Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Les signes de foi et de pardon
fr Antoine Tingba, dominicain

Tout n’est pas écrit. Jésus a fait beaucoup de signes. Mais les signes qui nous sont rapportés le sont pour un seul but, celui de raviver notre foi. Comme signes ce dimanche, Jésus commence par rendre visite à ses disciples avant de les envoyer en mission. Oui, tout commence par une visite. L’Ancien Testament est le récit d’une suite des visites de Dieu à son peuple. Dieu a pris l’initiative de la création, puis de l’alliance et il intervient souvent dans l’histoire de son peuple par de nombreuses visites. Jésus réalise cette visite divine. Tandis que les disciples ont les portes verrouillées, enfermés chez eux, Jésus est là au milieu d’eux. 
 
C’est tellement inattendu ! Jésus rejoint les siens même quand ils ne l’attendent pas. Saint Augustin a raison de dire, Dieu est plus proche de nous que nous-mêmes. Ainsi, c’est au cœur même des enfermements des disciples que le ressuscité se tient présent au milieu d’eux. Comme à la nuit de l’exode où les portes étaient fermées, sous protection du sang de l’agneau, eh bien voilà, que le véritable agneau de Dieu apparaît, côté ouvert sans que soit brisé aucun de ses os.
 
Rien ne lui échappe. Il est le Maître de la Vigne qui visite ses chantiers et ses ouvriers, le domaine dont Il est le Seigneur. Son dessein sauveur vient lever l’incrédulité de Thomas. Au témoignage de ses condisciples qui ont vu le Seigneur, Thomas n’a pas voulu accorder la confiance en la résurrection de Jésus. Il veut voir et toucher, pour croire. Thomas a connu le doute qui travaille le cœur du croyant. En effet, comment concevoir la résurrection après la mort et l’ensevelissement ? Comment croire sans voir? Comme Thomas, si nous cherchons des raisons de ne pas croire, certes, nous en trouverons toujours. Croire cependant est hors d’évidence. La foi est l’acte de volonté de celui qui adhère, mû par une conviction qui ne nécessité pas de preuves. Les marques des clous, toutes les plaies qui en découlent, le côté ouvert de Jésus, l’eau et le sang qui coulent, c’est les marques de l’amour de Dieu qui s’est donné pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Heureux ceux qui croient sans avoir vu.
 
Les visites répétées de Jésus, ses apparitions, préparent et annoncent le jour du Seigneur. Ce sera le jour de la paix. Cette paix personnelle et profonde que Jésus donne. Les disciples ont fortement besoin de cette paix. Au fait, enfermés derrière les portes verrouillées, les disciples font l’expérience du tombeau. La peur et le désespoir les a enterrés. Mais Jésus qui est sorti du tombeau triomphe de tous les tombeaux de peurs et de désespérance. Par sa présence, il redonne confiance à ses disciples. Il ne les pas abandonnés. Par le don de sa paix, Jésus leur communique sa vie, pour qu’ils sortent de ce qui les replie sur eux-mêmes. A la vue du
 
Seigneur ressuscité, ils sont remplis de joie. Cette joie est grandiose, les disciples doivent la porter pour que tout homme, sans exception, ait la vie. De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Jésus a vraiment reçu tout pouvoir de son Père et il en dispose en faveur de ses disciples en vue de la mission.
 
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. Affirmation capitale et vérité importante dans la pratique de la vie chrétienne quotidienne. Dieu nous a créés libres pour que nous devenions ses enfants bien aimés.
 
Remettre les péchés ou maintenir les péchés? Le maintien des péchés, on n’y recourt pas souvent. La rémission des péchés est possible même les plus graves. On se souvient du malfaiteur crucifié à la droite du Christ l’après-midi du vendredi saint ; le seul fait de reconnaître ses crimes et de croire en Jésus à cet ultime moment lui a valu l’accès au paradis et l’oubli par Dieu de ses fautes. Jésus est ressuscité pour nous offrir le pardon de nos péchés, et il a le pouvoir de le faire. Au Jour de sa visite, les justes resplendiront et le Seigneur régnera sur eux pour toujours.
 
Ce n’est pas pour rien que le Christ ressuscité institue le sacrement de pardon. C’est lui le pasteur. Le bon pasteur qui visite son troupeau, qu'il aime et qu'il veut sauver de tous les dangers. Béni soit notre Seigneur et notre Dieu, de ce qu'Il a visité et délivré son peuple. Ne pas affirmer ce sacrement, c’est tout de même trahir un élément essentiel de la vie chrétienne.
 
Il est vrai que Dieu nous entend quand nous nous tournons vers lui pour lui demander son pardon. Mais il est tellement vrai aussi que Jésus a confié aux apôtres et leurs successeurs que sont les évêques et les prêtres le pouvoir de remettre et de maintenir les péchés. Le chemin du pardon passe par notre prière confiante, le repentir, la confession de nos péchés et par notre effort de conversion. Tout dépend de notre liberté de croire en la divine miséricorde, de reconnaître nos manquements et de nous approcher de ceux à qui Jésus a transmis la faculté d’agir en son nom..
 
Dans le sacrement de pardon, la personne pardonnée puise la force d’âme pour assumer les épreuves. 
 
Bien souvent, on y fait relecture de sa vie avec sa part d’ombre et de lumière. On réalise qu’on n’a pas suffisamment obéi à la parole de Dieu. Et la tentation peut s’immiscer d’en rester là, de désespérer, de ne plus croire assez en la miséricorde de Dieu. Or justement, c’est à des personnes désespérées que le Seigneur ressuscité vient dire la paix soit avec vous. La paix de Dieu, son salut s’adresse à tous les hommes. Il n’y a pas de situation que sa paix, sa miséricorde ne puisse retourner. La confession apporte une libération intérieure, l’assurance du pardon de Dieu et de la présence de l’Esprit saint. 
 
Les apôtres reçoivent la grâce de l’Esprit saint pour remettre les péchés. Tout comme aux apôtres, la grâce de l’Esprit saint, nous est bien nécessaire. Nous sommes des êtres fragiles, parfois marqués par la crainte, la peur ou le doute. L’esprit saint nous fera découvrir d’autres signes du ressuscité dans notre vie.
 
Tout n’est pas écrit, et c’est vrai, car nous remplirions le monde d’écrits s’il fallait écrire toutes les interventions du Seigneur en notre faveur. Le Seigneur fait des signes et continue de nous visiter. Face à nos multiples péchés, nous recevons les signes de son pardon. Ces signes de pardon ne sont pas écrits. Sa miséricorde est infinie, sans limite. Que cette même miséricorde nous accompagne jusqu’au jour de son retour dans la gloire quand il viendra nous visiter pour un salut définitif.

fr. Antoine TINGBA, o.p.


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