Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Le sel et la lumière, se cacher, être vu.
L’apôtre ou le jeu du Coucou 

Je me souviens qu’au seuil de ma vie d’adulte, je reçus en plein cœur, au pied de la Tour Eiffel l’appel d’un saint, Jean Paul II : « Vous êtes la lumière du monde et le sel de la terre ». Quelle joie de découvrir ainsi pourquoi on vit ! c’est toute ma génération, qui était invité par ce grand saint prêtre, à construire pour le millénaire (et non pour 2017, ni même pour ce siècle) la civilisation de l’Amour. Notre vie banale et nos banales journées des 80 ans que nous aurions à vivre reposaient ainsi dans les divines Mains d’une histoire éternelle. Nous avions à nous battre de haute lutte. Génial ! car aurait dit Victor Hugo : 

« Ceux qui vivent ce sont qui luttent ; ceux
Dont un grand dessein emplit l’âme et le front, 
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime(…) 
Ceux la vivent Seigneur ! Les autres je les plains 
Car de son vague ennui le néant les enivre 
Car le plus lourd fardeau c’est d’exister sans vivre. » 

Nous avons de la chance, mes frères : nous vivons ! Parce que nous luttons ! A ceux qui se désespèrent d’être devenue une minorité, Benoit XVI rappela dans l’avion qui le conduisait en Tchéquie, l’immense valeur d’une minorité créative : « Ce sont les minorités créatives qui déterminent l’histoire. En ce sens, l’Église catholique doit être considérée comme une minorité créative, avec un héritage de valeurs qui ne sont pas dépassées ! » Jean Pierre Denis, directeur de la Vie Catholique, décrit ainsi le passage d’un christianisme de cafétéria (où l’on prenait un peu ce que l’on voulait) à celui de ma génération qu’il appelle des catho-plus qui prennent tout, surtout Jésus. Il parle d’un christianisme attestataire, et non contestataire, qui surplomberait de haut une société qu’il mépriserait. Il ne voit pas non plus un christianisme réactionnaire qui se retirerait définitivement de la société, faisant de nous une vulgaire secte de plus, sorte de jansénisme sous-cultivé ou de catharisme jouisseur. Il décrit plutôt un christianisme qui « est une affirmation positive de ce que nous croyons, dans une société dans laquelle nous participons.» Affirmer et Participer. Participer en civil, en laïc, comme tout le monde, car le sel n’a de sens que s’il se mêle carrément aux aliments. Participatif à égalité mais affirmatif de vérités positives, car pour saler, le sel doit éclairer… Il faut le sel et la lumière, l’exemple et la parole, la vie dans l’esprit et la vie dans le monde. Il faut le retrait et l’engagement, la prière et le témoignage. Bref, il faut jouer à coucou ! Comme les enfants. « COUCOU ! » Fermer les yeux tout en étant présent et au moment bien choisi attirer l’attention ! Non pour faire rire, mais pour donner l’Esprit. Se cacher, sans se cacher vraiment. Se retirer un peu du mouvement frénétique du progrès, faire un pas de côté comme le torero, pour voir plus loin, plus haut et pour changer vraiment, et dès maintenant les choses ! Etre vu, se cacher, témoigner, travailler et prier, toujours aimer. 

Se cacher d’abord ! Dans la mer ce qui est le plus important, ce n’est pas la surface, c’est le travail des profondeurs. La tectonique des plaques commencent à un grand niveau de profondeur. Il faut donc s’atteler à un travail de fond. Etre sel, c’est se situer à un certain niveau de profondeur. Il y a bien sûr la profondeur de la culture, comme les veilleurs qui en lisant les grands classiques opposèrent une résistance non seulement pacifique, mais surtout ferme et durable. Plus sérieusement, il y a ceux qui militent pour une école plus catholique ; il y a aussi les courageux parents de nos nombreux enfants. Oh, ils ne passent pas dans les médias, ni dans Sud-Ouest, mais ils éduquent l’avenir. Au fond, tous, célibataires, vieillards, jeunes, il s’agit de fleurir là où Dieu nous enracine. Etre caché, surtout, c’est pratiquer ce que j’appelle une hygiène de l’espérance. En se retirant, par une certaine écologie de l’information, abandonner de temps en temps Windows, et la fenêtre de la télévision, pour le rectangle doré qu’on appelle un tabernacle. « Tout pourra s’écrouler, dirait Marthe, mais au final, il restera JESUS ! » Autrement dit, vous pourrez vous mettre en colère, vous indigner, on vous méprisera quand même ; pire ! à vos propres yeux, vous resterez en marge. « Si le sel vient à s’affadir avec quoi le salera t on ? Il n’est plus bon à rien et les gens le piétinent ». Si, en revanche, nous retrouvons Dieu au centre de nos âmes alors nous comprendrons que nous sommes au centre, au centre de l’Histoire, de notre histoire personnelle, mais aussi familiale, comme de notre histoire nationale. Le sel se conserve dans la prière, dans le cœur de Jésus, dans cette Eglise, dans des communautés vivantes, petites peut-être mais qui tirent leur autorité d’une vie chrétienne concrète, authentique, simple, mais vraie. Elles vous permettront de cacher Jésus au fond de vos cœurs comme ses peluches ou ses poupées assises sur un ressort qu’on presse dans une boîte, prêtes à surgir à tout moment pour donner de la joie ! COUCOU ! 

Mes frères, vous n’avez pas le choix ! Il vous faut témoigner. C’est une nécessité d’amour. Un torrent d’amour ne peut se contenir ou alors il s’épuise. Si vous retenez l’Esprit qui est en vous, il deviendra une eau stagnante. Avec le temps, l’eau des étangs est vraiment Imbuvable ! La lumière de Dieu est comme celle de nos vélos, il faut pédaler pour qu’elle nous traverse. Seuls les actes de foi et d’amour la font vivre. Dès que j’arrête d’aimer Dieu et mon prochain, la source se tarit ou s’ensable. Témoigner comme aimer est donc vital ! Comment ? Jean Pierre Denis nous confie qu’il en a fait l’expérience : « Le métier n’est sans doute pas le lieu pour témoigner, mais il y a des situations, des situations fortes, où l’être humain attend de nous profondément une parole ». Il pense à la naissance, à l’amour, à la mort, à la souffrance où nous avons une parole chrétienne à dire. Chrétienne ! Pas celle d’une réclame de plus, où tout irait bien : c’est faux ! ça c’est de la pub ! Vous avez entendu saint Paul ? Non pas le langage du monde mais celle du crucifié. C’est à partir de nos croix qu’il faut parler. Nous dirons alors une parole de Pauvre à des pauvres. Ca c’est du vrai ! c’est du concret. Nos nombreuses épreuves seront alors fécondes, et notre petite prédication, douceur dans nos douleurs. Devenons pour nos frères, simple lumière de foi dans leur nuit. 

Mes frères, n’hésitez pas ! Vous avez en vous les paroles de la Vie ! Des paroles aimantes, des paroles douces, des paroles fortes, des paroles d’espérance ! Parlez de politique si vous voulez, organisez des manifestations (bien !), mieux, faites de la philosophie, de la psychologie ou de l’économie, abreuvez vous de poésie, soutenez les conférences, les projets scolaires et universitaires, mais je vous en prie, ne perdez pas votre temps : faîtes tout cela à partir de Dieu. Soyez de Dieu ! Avec Dieu, en Dieu. 

Frère Paul Marie CATHELINAIS, o.p.


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