Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

dimanche 4 mai, 3ème de Pâques année A selon Lc 24, 13-35
 
Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, nous en sommes témoins...
 
Ils connaissent bien cette route. Combien de fois l'ont-ils parcourue ! Encore petits, en montant au Temple avec leurs parents, puis avec leurs amis, en rêvant d'un monde meilleur, d'un monde à venir. Après, dans leur vie a eu lieu cette rencontre, avec un être d'exception, fils de charpentier, mais le vrai prophète, puissant en paroles et en actes. À sa suite aussi ils empruntaient, année après année, ces marches et ces courbes, des allers, des retours. Dix jours plus tôt ils montaient, aux cris enthousiastes, aujourd'hui ils descendent, les visages mornes. Route habituelle, amertume toute neuve : déception, fatigue, désarroi...
Quelques heures plus tard, ils parcourront cette même route dans un autre sens, vers Jérusalem, vers leurs compagnons pour annoncer que rien n'est perdu, que Jésus est vivant. La mort n'a pas pu le retenir en son pouvoir. Le chemin de la mort, nous le connaissons bien, tous nous y marchons depuis notre naissance, mais qui aurait pu penser que cet aller permettait un retour ? Et non seulement un retour, un saut en arrière – être gracié pour quelques instants, pour quelques minutes, c'est déjà beaucoup – mais la liberté d'aller et venir, de retourner de ce monde des morts en vainqueur, en maître, en libérateur. Ils parcourent la route de Jérusalem dans l'autre sens portant dans leur cœur brûlant cette nouvelle : la mort n'a pas pu le retenir. Le monde nouveau, dont nous rêvions, est infiniment plus grand, plus beau, plus vrai que tout ce que nous puissions imaginer ! Ce n'est pas un pays en paix, ce n'est pas seulement la liberté d'Israël, c'est l'homme en paix avec Dieu, libéré de la mort ! Aller et retour, jusque dans la mort et de-là de nouveau vers la vie, et cette fois-ci éternelle, toujours neuve, indestructible !
Ces routes sombres, chacun de nous les a empruntées. Tous nous avons parcouru des chemins marqués par la fatigue, déception, tentation de désespoir, incertitude. Tel deuil, tel échec, telle quête qui s'est avérée stérile, tel projet – fou et magnifique – qui n'a pas abouti, tel rêve de sainteté, de pureté, de liberté : qui d'entre nous ignore ces aléas ? C'est là qu'un étranger mystérieux marche à nos côtés. Nous pensons que Dieu nous attend ailleurs, dans un avenir radieux, dans notre vie telle qu'elle aurait dû être, et voici que patiemment, à nos côtés, marche avec nous quelqu'un. Discret, attentif, parfois autoritaire. Il nous rappelle l’Écriture. Il nous oblige à lire notre propre vie à la lumière de notre foi. Son visage nous semble indistinct, mais notre cœur s'éveille peu à peu à ses paroles. A la fois comme un pressentiment et comme un souvenir. Cet inconnu nous rappelle quelqu'un de cher, il est comme la promesse de la rencontre à venir.
Retenons-le. Ne le laissons pas passer outre. Forçons-le par notre hospitalité, notre générosité, à rester près de nous. Écoutons-le. Il pose des signes : il prend notre pain, il bénit, le partage et le donne. Dieu, venant en inconnu dans notre vie, prend notre existence, la bénit, nous la donne. Il se donne. Sous ces pauvres apparences, dans ces paroles si simples, Dieu demeure avec nous. Il a pris notre chemin vers la mort, l'a parcouru jusqu'au terme et il nous ramène à la vie. Il nous ramène à lui. Il a toujours été là et nous nous pensions abandonnés. Il marchait à nos côtés, et nous nous croyions seuls. Il nous introduisait dans l'intelligence de sa Résurrection et nous lui parlions de notre mort !
Un aller et un retour, dans la seule journée. Cette route est celle de notre vie quotidienne, celle qui nous est si bien connue ! Toujours la même, toujours neuve si seulement nous laissons Dieu marcher si humblement à nos côtés.

fr. Pavel Syssoev, op


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