […] afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16). Et tant choisissent de ne pas croire, et de vivre de ce fils. Tant choisissent de s’en aller vers la mort et le néant. Le Banquet du Royaume est si accessible, comme une immense table ouverte, où chacun est invité à venir se rassasier des biens les plus magnifiques, des mets les plus délicats pour des réjouissances éternelles. Jésus le dit au moment où il se donne lui-même en nourriture « Ceci est mon sang qui est versé pour beaucoup » (Mt 26,28). Et pourtant tant d’hommes affamés se tiennent tout à côté et refusent d’entrer dans la salle. Ils déclinent de le toucher du doigt. Le salut éternel est offert à tous, mais tous n’entrent pas.

 

Alors que faut-il en penser ? Tout d’abord que l’idée selon laquelle tous les hommes seront sauvés, indistinctement, quoiqu’ils fassent, quelles que soient leurs vies, au nom de l’amour infini de Dieu et de sa Miséricorde inlassable, est une dangereuse fiction qui n’a rien d’évangélique.

A la question de l’homme « Est-ce que peu seront sauvés ? », Jésus répond que « beaucoup » ne pourront pas entrer, ne passeront pas par la porte étroite à travers laquelle il nous invite, tous, chacun, personnellement à passer. Ou plutôt, à concourir pour obtenir de passer, à combattre pour gagner. Car en vérité, passer la porte du salut n’est pas en notre capacité, il faut compter sur Dieu seul. Le salut pour nous n’est pas facile, il est même impossible. Et Dieu voit nos combats ! Ils ont tant de valeur à ses yeux que les voyant, Il nous donnera le salut gratuitement.

 

Dieu organise le banquet du salut avec les restes, et c’est ceux qui restent, les rescapés, qu’il comble de ses bienfaits. C’est un message constant de l’histoire d’Israël. Le Seigneur déploie sa puissance de salut et de restauration à travers le « petit reste » de ceux qui, envers et contre tout, demeurent fidèles à sa parole, et qui choisissent de ne pas se laisser emporter avec la masse de ceux qui préfèrent la voie qui entrainent loin de Dieu, jusqu’à la séparation ;  qui ne se laissent pas bouleversés par le cours du monde désorienté vers les épouvantails de liberté, vers les succédanées de bonheur ; vers les amours « bas de gamme » ; qui ne se laissent pas attirer par les parfums artificiels qui flottent dans l’air du temps. Et cela demande du courage, cela demande de la volonté, cela demande de la persévérance, cela demande de la lutte, au fond cela demande beaucoup d’amour véritable pour rester droit dans ses bottes, et se laisser sauver par le Dieu d’amour. Et il nous faut priez du fond de notre compassion, comme saint Dominique, pour tous ceux qui risquent bien de se perdre.

 

La porte du salut est petite. Elle est en effet « étroite », et il est possible de ne pas la voir. Il est possible de la voir et de se dire : « elle est trop petite comment y passer ? Autant faire ce m’est facile même si ça me conduit nulle part ». Il est possible de la voir et se dire « trop pénible pour le moment », « me convertir maintenant, laisser la grâce de Dieu transformer ma vie aujourd’hui, non c’est trop dur ! Attendons demain ! En attendant, profitons de la vie et donnons libre cours à nous-mêmes ». « Ce Dieu est exigeant, laissons le tomber, il sera bien tant, s’il y a un Dieu, de nous arranger avec lui, puisqu’il parait que, s’il y a un Dieu, il est tout amour et laisse tout passer ». Vous l’avez entendu comme moi, ces hommes qui n’entreront pas, ce n’est pas parce que la porte serait trop étroite pour eux et que leurs dimensions les en empêcheraient. Non, ils n’entreront pas parce qu’ils décident d’entrer une fois que la porte s’est refermée. Ils ont entendus l’Evangile, et ont pourtant persévéré dans le mal. Ils ont manqué le temps de la grâce. Ce temps, ce ne peut être que le moment présent. Le Seigneur est proche. Aujourd’hui, convertissons-nous au Seigneur, laissons le salut du Christ pénétrer nos vies. Demain, c’est toujours trop tard.

fr. Benoît-Joseph COLONVAL op


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