Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

DIEU ou l’ARGENT ?

Fr. Pierre-Alain Malphettes, op -  Temps Ordinaire - Année A, 8ème dimanche

2 Mars 2014 /Mt 6,24-34

… De toutes les façons il faudra tout laisser à la porte du cimetière. Et plutôt que d’être contraint et forcé de tout laisser, ne vaudrait-il pas mieux entrer dés maintenant dans la liberté et le détachement ? A la porte du cimetière, ce jour-là, nous laisserons -sans regret- violences et souffrances ; maladies et ennuis... Qui s’en plaindra ? Personne ne regrettera cela.

 Si nous entrions aussi dans cette attitude qui consiste à s’approcher tous les jours du terme, libre des biens que nous avons du acquérir ; ce terme nous fera approcher du resplendissement de la beauté idéale et promise de nos 33ans acquis par la Résurrection du Christ.

Si notre vie est conduite par l’assouvissement des désirs et des biens du court terme que suscitent le lèche-vitrine, les gondoles des grandes surfaces ; les magazines toujours plus excitants et les vacances sur la Lune, alors nos  caddies débordants ne tarderont pas à se vider parce qu’il faudra à nouveau les remplir.

La satisfaction des désirs et des biens du court terme, ceux de notre existence humaine, ne sont pas mauvais en soi, ils sont mêmes utiles et nécessaires pour notre vie quotidienne ; mais où avons-nous mis notre cœur ?  Dans la recherche de ces satisfactions ? Toujours plus exigeantes ?

Nous faisons tourner ces biens et ces désirs autour de la recherche de l’avoir, de la recherche du pouvoir, de la recherche de la gloire.

 Nous vivons comme si nous ne devions pas mourir, comme si nous avions ici-bas notre demeure éternelle. Mais qui peut prolonger sa vie pour rattraper le temps perdu ? Je vous le demande ?

Le temps perdu ne se rattrape guère, comme dit la chanson. En rester là, c’est se figer dans l’instant qui passe, anxieux d’en perdre quelque chose. En rester là, c’est se fossiliser, se pétrifier.

Ce qui est merveilleux avec l’Evangile, c’est que jamais nous ne sommes abandonnés en cours de route ; c’est qu’il révèle notre identité de pécheurs indécrottables. Mais sans jamais nous écraser.

Dévoilant notre péché, appelé à être pardonné, du coup, il nous dévoile aussi que nous sommes faits pour les désirs et les biens du long terme, c’est-à-dire, ceux qui nous conduisent et nous élèvent dés maintenant à l’éternité ; ceux qui nous conduisent à la communion avec Dieu : la justice, la paix, le service, la dignité…La recherche de la justice, la recherche de la paix.

 Cette recherche à laquelle nous appelle l’Evangile fait respirer notre vie à la hauteur du cœur de Dieu. C’est par cette recherche qu’il faut commencer les choses ; ou qu’il faut les reprendre.

Et c’est là que, avec étonnement quand ce pas est franchi, nous découvrons qu’il n’y a plus ce « matériel », ce que nous affectons de proclamer : « Ah, mon Père, tout ça c’est bien matériel ! », il n’y a plus de contradiction entre les désirs et les biens du court terme, ceux de notre existence quotidienne, et les désirs et les biens du long terme ; car ceux-ci sont mis au service de ceux-là.

Désirs et biens du court terme sont mis au service des désirs et des biens du long terme.  Aussi fugitifs soient-ils, ils sont situés dans la perspective de la Justice et de la Paix, sur l’horizon et de la Justice et la Paix.  Leur acquisition est justifiée sur cet horizon de la Justice et de la Paix. 

Encore faut-il exercer un discernement !

Ces désirs et biens du long terme nous les retrouverons accomplis dans la personne du Christ dans la Gloire du ciel.

Les désirs et les biens du court terme ne sont plus désirés pour eux–mêmes mais pour servir la croissance de la Justice et de la Paix auxquelles le Seigneur nous appelle aujourd’hui. 

La recherche exclusive ou dominante des biens et désirs du court terme pour eux-mêmes érodent fallacieusement les aspérités de notre existence humaine. Ils  nous conduisent dans la douce euphorie ouatée de ceux qui s’appuient sur l’Argent pour conduire leur vie sans dommage. Et qui les rendent inaccessibles aux autres... et les aveuglent sur eux-mêmes et sur les autres.

Mais les aspirations profondes de l’existence humaine auxquelles le Christ a donné chair finissent toujours par se réveiller.

 Voulons-nous réussir dans la vie ou réussir notre vie ?

Attention ! Qu’il ne soit pas trop tard !

Revenons donc à l’Evangile avec quelques questions pour effectuer un discernement car, comme toujours, le péché se cache et se tapis dans l’ombre de nos cœurs.  Et seul l’Evangile et la prière peuvent y mettre leur lumière :

-       A qui est-ce que j’obéis dans ma vie : à Dieu ou à l’Argent ?

-       De quoi -peut-être aussi de qui- suis-je l’esclave ? A quoi suis-je asservi ?

-       «  Ah ça…. ! Je ne peux ab-so-lu-ment pas m’en passer…. On peut tout me demander mais ça… NON ! ; et puis finalement ce n’est pas si grave…. » Oui, c’est vrai, sans doute…… sauf que ce domaine intouchable pourrit la vie des autres.

-       Qu’est-ce qui me fait vivre ? A quoi est-ce que je demande la vie ?

Les idoles peuvent aussi être nobles : par exemple la qualité de vie des enfants pour lesquels je choisis toujours le meilleur.

Les choses ne sont pas toujours  tranchées au couteau, du moins en première apparence. Mais de quel côté penche donc la balance ? Plutôt du côté de l’acquisition des désirs et des biens du court terme ou plutôt du côté des biens du long terme.

Alors, frères et sœurs, c’est DIEU ou l’ARGENT ? La réponse vous appartient …

 

fr. Pierre-Alain MALPHETTES o.p.


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