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« Comment l'Unique aurait-il un Fils ? »
Messe du jour,  Noël 2013, sur He 1, 1-6 ; Jn 1, 1-18
 
Au nouveau-né tout doit paraître immense. Dans son regard encore flottant se reflètent tour à tour le visage de sa Mère, la buée de la respiration des animaux, les mains de Joseph, ces murs, cette étable, et le ciel, cet infini ciel d'hiver avec l'étoile qui le suit, tel un regard du Père. L'immensité qui se penche sur lui. Tous ces êtres qui flottent autour de lui, dont il sent la chaleur et le froid, la dureté et la douceur et qui semblent être animés d'une seule question : comment l'Unique aurait-il un Fils ?
Regardez, les anges : forts, vaillants, lumineux. Impassibles. Si supérieurs à nous, qui ne sommes qu'un peu de chair, ces anges, ces immortels s'inclinent devant ce bébé. Oui, on nous dit être fils de Dieu, mais seulement parce que nous ressemblons quelque peu à Lui, le Fils. Nous sommes tirés du néant, lui est toujours. C'est de sa vie que nous vivons, de sa lumière que nous resplendissons, et voilà que notre maître vient parmi ces mortels. Tel est son bon plaisir. Qui serait assez orgueilleux pour ne pas l'adorer ? Et le sourire de l'Enfant-Dieu résonne à travers tous les chœurs des anges.
La terre, dans le frémissement des êtres innombrables qui la peuplent, semble répondre aux anges : Ancienne, lourde, opaque, je le suis. Mais Celui qui m'a faite, m'a donné forme, mesure et rythme, il m'a rendue habitable et belle. Comment puis-je tenir dans ma grotte Celui qui me tient dans sa main ? Toute ma splendeur ne peut pas le dire et voilà que le Verbe qui dit tout dort en mon sein. S'il faut que je passe un jour, anéantie par le péché des hommes, s'il faut que je disparaisse devant le Visage de Celui qui viendra juger l'univers, ne disparaîtra jamais cette nuit où mon Créateur m'a vue pour la première fois avec les yeux d'un nouveau-né. Et il m'a vue belle, belle ! Et le sourire du petit attendrit la nature.
Venons, venons nous aussi à la crèche. Arrêtons-nous devant elle. Déposons pour quelques instants tous nos tracas, et même nos joies. Regardons bien. Dieu a quelque chose à nous montrer. Écoutons bien, il a quelque chose à nous dire.
Nous avons reçu notre vie. Aussi grands et importants que nous sommes à nos yeux, nous restons fort peu de choses. En comparaison avec un ange nous ne sommes qu'une étincelle devant le soleil. A côté de la profusion de la nature nous ne sommes qu'un petit souffle qui passe. Mais lorsque nous nous penchons avec tendresse et simplicité vers le nouveau-né de Bethléem, il nous voit immenses. Nous avons de la valeur à ses yeux. C'est pour nous qu'il est venu. Devant ses membres minuscules, devant sa faiblesse, sa vulnérabilité, certes un orgueilleux peut s'écrier : comment l'Unique aurait-il un Fils ? Dieu peut-il se faire un bébé ?
Mais, ma foi, s'il ne le peut pas, à quoi bon sa toute-puissance ? S'il ne peut être tendre, comment pourrais-je admirer sa grandeur ? S'il ne peut pas se dire, se donner, s'il n'est pas le Père qui se livre tout entier en son Fils, s'il n'est pas le Fils qui se reçoit tout entier de son Père pour se donner en retour, s'il n'est pas cette ardente respiration d'amour, s'il n'est pas la Trinité qui nous sauve, mais juste un tyran solitaire, sans parole, sans Fils, sans tendresse, sans bienveillance, comment cet Unique-là serait-il Dieu ?
L'immensité du monde contemple en ce jour cet enfant. Nous le portons dans nos yeux, nous le garderons dans nos cœurs. Si nous nous demandons « comment l'Unique aurait-il un Fils ? » ce n'est pas pour le contester, mais pour l'adorer, pour l'admirer. Nos questions, nos prières, nos paroles bourdonnent autour de cet enfant et le bercent. L'enfant seul ne dit rien. Il fait ce qui lui convient de faire. Il dort. Il nous aime.

fr. Pavel SYSSOEV, op


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