Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Fête de l'Assomption  -  Jeudi 15 août 2013, Bordeaux, église Saint-Paul des Dominicains

Prédication du Fr. Antoine-Marie BERTHAUD, o. p.

 

LA GLOIRE DE MARIE !

 

            Le 1er novembre 1950, le Pape Pie XII déclarait solennellement que « l'Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre a été enlevée en son corps et en son âme à la gloire céleste ».

            On disait à l'époque que cette déclaration du dogme de l'Assomption de la Vierge Marie n'allait pas faciliter les relations oecuméniques. Nos frères orthodoxes ont en effet en horreur les déclarations dogmatiques, pour des raisons que l'histoire nous révèle plus politiques que doctrinales. Nos frères protestants, de leur côté, s'inquiètent toujours de notre exaltation de la Vierge Sainte qui, selon eux, la ferait passer au premier rang avant même le Christ. Et pourtant... l'Eglise d'Orient ne nous a-t-elle pas précédés en célébrant très tôt ce même mystère de l'Assomption sous le nom de « Dormition de la Vierge Marie » ? Et Luther, ne réclamait-il pas de ses fils, lors d'une prédication l'année de sa mort, une foi aussi aiguë en la Vierge Marie lorsqu'il proclamait que Marie « vierge avant la conception et l'enfantement, l'est restée à l'enfantement et après l'enfantement » ?! Finalement nos frères séparés seraient-ils plus catholiques que nous ? Cela nous incite, frères et sœurs, à entrer plus avant dans ce mystère de l'Assomption.

            De quoi s'agit-il ? Marie est montée jusqu'à la gloire du Ciel ! L'Apocalypse nous dit « une femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles ». Et l'Eglise dans sa prière, notre prière, demande au Seigneur que nous partagions sa gloire, la gloire de Marie ! Voilà ce que nous fêtons : la gloire de la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu !

            Cette fête embrasse dans un même élan les deux derniers mystères qui clôturent notre prière du Rosaire, parachèvement de l'histoire de notre salut ; je veux parler des mystères glorieux de l'Assomption et du Couronnement de Marie au Ciel. Quelle est donc cette gloire dont bénéficie de manière unique cette femme, en tête de toutes les créatures et de tous les saints ?

 

            Nous devons dire tout d'abord que son titre de gloire lui vient essentiellement de Dieu, du Seigneur Jésus. Oui, la gloire de Marie, nous la tenons de la volonté même de Dieu. En Marie, Dieu s'est fait chair et pour cela, l'ayant saluée ainsi "je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous", « il s'est penché sur son humble servante ». Et c'est ainsi qu'elle est reconnue et déclarée "Mère de Dieu". La cousine Elisabeth s'exclame : « Comment ai-je le bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ! ».

            Et l'Eglise comme en écho, continue de s'adresser à Marie en sa maternité divine sous les vocables de Mère de Dieu, Mère du Christ, Mère du Créateur et Mère du Sauveur, Miroir de la sainteté divine, Siège de la Sagesse, Demeure de l'Esprit Saint, Demeure comblée de gloire... Autant de résonances qui nous décrivent la gloire de Dieu en Marie, cette royauté dont son Fils bien-aimé la couronne au coeur de la Sainte Trinité ! Quelle gloire, mes amis !

 

            Nous pouvons dire ensuite que son titre de gloire, Marie le reçoit de l'Eglise. Une gloire qui lui vient du Corps mystique de son Fils qu'est l'Eglise. Celle qui a donné un corps au Fils du Très-Haut, poursuit-elle son oeuvre d'enfantement à la vie divine en ceux-là mêmes qui sont membres du Corps mystique de son Fils Jésus. Mère de Dieu, figure de l'Eglise, Marie devient la mère de tous les hommes dans l'ordre de la grâce. C'est par elle désormais que l'Esprit Saint agit. N'est-ce pas à l'occasion de la salutation de Marie à sa cousine qu'Elisabeth fut remplie de l'Esprit Saint et que l'enfant a tressailli d'allégresse en son sein ?

            Et l'Eglise de continuer ainsi à invoquer sa maternité de grâce sur l'humanité en quête de salut : Mère de l'Eglise, Arche de l’Alliance, Mère de la divine grâce, Vierge puissante, Porte du Ciel, Reine des Patriarches et des Prophètes, des Apôtres et des Martyrs, Reine des Confesseurs, des Docteurs et des Vierges, et de tous les Saints... Comme autant d'invocations à la gloire de Dieu en Marie qui agit au coeur de l'Eglise « sur la terre comme au Ciel » ! Quelle splendeur, mes amis !

 

            Enfin il nous faut dire que le titre de gloire de Marie est un culte auquel nous nous devons. Ce culte, précise le concile Vatican II, est essentiellement différent du culte d'adoration rendu à Jésus, Dieu le Fils, ainsi qu'au Père et à l'Esprit Saint. Mais par son caractère absolument unique, ce culte de dévotion et de vénération est éminemment apte à servir ce culte divin (cf. LG 66). Et c'est sûrement ce que nous faisons ce jour en pareille solennité ! Prier Marie, l'aimer, la vénérer, c'est non seulement prier la Mère de tous les hommes, mais c'est aussi recevoir Celle que le Seigneur nous a donnée comme Mère à chacun d'entre nous. De manière unique, comme à saint Jean au pied de la Croix. Alors si un jour, l'épreuve, la solitude, la souffrance ou le désespoir nous accablent, si par malheur nous avions délaissé la présence du Seigneur (comme par exemple tous les dimanches à la messe), déserté sa miséricorde infinie (comme par exemple la confession régulière de ses péchés au prêtre), n'oublions jamais que Marie est Celle qui tient bon au Golgota, debout auprès de la croix et qui maintenant au Ciel continue sa mission d'avocate et de mère pour nous obtenir les dons nécessaires au salut, revenir à Dieu et rester fidèle.

            Et l'Eglise de supplier Marie jusqu'au retour de son Fils dans le combat contre Satan, l'antique Serpent et son oeuvre de mort : Tour de David, santé des malades, terreur des démons, refuge des pécheurs, consolatrice des malheureux, secours des chrétiens... ! Quelle merveille, mes amis !

 

            Oui, Vierge Marie, nous te louons et te bénissons, car ton Assomption te fait participer déjà de manière unique à la résurrection de ton Fils, et nous donne à contempler par anticipation notre propre résurrection !

            Gloire de Dieu, gloire de l'Eglise, gloire du chrétien, ô ma Mère ! Puis-je t'aimer autant que ton propre Fils ne cesse de t'aimer ! Alors je comprendrai ce que tu ne cesses de chanter dans la joie sans fin de l'Esprit Saint :

« Toutes les générations me diront bienheureuse ».

C'est cela ta gloire, ô Vierge Marie, que nous fêtons aujourd'hui !

 

fr. Antoine-Marie BERTHAUD op


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