Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Qui est le BATMAN ?
                Homélie du frère Paul Marie Cathelinais, o.p. ‘Luc 16, 1-16

 « Faîtes vous des amis avec de l’argent malhonnête » ! Curieux, n’est-ce pas ? Et pourtant si séduisant ! avant même Robin des bois, et à l’instar d’Arsène Lupin, Jésus invente pour notre plus grand plaisir de petit garçon, le concept du gentleman cambrioleur, du « rusé comme un serpent » qui fait du bien aux autres (surtout aux plus faibles) en pratiquant quelques injustices ? Finalement elle est assez sympathique cette parabole. La question d’ailleurs n’est pas « pourquoi Jésus frise avec l’immoralité ? », mais comme dans toutes les histoires de super héros, la question essentielle est : qui se cache derrière le masque ? Qui peut bien être cet intendant malhonnête ? Qui est le Batman ?

Eh bien puisque nous sommes des fils de lumière, je me dois de vous le dire : « c’est moi ! » Ou plutôt c’est le prêtre à travers moi, et précisément le confesseur qui remet les dettes sans les faire payer ! Or, précisément, le confesseur c’est Jésus. En fait ! dans cette parabole, Jésus lui-même se met en scène. Comme dans la parabole, il est dénoncé comme injuste « cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » ; il sera d’ailleurs crucifié comme un malfaiteur. Comme dans la parabole « sur la croix en effet il a supprimé la cédule de notre dette.» Sur la croix, il prend sur lui nos iniquités, « il se fait péché pour nous, pour que devenions justice de Dieu. » L’argent malhonnête c’est la miséricorde qui s’est joué de la loi ancienne. L’argent malhonnête, c’est donc la grâce par laquelle il fait de nous ses amis « alors que nous étions pécheurs ». Voilà le saint voleur ! L’Arsène Lupin de l’histoire sainte, c’est Lui. Le sermon pourrait se finir là ! La parabole est comprise ; 2 précisions cependant pour éviter quelques malentendus !

Primo nous sommes fondamentalement débiteurs!  « Je vous demande de m’aimer du même amour dont je vous aime » dira notre Seigneur à sainte Catherine de Sienne. Or, « en vérité vous ne le sauriez faire complètement ». En effet, comme je vous ai aimé le premier « tout amour que vous avez pour moi est une dette que vous acquittez, non une grâce que vous me faîtes, tandis que l’amour que j’ai pour vous est une faveur que je vous accorde mais que je ne vous dois pas ». Autrement dit, la dette est à jamais insolvable. Notre réponse d’amour est comme la somme que nous donnons à la quête : une misère (évidemment pas à saint Paul !). Seul Jésus parce qu’il est Dieu pouvait rendre parfaitement à Dieu. Nous sommes comme un petit enfant qui a cassé un carreau. Comme il ne peut pas payer, c’est le grand frère, qui vient devant la maîtresse régler la dette. On imagine aisément l’enfant caché derrière les jambes de son grand frère sourire alors à la maîtresse. De même au « Per ipsum », au « par Lui, avec Lui et en Lui », nous sommes avec Lui comme la brebis affaiblie par son péché, portée sur les épaules du Bon pasteur. Jésus nous monte alors vers la lumière. Mieux encore c’est « en Lui » que nous sommes, enveloppés dans son Esprit d’amour, cachés dans ces saintes plaies, demeurant dans son amour. Quand tout nous accuse, son cœur est alors notre refuge, comme dans une bulle. Avec Lui, par Lui et en LUI : Là tout est Amour.

Deuxième précision. Dans la parabole, l’intendant qui a beau être malhonnête ne l’est pas totalement. Il ne remet pas tout. Tu dois 100 ? écris 80 ou écris 50 ! Pourquoi pas trente ?  Pourquoi pas rien ? Après tout, « la miséricorde se moque du jugement » nous dit l’écriture : et c’est vrai ! Mais la miséricorde ne détruit pas totalement la justice car le pardon aime la justice. C’est même le signe que le sentiment d’être pardonné vient de Dieu : quand nous voulons réparer. La justice est en effet une qualité et son contraire est un défaut. La miséricorde fait donc justice mais pas comme la police de Manuel Valls ; elle ne brise pas les gens, elle le fait en douceur ! Les psychologues se méfient parfois du langage de la dette. Trop écrasant ! Présenter la morale comme une dette peut en effet vous obliger comme le fisc et l’huissier de justice. Les rapports sont alors oppressants et nous cherchons vite à nous dérober. Mais si nous recevons tout comme un cadeau gratuit, alors notre cœur se met à bouillonner de vie. Essayez maintenant ! Reçois ta vie comme un cadeau, cette miséricorde comme un cadeau, tes dons comme un cadeau, ta présence ici comme un cadeau : tu auras envie je te le promets ! non de payer platement mais de donner et de donner beaucoup. Non pas de rembourser mais d’offrir. D’être une « petite offrande de gloire ! » souhaitait Elisabeth de la Trinité. « On se reçoit en cadeau, dit Claude Bruaire (philosophe du don) pour donner, et pour donner la possibilité, la capacité de donner à son tour ». Voilà pourquoi il nous faut écrire 80, et non pas trente ; 50 et non pas rien ! Car si nous arrivons les mains vides, le pardon nous rend les mains pleines ! Nous étions débiteurs, nous voici riches pour les autres !

Concluons ! « Comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » se demande le psalmiste devant l’ampleur impossible de la tâche. Réponse de Jésus à Catherine : « Je vous ai placé à côté de votre prochain, pour vous permettre de faire pour lui ce que j’ai fait pour vous : l’aimer par grâce et avec désintéressement, sans en  attendre aucun avantage ; je considère alors comme fait par moi ce que vous faîtes au prochain.» « Faîtes vous des amis avec l’argent malhonnête » veut donc dire : « pardonnez et vous serez pardonnés », aimez et vous serez aimés, « donnez et vous recevrez », consolez et vous serez consolés, « c’est avec la mesure dont vous servez pour les autres qu’on mesurera aussi pour vous ! vous recevrez alors une mesure bien pleine, débordante, en votre sein !» Autrement dit, « qui donnera un verre d’eau à l’un de ses petits en sa qualité de disciple, recevra en récompense la vie éternelle ». « Il faut gagner son ciel » disaient nos grands-mères ! « mais nos actes sont minuscules » disaient leurs fils nos pères. « Ils n’ont pas tort», dit Jésus, mais la grâce les rendra à hauteur de Dieu ; voilà la ruse ! C’est la grand-mère qui a raison !  Si tu veux récolter beaucoup (la joie, la paix et la lumière éternelle) il te faudra semer un peu. 

frère Paul Marie Cathelinais, op


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