Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Jésus versus Satan, un Programme pour Nous !

Fr. Hugues-François Rovarino, dominicain

Carême - année A - 1erdimanche 

1. Jardin ? – Malheur ! Désert ? – Bonheur ! Ces lieux aujourd’hui échangent leur image.

Le radieux jardin d’Eden est mis par Dieu en concurrence avec un désert anonyme. Et le Fils unique va opter pour cette étendue de rochers, de cailloux, d’arbustes rachitiques et de poussière !  Dieu, déconcertant ! Au jardin où le Livre de la Genèse nous dit que le Seigneur se promenait « à la brise du soir », Jésus préfère aujourd’hui un désert hostile pour un combat étrange, mais décisif.

A un moment de grâce dans un cadre apaisant comme le murmure de l’eau d’une fontaine, la Trinité Sainte qui vient de se manifester lors du baptême de Jésus, oui, la Trinité semble préférer un désert. Pourquoi ? Vous avez le droit de vous dire surpris. Mais pour qui va suivre le Christ Jésus, les paradoxes s’annoncent !

Jésus, le Fils bien aimé, l’Esprit qui le mène, et le Père qui désigna le Fils communient dans la démarche suivante : Jésus cherche son Adversaire. Le lieu permettra qu’ils se voient et s’affrontent. Et que l’un des deux triomphe. Mais décidément Dieu n’entre jamais en scène là où on l’attendrait.

 

2. Désert ? – Bonheur ! Ce n’est plus une façon de voir. Dieu a décidé. « Il y va », comme on le dit familièrement. Et il nous prie de le suivre. Il a quelque chose à nous montrer, à nous dire.

Jésus versus Satan. Affiche indépassable ! Et l’enjeu, c’est nous ! C’est presque un motif de fierté. Le Seigneur nous donnera les moyens de le choisir.

Jusque-là, nous étions comme Adam, l’homme piégé qui n’écoute plus vraiment Dieu : seul le serpent a son oreille ; l’orgueilleux aveuglé, happé par l’écran de ses seules émotions ; le volontaire naïf, distrait et asservi par le diable !

Saint Paul en dresse le grave portrait : Adam l’homme fatal ! Adam qui nous a rendus si vulnérables à l’usage désordonnés de tant de choses, et pire : celui de personnes ! Alors foin de ce qui pourrait nous rappeler la scène du Livre de la Jungle où le serpent murmure douceureux à Mowgli, dans un ensorcellement du regard : « Aie confiance ».

3. Aujourd’hui Jésus nous offre de changer d’influence : de passer du prétentieux sinistre et gaffeur au disciple sauvé et sauveur. Pour passer de l’entraineur fatal au disciple spirituel, la prière sera le guide ; une prière d’enfant, une prière de fils. Prier, le seul vrai tremplin pour notre choix.

L’Esprit saint, notre Maître intérieur, a emmené Jésus pour l’Epreuve. Combat, épreuve avec nulle autre arme que la Parole de Dieu. L’usage en sera déterminant, ciblé autant qu’enraciné.

Pour que la parole de Dieu porte son fruit, elle ne peut être trafiquée, réduite à quelques expressions, comme nous les lâcherions parfois, pour faire vite ; propos divins, sans contexte, vidés de leur esprit, presqu’éclatés – si j’osais le dire « façon puzzle » !

Or l’attention à la Parole de Dieu nous est montrée comme une réalité vitale face au Diable ; écoute à pratiquer pour que Dieu guide notre conduite.

Dieu va donc parler, le Diable en sera frappé. Le Seigneur nous donne sa parole, et notre vie en sera changée :

« Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

« Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »

« Arrière, Satan ! car il est écrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras. »… / …

4. Et le résultat sera là : Jésus victorieux nous proposera de devenir des fils du Père. Pour lui répondre, nous pouvons adopter la prière des enfants de Dieu. Elle offre un pèlerinage spirituel. Pourquoi ne pas la dire en commençant par la fin, en allant du désert à la vie ?

Et pourquoi ne pas prendre souvent du temps pour la dire : « … Délivre-nous du mal », c’est-à-dire : du Mauvais. Puis : « Fais que nous n’entrions pas dans l’Epreuve ». Et ainsi de suite jusqu’à reconnaître en Dieu, « Notre Père », ce Nom qui nous éclaire !

C’est ainsi que jour après jour, nous parviendrons à voir comme Dieu. Et nous saurons capter une source de bonheur sous la réalité d’un désert de cailloux !

Alors, dans la nuit de Pâques, devenus par grâce des enfants de Lumière, ou redevenus de vrais fils adoptifs du Père, nul doute que la flamme du Ressuscité trouvera sa place en nos cœurs !

 

fr. Hugues-François ROVARINO o.p.


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