Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Qui aime accomplit la loi

fr. Antoine TINGBA, dominicain

Dans le sermon que Jésus a prononcé sur la montagne, on retiendra en particulier l’énoncé des béatitudes. Une nouvelle façon de présenter le chemin vers le vrai bonheur. Jésus a voulu apprendre à ses disciples à se centrer sur l’essentiel. Mais comment faire le lien avec la tradition juive issue de la Torah, longuement proclamée et développée par  les prophètes, et transmise de génération en génération,  en toute fidélité au livre de deutéronome qui prescrivait cette obligation: Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront gravés dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse..? Et Jésus vient de le confirmer en disant, seront jugés grands dans le royaume des cieux, ceux qui observeront  les seuls commandements de Dieu.

Le langage de l’Ecriture, celui de la Torah, Jésus en était nourri constamment. Il le cite abondamment dans les évangiles. Jésus n’est pas venu abolir la loi. Son enseignement s’inscrit dans la fidélité à cette loi. Il ne la complète pas, il ne l’abroge pas, Il l’accomplit. Le nouveau testament accomplit l’ancien et ne peut pas en être séparé.  A l’ancien, une vie nouvelle est donnée, dans une sorte d’accomplissement, d’achèvement. Jésus va nous en donner quelques exemples dans la suite du sermon sur la montagne. Vous avez appris qu'il a été dit : moi, je vous dis. C’est la même et unique parole de Dieu qui a été dite à Moïse, en Jésus elle se fait chair, elle prend corps. La loi n’est plus seulement extériorisée, mais intériorisée.

Rien n’est changé dans la loi. Pas même un seul trait, nous dit Jésus. Quand Jésus nous dit qu’il est venu accomplir la loi, cette loi se résume à l’amour. Il a aimé jusqu’au bout. En effet, lorsque le jeune homme de l’évangile vient lui poser la question sur le premier des commandements, Jésus répond en reliant de façon indissoluble deux passages de l’ancien testament: celui qui ordonne d’aimer Dieu de tout son être, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit et celui demandant d’aimer son prochain comme soi-même. Jésus n’en fait plus qu’un seul commandement : Aimer Dieu et le prochain. Seul importe désormais le commandement de l’amour. Cet amour n’est pas un simple sentiment ou un désir, c’est un choix volontaire que nous sommes invités à faire pour la vie même, la vie éternelle offerte par Dieu. Le commandement de l’amour accomplit toute la loi et rend tout autre sacrifice inutile.

Tout ce qu’il y a dans la loi l’a été pour aider les hommes à entrer dans la relation d’amour avec Dieu. Relation d’amour dans laquelle Dieu nous précède et nous attend.  C’est Dieu le donateur et le maître de la loi, et ce n'est que dans la communion personnelle avec Lui que la loi est accomplie. Il n'y a pas d'accomplissement de la loi sans communion avec Dieu ; il n'y a pas non plus de communion avec Dieu sans accomplissement de la loi.

Jésus n’invente pas de commandement nouveau. Il accomplit la loi et les prophètes comme le pasteur qui conduit à Dieu. Il accomplit la loi comme celui qui ouvre la porte pour un royaume de paix, de justice, par l’annonce d’un Dieu qui par sa loi ne condamne pas mais libère à tout jamais.  La finalité de la loi donnée par Dieu à Moïse n’était pas d’asservir l’homme à un Dieu puissant qui voulait que l’homme lui obéisse. La loi est prévue pour nous aider à entrer dans le projet de Dieu. Jésus en accomplissant cette loi vient nous apprendre à user de la loi comme une aide à aimer sans nous laisser dominer par elle. En Jésus la loi prend tout son sens, elle réalise son objectif. Et Jésus justement nous révèle que le projet de Dieu est de vivre une histoire d’amour sans fin avec l’homme. C’est Dieu qui en a pris l’initiative, et même si l’homme a du mal à rester fidèle dans ce circuit d’amour, Dieu ne se lasse pas.

Jésus est venu accomplir les écritures, la loi et les prophètes. C’est-à-dire toute l’histoire du peuple élu vient fleurir et s’épanouir en Jésus. Mieux encore qu’au Sinaï, c’est la souveraine autorité de Dieu qui nous parle à travers la loi de l’amour, celle qui surpasse toute loi, tout commandement. Et Jésus insiste sur les conséquences pratiques de ce commandement de l’amour. Le fait de présenter nos offrandes à Dieu n’est jamais séparable de la relation que nous entretenons avec nos frères. Et lorsqu’il y a eu rupture de relation, la recherche rapide d’un nouveau départ dans l’humilité est facteur de paix. Jésus propose une nouvelle justice, une nouvelle perfection d’alliance. Le combat spirituel pour l’amour, nous le mènerons jusqu’à la fin de notre vie. Mais pour y réussir, nous devons mener ce combat avec la force du Christ.

Les préceptes de la loi reçus dans l’ancien testament doivent être mis constamment en perspective avec l’objectif fondamental qui est celui d’aimer. Aimer Dieu, c’est aussi aimer nos frères. Se réconcilier avec Dieu, c’est aussi se réconcilier  avec nos frères. L’accomplissement de la loi que Jésus nous propose ne peut être vécu qu’avec lui, avec sa grâce, avec son amour. Avant sa passion, il donnera cet unique commandement, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Et comment nous a-t-il aimés ? Il nous a aimés même dans la trahison, même dans l’abandon, et jusqu’à la mort sur la croix. Il a porté nos fautes, il a cloué nos péchés sur la croix.

La loi sera accomplie lorsque nous serons entrés librement dans l’amour de Dieu. Et cela n’est possible que par la grâce du salut apporté en Jésus Christ. Ce salut est apporté par sa mort dans la souffrance acceptée pour rejoindre tout homme pécheur. Et aussi par sa résurrection pour assurer la victoire définitive sur la mort et le péché. Résurrection à laquelle nous sommes associés si nous acceptons de nous laisser porter par la puissance de l’amour du Christ qui est accomplissement de toute loi. En effet, c’est grâce à cette relation intime et sincère avec notre Seigneur que pour nous la loi ne sera plus un fardeau difficile à porter, mais un joug aisé et léger. La loi sera déjà inscrite dans nos cœurs et pourra se vivre naturellement. C’est l’amour de Dieu qui nous donnera d’accomplir spontanément et joyeusement ce qui plaît à Dieu.

fr. Antoine TINGBA, o.p.


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